Taxe carbone : les industriels marocains seront-ils prêts le 1er janvier 2026 ?

Ecrit par Soubha Es-Siari I
A partir de janvier 2026, date d’entrée en vigueur du MACF (mécanisme d’ajustement carbone aux frontières), les marchandises MACF ne peuvent être importées en Europe que par les déclarants « MACF autorisés ». Les importateurs sont également obligés d’acheter des certificats MACF. Ils sont tenus d’une déclaration MACF annuelle en 2027 au titre de l’année 2026. Une régulation qui se traduit par des obligations pour les exportateurs marocains. Le mécanisme est certes complexe mais crucial pour la compétitivité de nos industriels.
La décarbonation de l’industrie marocaine est aujourd’hui un sujet à multiples enjeux pour notre économie. Et pour cause nous vivons dans une période de transformation profonde aussi bien sur le plan politique qu’économique, une période où la lutte contre les changements climatiques est au cœur des préoccupations de l’ensemble des gouvernements. Dans un contexte pareil, l’adaptation à la réglementation carbone est un défi permanent, majeur pour notre tissu industriel. Plusieurs pays, dont le Maroc, joignent ainsi les actes aux paroles pour tenter d’en réduire les impacts.
En vue de sensibiliser ses membres sur les enjeux de la décarbonation, la chambre suisse a invité Ryad Mezzour, ministre du commerce et de l’industrie à une rencontre sur comment accompagner les entreprises face aux normes MACF. Ce dernier a été sollicité pour répondre à une série de questions en l’occurrence si le Maroc est au rendez-vous en ce qui concerne la décarbonation ? Quelles répercussions de l’application des normes MACF sur les exportateurs marocains ?… D’après les propos du ministre, le Maroc est au rendez-vous et n’a pas attendu le MACF pour se conformer. « Le Maroc sait comment faire pour répondre aux exigences. Avons-nous attendu la régulation pour le faire ? Non. Le Maroc est fortement dépendant des importations de l’énergie et, du coup, il est important pour nous de faire des économies », tient à rappeler R. Mezzour.
Il évoque dans la foulée la stratégie énergétique du Royaume qui s’inscrit dans la réduction des énergies fossiles et le développement des énergies renouvelables. Sans oublier la stratégie industrielle ayant démarré en 2005 et qui devait se développer tout en réduisant notre dépendance aux importations d’énergie ». Et d’enchaîner : les normes MACF peuvent être considérées comme une opportunité pour notre industrie et vont nous permettre d’être compétitifs.
Dans un marché en ébullition, ce qui compte c’est la compétitivité et la transition verte est un avantage concurrentiel. D’où l’intérêt pour les industriels de continuer à investir en innovant pour réduire leur empreinte carbone.
Genèse du MACF
En guise de rappel, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières MACF ou CBAM en anglais a été intégré dans le pacte vert européen en vue d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Il complète le système d’échange de quotas d’émission (ETS) de l’UE en vigueur depuis 2005. Le MACF soumet les produits importés dans le territoire douanier UE à une tarification du carbone équivalente à celle appliquée aux industriels de l’UE. L’objectif étant par ailleurs de lutter contre les fuites de carbone à travers la délocalisation d’industries polluantes hors UE.
Le règlement est entré en vigueur en mai 2023, avec une phase transitoire d’octobre 2023 à décembre 2025 (obligation de reporting). Et l’obligation d’acheter les certificats MACF à partir de 2027.
Les secteurs industriels ciblés par les normes MACF sont les suivants : acier, ciment, aluminium, engrais, électricité, hydrogène et fer. Un déploiement progressif sera élargi à d’autres produits. Consciente que le mécanisme est complexe, en février 2025, la Commission européenne a procédé à une simplification du MACF : un seuil de 50 tonnes par an de marchandises MACF pour importateur (cela équivaut à 90% des importations qui sont exemptées du MACF). Aussi, il a été procédé à un allègement des obligations incombant aux importateurs UE assujettis en ce qui concerne la publication d’informations, autorisation des déclarants, calcul des émissions…
Quelles implications sur les exportateurs marocains ?
A partir de janvier 2026, date d’entrée en vigueur du MACF, les marchandises MACF ne peuvent être importées en Europe que par les déclarants « MACF autorisés ». Les importateurs sont également obligés d’acheter des certificats MACF (stock minimum de 80% des émissions importées à date de la fin de chaque trimestre). Ils sont tenus d’une déclaration MACF annuelle en 2027 au titre de l’année 2026 (quantité importée, émission intrinsèque et certificat MACF à restituer).
Les exportateurs marocains de produits MACF sont tenus à leur tour de transmettre les données relatives aux émissions CO2 générées pour la fabrication des produits exportés en UE. A défaut, les importateurs UE appliqueront es valeurs par défaut aux secteurs concernés. Avec un risque de sanctions, s’il s’avère en cas de contrôle que les informations sont erronées.
S’ils veulent bien sauvegarder leurs marchés et rester compétitifs, les industriels marocains doivent réduire leur empreinte carbone, identifier dans leur chaîne de valeur les produits concernés par le MACF…. Mieux vaut démarrer aujourd’hui et progressivement.
L’instauration d’une taxe carbone au Maroc pourrait, toutefois, se heurter à des contraintes économiques et politiques majeures, notamment le coût élevé de mise en œuvre. Les industries marocaines à forte émission carbone pourraient ainsi subir une pression accrue sur leurs coûts opérationnels et compromettre davantage leur compétitivité internationale. Face à la complexité et à la mobilisation des ressources pour se conformer aux normes MACF, les banques sont appelées à jouer le jeu.
Faut-il rappeler qu’au cours des derniers mois, BAM avait publié deux directives concernant la prise en compte du risque lié au changement climatique.
Outre ce qui précède, l’adhésion sociale représente un défi crucial dans la mesure où la perception publique de la taxe carbone demeure complexe, en particulier pour les ménages à faible revenu qui supporteraient les hausses de coûts énergétiques.
La mise en place de campagnes d’information et de mesures compensatoires, telles que des crédits d’impôt ou des subventions, serait donc indispensable pour susciter l’acceptation et garantir une transition plus équitable.
Bien que perfectible, la taxe carbone demeure un outil clé de la transition écologique et son adoption est une étape cruciale pour l’évolution énergétique du Maroc. La réussite de sa mise en œuvre nécessite un juste équilibre entre efficacité économique, soutenabilité sociale et compétitivité des entreprises et doit s’accompagner d’une vision stratégique globale et inclusive.

