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Economie

Stock énergétique : l’État face à ses responsabilités en pleine menace pétrolière

gasoil essence stockage

Ecrit par Lamiae Boumahrou I

La crise géopolitique actuelle agit comme un révélateur des fragilités structurelles du système énergétique national. Entre dépendance aux importations, insuffisance persistante du stock réglementaire et flou autour du respect des obligations par les opérateurs, la question dépasse le simple risque de hausse des prix. Elle interroge la capacité d’anticipation, de régulation et de transparence de l’État face à un choc externe prévisible. Plus qu’un enjeu conjoncturel, la sécurité énergétique s’impose désormais comme un test majeur de gouvernance et de souveraineté.

La guerre au Moyen-Orient exerce une pression inédite sur l’ensemble de l’écosystème pétrolier mondial. L’annonce par Téhéran de la fermeture du détroit d’Ormuz couloir stratégique par lequel transite près de 20% du pétrole mondial a ravivé les craintes d’un choc énergétique majeur. Les armateurs et compagnies pétrolières redoutent les risques sécuritaires, ce qui perturbe déjà les flux et alimente une volatilité accrue des prix.

Dans un tel contexte, la flambée des cours du brut apparaît comme un scénario plausible en cas d’escalade durable. Pour un pays importateur net comme le Maroc, les répercussions seraient multiples sous la forme d’un renchérissement de la facture énergétique, une pression sur les finances publiques (via la compensation du gaz butane notamment), une hausse des coûts de transport et, in fine, un impact direct sur la compétitivité des entreprises sans omettre le pouvoir d’achat des ménages.

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Plus que jamais, la question du stock de sécurité des produits pétroliers se pose avec acuité. La réglementation marocaine impose aux distributeurs de constituer un stock équivalent à 60 jours de consommation pour les produits raffinés. Or, comme nous l’avons régulièrement souligné, ce seuil n’a jamais été atteint de manière durable.

Les standards internationaux sont pourtant plus exigeants. L’Agence internationale de l’énergie recommande un niveau équivalent à 90 jours d’importations nettes pour faire face à une crise majeure. De nombreux pays européens appliquent également ce seuil de 90 jours. Le Maroc, pour sa part, peine encore à stabiliser le palier des 60 jours prévu par sa propre réglementation.

Des mécanismes incitatifs, mais des résultats limités

L’État a pourtant mis en place plusieurs mécanismes pour encourager l’investissement dans les capacités de stockage : facilités de financement, incitations à l’extension des dépôts, soutien à la modernisation des infrastructures portuaires et logistiques. Malgré cela, les capacités disponibles et les volumes effectivement stockés demeurent en deçà des ambitions affichées. On se demande pour la énième fois, quid de l’engagement de la ministre de tutelle en 2023 de mobiliser une enveloppe de 3 Mds de DH à l’horizon 2023, dont 2 Mds de DH pour les produits pétroliers liquides et 1 Md de DH pour le gaz butane, afin de renforcer les infrastructures de stockage et porter les capacités à plus d’un demi-million de mètres cubes, soit l’équivalent d’environ 13 jours supplémentaires de consommation ?

Il y a quelques semaines encore, des conditions météorologiques exceptionnelles avaient perturbé le déchargement des navires dans certains ports, mettant en lumière la fragilité logistique du système d’approvisionnement. À cette occasion, la ministre de la Transition énergétique avait indiqué que le stock national s’élevait à plus de 617.000 tonnes. Le pire avait été évité de justesse, mais cet épisode a ravivé la dépendance structurelle du pays aux importations et aux aléas extérieurs.

Depuis l’arrêt du raffinage local, le Maroc importe la quasi-totalité de ses produits pétroliers raffinés. Cette configuration accroît l’exposition du pays aux tensions géopolitiques, aux fluctuations des cours internationaux et aux perturbations logistiques.

Dans l’hypothèse d’un blocage prolongé du détroit d’Ormuz ou d’une extension du conflit régional, la durée réelle de couverture des stocks deviendrait un enjeu stratégique majeur. Une insuffisance prolongée pourrait contraindre les autorités à adopter des mesures d’urgence : rationnement, priorisation de certains secteurs (transport, agriculture, services essentiels) ou recours à des mécanismes de solidarité internationale.

Un enjeu de souveraineté énergétique

Le stock stratégique ne constitue pas seulement une réserve technique, il est un véritable instrument de souveraineté économique. Faut-il rappeler qu’il permet d’éviter les ruptures d’approvisionnement immédiates, d’amortir les chocs de prix, de préserver la stabilité macroéconomique, et de sécuriser le fonctionnement des infrastructures critiques.

Aujourd’hui, la question centrale demeure : où en sommes-nous réellement du seuil des 60 jours ? Les opérateurs sont-ils pleinement en conformité avec la réglementation ? Les capacités existantes permettent-elles d’absorber un choc prolongé ?

Dans un environnement international de plus en plus instable, le débat sur la sécurité énergétique ne peut plus être différé. Il ne s’agit plus d’une hypothèse théorique, mais d’un risque tangible qui appelle transparence, rigueur réglementaire et vision stratégique à long terme.

Quid de la responsabilité du gouvernement ?

Ceci dit, si les prix des carburants venaient à augmenter fortement en raison d’un déficit de stock énergétique réglementaire, la question de la responsabilité politique du gouvernement marocain serait inévitablement posée.

Et pour cause, en matière de sécurité énergétique, la première responsabilité d’un gouvernement est l’anticipation. Si ce seuil réglementaire n’est pas respecté de manière effective et contrôlée, cela relève d’une défaillance du dispositif de supervision publique.

L’argument d’un choc international (guerre, fermeture du détroit d’Ormuz, flambée des cours) peut expliquer la hausse des prix, mais il ne saurait exonérer totalement l’Exécutif si les mécanismes de protection interne (stocks stratégiques, diversification des sources, capacités logistiques) ne sont pas opérationnels.

Le gouvernement détient le pouvoir réglementaire et de contrôle. Il lui appartient de veiller au respect strict des obligations de stockage par les opérateurs, d’appliquer des sanctions en cas de manquement, d’assurer la transparence sur les niveaux réels de stocks, et de mettre en place des mécanismes correctifs en cas d’insuffisance. D’où la question pourquoi les distributeurs ne respectant pas la réglementation n’ont jamais été sanctionnés ?

Au-delà des prix, la question touche à la crédibilité de la gouvernance publique. La sécurité énergétique relève de la souveraineté nationale. Si les obligations légales ne sont pas respectées, si les contrôles ne sont pas rigoureux ou si les mécanismes de financement public n’aboutissent pas aux résultats attendus, le débat deviendrait inévitablement politique.

En définitive, dans un contexte géopolitique instable, la responsabilité du gouvernement ne se limite pas à gérer la crise : elle consiste d’abord à l’avoir anticipée.

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