Vague migratoire vers Sebta et Mellilia du 30 Juillet 2026 : raisons, bilan, et perspectives d’avenir ?

La nuit du 29 juillet 2026, la journée du 30 juillet et celle du 31 juillet ont connu une vague migratoire exceptionnelle à partir du Maroc vers les villes de Sebta et Mellilia, surtout Sebta. Les autorités espagnoles évaluent cette vague à 72.000 personnes, composée principalement de jeunes marocains, garçons et filles, ainsi que des mineurs.
Plusieurs raisons ont été données à cette vague migratoire qui a surpris aussi bien les autorités marocaines qu’espagnoles. Elle serait dûe à une interprétation trompeuse de la décision 814/2026 du Tribunal suprême espagnol du 8 juillet 2026, selon laquelle toute personne atteignant Sebta par la nage ne serait pas refoulée. Une autre explication est donnée par la campagne de régularisation des sans-papiers lancée par le gouvernement espagnol, qui s’est terminée le 30 juin 2026, et qui a donné lieu à la délivrance de 600.000 permis de travail provisoires.
Ces deux décisions ont donné lieu à une véritable campagne de désinformation sur les réseaux sociaux (notamment TikTok, Facebook et Instagram), selon laquelle la frontière vers Sebta serait ouverte. Ont contribué à cette campagne des groupes numériques extrêmement actifs qui ont diffusé des itinéraires, des points de rassemblement, et des conseils pratiques pour la traversée. Parmi ces groupes les passeurs, mais aussi selon le président du gouvernement d’Espagne Pedro Sanchez, des éléments provenant de la Russie, d’Israël et des partis d’extrême droite. Le président Pedro Sanchez a écarté le 31 Août 2026 toute implication du Maroc dans cette vague migratoire.
Il a en outre indiqué que le Maroc aurait proposé une coopération instantanée et immédiate dès le début de la crise. Une autre raison à cette vague migratoire qu’il ne faut pas ignorer, est l’existence d’une crise sociale profonde parmi une partie de la jeunesse marocaine. Cette dernière souffre de chômage et de précarité, d’absence de perspectives professionnelles, d’absence d’avenir au Maroc. D’où le désir d’émigration vers l’Europe, et l’espoir d’une régularisation future.
Le bilan de la vague migratoire du 30 Juillet 2026 vers Sebta est d’une grande ampleur. Selon le CNDH, il y aurait 14 décès du côté marocain, et 80 décès du côté espagnol, soit un total de 96 morts. Selon la même source, 136 blessés civils ont été enregistrés, 87 membres des forces de sécurité ayant reçu des soins médicaux, et des jeunes revenus au Maroc avec des blessures et des contusions, et un état d’épuisement important. Valeur aujourd’hui, selon les sources espagnoles, 5000 migrants sont toujours à Sebta dont 1200 mineurs, vivant dans des conditions lamentables.
Selon des agences de presse, des migrants ont été attaqués notamment le long des plages, et certains manifestants espagnols ont empêché la Croix Rouge de venir en aide aux migrants en leur offrant de l’eau et de la nourriture. Le président Pedro Sanchez a promis d’installer le plus rapidement possible des centres de regroupement des migrants, pour qu’ils ne restent pas dans la rue. Le problème le plus délicat est celui des mineurs, car la législation espagnole exige leur enregistrement, et l’examen de leur demande d’asile le cas échéant.
A court terme, les autorités marocaines et espagnoles doivent coopérer étroitement pour le retour au Maroc le plus rapidement possible des 5.000 migrants qui sont à Sebta, et surtout des mineurs qui doivent être rendus à leurs parents. Il serait utile qu’une Commission mixte maroco-espagnole soit rapidement constituée, pour se rendre sur place à Sebta et résoudre les problèmes sur le terrain.
A moyen terme, la coopération Maroc-Espagne doit être renforcée par l’échange de renseignements, la surveillance des réseaux sociaux, la lutte contre les passeurs, la prévention des rassemblements massifs, la gestion particulièrement des mineurs, la coopération pour le retour et les procédures humanitaires. Les appels à une nouvelle tentative massive le 15 août 2026 avaient créé une forte inquiétude.
Mais le renforcement des mesures de sécurité du côté marocain et espagnol, et la mobilisation préventive ont permis d’éviter la répétition du scénario du 30 juillet. Du côté marocain, il faut s’atteler à trouver des solutions à une partie de la jeunesse marocaine qui souffre de chômage, de précarité, d’inégalité territoriale, d’absence d’avenir au Maroc, et ce afin d’éviter toute attraction de l’Europe. Le futur gouvernement issu des élections législatives du 23 septembre 2026 doit donner la priorité au problème de la jeunesse marocaine.
En conclusion, on ne peut que déplorer le drame humanitaire qu’a été la vague migratoire du 30 juillet 2026 vers Sebta. Nous présentons nos condoléances attristées aux familles qui ont perdu l’un ou plusieurs membres dans cette tragédie. Tout doit être fait du côté marocain qu’espagnol pour qu’un tel malheur ne puisse se reproduire dans l’avenir.
Par Jawad KERDOUDI
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)
