81e session de l’Assemblée générale de l’ONU : un ordre du jour très chargé et des divisions très marquées

Comme chaque année, l’Assemblée générale de l’ONU se tient en cette 81ème session du 22 au 28 septembre 2026 au siège de l’ONU à New York. Par tirage au sort, le Maroc occupe le premier siège de l’Assemblée générale, c’est à dire à droite du Président de l’Assemblée. L’ordre du jour de cette Assemblée générale de l’ONU est très chargé : conflits au Moyen-Orient, guerre en Ukraine, crise du multilatéralisme, réforme de l’ONU, climat et émergence de l’Intelligence artificielle, enfin la prévention des futures pandémies. Le thème de cette 81ème édition est « Rétablir la confiance, gérer les transformations : des Nations Unies au service de tous ».
Le Moyen-Orient a été sans conteste le dossier dominant. Le Secrétaire général de l’ONU António Guterres a appelé à la désescalade, au dialogue et à la restauration de la liberté de navigation des détroits conformément au droit international. Donald Trump a développé son choix d’avoir engagé la guerre contre l’Iran, notamment pour empêcher l’Iran de se doter de l’arme atomique. Il a présenté à Téhéran une alternative très dure : soit l’accord, soit « l’anéantissement ». Il a ajouté que la pression sur l’Iran doit permettre la libre circulation dans le détroit d’Ormuz, ce qui entraînerait la baisse du prix du pétrole. La question Palestinienne a également occupé une place centrale. Guterres a demandé l’arrêt des combats à Gaza, en Cisjordanie et au Liban. Il a également demandé l’acheminement de l’aide humanitaire, le respect du droit international, la protection du personnel humanitaire, et la préservation de la solution à deux États. Plusieurs dirigeants européens et arabes, dont le président Emmanuel Macron, ont insisté sur le droit international et notamment la solution à deux États.
Le président américain a indiqué qu’il avait établi un Plan de paix en 20 points et créé le » Board of peace » qui doit régler le conflit israélo-palestinien. Malheureusement, valeur aujourd’hui rien de concret n’a été réalisé par le Conseil de la paix à Gaza. Israël continue à la bombarder, les Gazaouis vivent dans des conditions lamentables dans des tentes, sans eau, sans médicaments et très peu de nourriture. À noter que les États-Unis ont refusé le visa à Mahmoud Abbas, qui a fait son discours en ligne, alors qu’ils l’ont accordé au Président iranien.
Concernant la guerre Russie/Ukraine, Trump a déclaré travailler avec Moscou et Kiev, et qu’un règlement de paix pourrait intervenir rapidement. Le Président Zelensky, présent à New York, a pris plusieurs contacts avec les chefs d’État, et notamment Donald Trump. Le résultat concret le plus important a été la proposition de Zelensky d’un « Trêve énergétique », ayant pour objet l’arrêt réciproque des attaques contre les structures énergétiques. Le président ukrainien a indiqué également qu’il travaillait avec Washington pour la réouverture du corridor céréaliers de la mer Noire. Il a enfin affirmé que Trump avait indiqué que les États-Unis accorderaient à l’Ukraine les licences nécessaires pour produire les missiles Patriot.
Le point politique transversal de l’Assemblée générale de l’ONU a été la crise du multilatéralisme. L’ONU est en effet confrontée à la multiplication des conflits, au blocage du Conseil de sécurité, aux tensions entre grandes puissances, à la réduction de certains financements internationaux, les difficultés à exécuter les décisions internationales, l’IA et les nouvelles technologies, les crises climatiques et énergétiques, et enfin l’émergence de nouvelles puissances « Le Sud global ». Guterres a estimé que les institutions internationales actuelles ne reflètent plus le monde d’aujourd’hui, d’où la nécessité d’une réforme de la gouvernance mondiale, notamment du Conseil de sécurité de l’ONU. Concernant la transition énergétique, l’objet est de la concilier avec la sécurité énergétique, le financement climatique et la justice climatique. Une réunion a été consacrée à la montée du niveau des mers qui risque de submerger les États insulaires, mais aussi les zones côtières densement peuplées, ainsi que certains pays en développement.
L’intelligence artificielle devient également un dossier stratégique. Guterres a demandé une gouvernance internationale de l’IA, des mécanismes indépendants du contrôle de règles communes concernant les risques, et une coopération entre les grandes puissances technologiques. Donald Trump devant l’Assemblée générale a déclaré que les Etats-Unis rejettent totalement toute tentative de construire un dispositif mondial destiné à contrôler l’IA. Il a ajouté qu’il ne veut pas freiner le développement de cette technologie qui aura un impact supérieur à celui de la révolution industrielle. Une autre réunion s’est tenue durant l’Assemblée générale, qui a porté sur la prévention, la préparation et la riposte aux pandémies. L’objectif est de renforcer la capacité mondiale à faire face à une prochaine pandémie.
Notre pays le Maroc représenté à cette 81ème Assemblée générale de l’ONU a été particulièrement actif. La priorité a été accordée à notre cause nationale, le Sahara marocain. C’est aussi que notre ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita a rencontré le 25 septembre 2026 le Secrétaire d’Etat adjoint américain Christopher Landau, qui partage avec Rabat le développement des Provinces du Sud, et qui a indiqué que le statu quo ne pouvait être maintenu, et qu’il était temps de parvenir à un règlement définitif. À l’occasion de cette Assemblée générale, deux pays ont apporté à leur soutien au Maroc : le Chili qui soutient la souveraineté du Maroc sur l’ensemble du territoire et considère que le plan d’autonomie de 2007 est une solution politique. De son côté, le ministre mauricien a déclaré que son pays Maurice considère désormais l’autonomie sous souveraineté marocaine comme une solution crédible. D’autre part, le Maroc a présenté sa candidature à un siège non permanent au Conseil de sécurité 2028-2029. Le Maroc a également soutenu la nécessité de la réforme de l’ONU ainsi que le multilatéralisme. Il a réaffirmé son soutien indéfectible à la Palestine, et a exposé ses projets Atlantiques : accès à la mer des pays enclavés du Sahel grâce au port de Dakhla, et le gazoduc Nigeria-Maroc.
En conclusion, la 81ème édition de l’Assemblée générale de l’ONU a débuté avec beaucoup de problèmes que connaît le monde actuel. Malheureusement, il n’y a pas eu de décisions concrètes pour résoudre ces problèmes. La guerre États-Unis/Iran risque de continuer encore, car les positions entre les deux parties sont contradictoires. C’est ainsi que le président Trump a rejeté le plan iranien proposant la réouverture du détroit d’Ormuz dans les 7 jours si les États-Unis acceptent ses conditions. Pour l’Ukraine également, on ne voit pas une pression de Donald Trump sur Poutine pour l’amener à la table de négociations. Pour le multilatéralisme et la réforme de l’ONU, il n’y a pas de chances qu’il y ait des progrès à court terme. Pour l’IA, le président Donald Trump a rejeté toute gouvernance de l’ONU sur cette matière. On peut cependant se réjouir des décisions qui ont été prises concernant la prévention des pandémies. Quant à notre pays, le bilan de notre participation a été positif. Il faut maintenant attendre les résultats du Conseil de sécurité qui va traiter de la question du Sahara fin octobre prochain, en espérant un règlement définitif de ce différend. Il faut noter aussi que l’ONU est la seule organisation où les dirigeants du monde se rencontrent pour débattre des problèmes du monde. D’où la nécessité de la maintenir et de la réformer.
Ecrit par Jawad KERDOUDI
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)
