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Economie

40% de ventes en moins : comment réveiller l’immobilier marocain avant l’asphyxie ?

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Pour sortir l’immobilier marocain de cette léthargie, la FNPI ne se contente pas de dresser un constat alarmant ; elle formule des propositions concrètes et appelle à un véritable pacte de confiance entre l’État et le secteur privé.

C’est un calme trompeur qui règne sur les chantiers de Casablanca, de Rabat ou de Marrakech. Derrière les grues immobiles et les façades inachevées se cache une réalité brutale : l’immobilier marocain, longtemps locomotive de l’économie nationale, traverse une tempête sans précédent.

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Selon les données croisées de Bank Al-Maghrib et de l’Agence nationale de la conservation foncière, les transactions ont chuté de près de 40 % en deux ans. Un coup d’arrêt pour un secteur qui fait vivre des millions de familles et représente un pilier majeur du PIB du Royaume.

Même les Marocains résidant à l’étranger (MRE), traditionnels moteurs du marché estival, hésitent désormais avant de concrétiser leurs projets d’achat. Comment expliquer ce grand écart entre une demande existante et un marché totalement verrouillé ? S’agit-il d’une simple mauvaise passe conjoncturelle ou d’une crise structurelle profonde ?

Pour Taoufik Kamil, président de la Fédération Nationale des Promoteurs Immobiliers (FNPI), le diagnostic est sans appel : le modèle actuel est à bout de souffle. Intervenant au micro de Medi1news, le représentant des promoteurs n’a pas mâché ses mots pour décrire l’asphyxie d’un secteur pris en étau entre la flambée des coûts et l’inertie administrative.

Au cœur de cette crise se trouve une réalité économique implacable que les professionnels subissent de plein fouet au quotidien. Le premier coup de massue est venu de la flambée mondiale des prix des matières premières. Le ciment, l’acier, le verre et le bois ont vu leurs tarifs s’envoler, alourdissant mécaniquement les coûts de construction de plus de 30 %. « Les marges des promoteurs se sont effondrées », explique-t-on du côté de la FNPI.

À cette inflation des matériaux s’ajoute le fléau de la spéculation foncière. Dans les grandes métropoles, le moindre mètre carré constructible s’arrache à prix d’or. Cette rareté du terrain urbain rend l’équation financière impossible pour les promoteurs : comment concevoir des logements abordables quand le coût d’acquisition du terrain représente parfois plus de la moitié du budget global du projet ?

Pour couronner le tout, le robinet du crédit s’est considérablement tari. Face à la hausse du taux directeur décidée par la banque centrale pour juguler l’inflation, les banques commerciales ont durci leurs conditions d’octroi de prêts. Les dossiers de financement des promoteurs sont examinés à la loupe, tandis que les acquéreurs potentiels font face à des taux d’intérêt dissuasifs et des exigences d’apport personnel de plus en plus lourdes. Pour le citoyen moyen, le rêve de propriété s’est transformé en parcours du combattant.

Le calvaire des procédures : Le cri du cœur de la FNPI

Au-delà des facteurs purement économiques, Taoufik Kamil pointe du doigt un mal typiquement local : la bureaucratie et les blocages réglementaires qui agissent comme un véritable frein à main sur l’investissement. Lors de ses déclarations à Medi1news, le président de la FNPI a mis en lumière le fossé qui sépare les ambitions politiques des réalités administratives sur le terrain.

« Nous faisons face à des lenteurs administratives inexplicables qui paralysent l’investissement », déplore Taoufik Kamil. Les délais nécessaires pour obtenir une note de cadrage, un plan d’aménagement, une autorisation de construire, ou encore le fameux permis d’habiter se comptent trop souvent en mois, voire en années. `

De plus, l’extinction du programme des logements sociaux à 250 000 dirhams a laissé un vide immense. Si l’intention de l’État de basculer vers un système d’aide directe à l’acquéreur via le programme « Daam Sakane » est saluée par la profession, sa mise en œuvre souffre encore de frictions réglementaires. Le manque de visibilité décourage les promoteurs de lancer de nouveaux chantiers de grande envergure.

Le Partenariat Public-Privé et la digitalisation : Les clés du renouveau

Pour sortir l’immobilier marocain de cette léthargie, la FNPI ne se contente pas de dresser un constat alarmant ; elle formule des propositions concrètes et appelle à un véritable pacte de confiance entre l’État et le secteur privé.

Le premier levier d’action indispensable concerne la question foncière. Taoufik Kamil plaide ardemment pour une mobilisation massive du foncier public. L’idée est simple : l’État doit mettre à la disposition des promoteurs immobiliers des terrains publics à des prix encadrés et préférentiels, à travers des Partenariats Public-Privé (PPP) transparents. En contrepartie, les promoteurs s’engagent fermement à construire des projets immobiliers de qualité, exclusivement dédiés à la classe moyenne et aux bas revenus. C’est le seul moyen de casser la spirale de la spéculation foncière.

Le second chantier l’un des plus prioritaires est celui de la modernisation de l’administration. La fédération réclame une dématérialisation totale et effective des procédures d’urbanisme. En numérisant l’ensemble du parcours, de la demande d’autorisation jusqu’à la délivrance des titres fonciers à la Conservation Foncière, le secteur gagnerait en transparence, en équité et en rapidité.

La réduction des délais administratifs permettrait de redonner de l’oxygène à la trésorerie des entreprises.

Enfin, une révision urgente des plans d’aménagement urbain s’impose. Dans des villes saturées comme Casablanca ou Rabat, les professionnels demandent l’autorisation d’une plus grande verticalité.

Un enjeu social et humain majeur

Relancer l’immobilier au Maroc n’est pas seulement une urgence économique pour préserver les recettes fiscales de l’État. C’est avant tout un impératif social et humain. Derrière les chiffres de baisse des ventes, il y a des maçons, des électriciens, des menuisiers qui perdent leur emploi. Il y a surtout des familles marocaines qui continuent de vivre dans la précarité locative ou la surpopulation familiale, faute d’une offre correspondant à leurs réalités financières.

Comme l’a résumé Taoufik Kamil auprès de Medi1news, la clé de la relance réside dans la co-construction d’un écosystème où l’acheteur est soutenu, le promoteur sécurisé et l’administration facilitatrice.

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