Eau : un vrai problème, de fausses solutions

Ecrit par Imane Bouhrara I
La question de l’eau est un vrai problème pour le Maroc, mais cela ne date pas d’aujourd’hui. La situation actuelle est la résultante des différentes politiques « volontaristes » menées sur des décennies et qui, aujourd’hui, ont montré leurs limites nous mettant tous dans de beaux draps.
En effet, les signaux d’un amenuisement des ressources hydriques et d’une intensification de la sécheresse étaient là, et des voix s’élevaient pour alerter sur ce qu’il allait suivre si de rien n’est fait. Nous y sommes.
Mais l’heure n’est pas aux comptes puisqu’il ne sert à rien de ressasser le passé, l’espoir est de ne pas voir les mêmes erreurs reproduites à l’identique.
Des erreurs dont le citoyen lambda paie le tribut aujourd’hui. Non, je rectifie, ce sont les petites gens qui en paient le plus lourd des conséquences.
Une petite discussion avec une Tayaba (la personne en charge du gommage) au Hammam du quartier permet de comprendre l’étendue de la punition collective subite.
La réduction des jours de travail des hammams à 4 au lieu de 7 jours est non pas seulement perçue comme une aberration mais une injustice.
En effet selon l’analyse très simple mais non dénuée de sens de cette travailleuse du Hammam, le nombre de personnes qui vont au Hammam restera le même, ce sont juste les jours qui changent, et la consommation demeure la même si ce n’est pire. Vous connaissez cet effet psychologique qui fait qu’au lieu de consommer moins, on consomme plus ?
Pis, étant payées à la journée, elle et ses consœurs risquent fort d’être privées de trois jours de paie chaque semaine.
Cette Tayaba n’en est pas à son premier épisode avec le stress hydrique, puisqu’elle-même est une migrante climatique.
Elle a quitté avec sa famille la compagne de la périphérie de Casablanca, en proie à de grosses exploitations agricoles ou une urbanisation massive, pour venir travailler dans la capitale économique.
Son père a dû vendre son lot de terrain agricole qui ne couvrait plus les besoins de sa famille en raison justement des épisodes de séchersse, un lot phagocyté par un grand exploitant agricole.
N’ayant pas de qualifications particulières, elle a commencé comme aide à domicile, enchaînant les petits boulots avant de commencer à travailler en tant que Tayaba.
Elle se rappelle encore le triste épisode du Covid et craint de jours sombres à venir pour ses semblables, cette fois à cause de l’eau.
Ce sont ces petites gens qui paient la lourde conséquence d’une succession de politiques et de visions qui ont omis pendant longtemps la problématique de l’eau : l’agriculture, l’industrie, le tourisme… et ça continue.
Et la prise de conscience très tardive n’y changera rien dans l’immédiat puisque la politique de gestion des ressources en eau et même le plan d’urgence prendront le temps (et l’argent) qu’il faudra avant de pouvoir donner leurs effets et ce en l’absence totale d’une vision long-termiste de durabilité et de préservation des ressources naturelles.
En effet, si souvent on dit que la meilleure énergie est celle qu’on n’a pas consommée, cela vaut également pour l’or bleu, surtout l’eau potable.
Dans ce sens où la rationalisation de la consommation, le recours à des ressources alternatives, la mise en place d’un système de bonus-malus aussi bien, et surtout, dans l’agriculture (des techniques économes en eau d’irrigation mais aussi des cultures peu gourmandes en eau), que dans l’industrie et même auprès des ménages… ce sont autant de pistes meilleures à mettre en œuvre que de recourir à des solutions draconiennes et inéquitables prises dans l’urgence.
Autrement on continuera à subir les contre-coups de ces cycles de sécheresse plus longs, plus répétitifs à petite intervalle et plus accentués sous l’effet du changement climatique avec toutes les conséquences socio-économiques, notamment l’impact sur le PIB agricole, la croissance, l’emploi, l’impact sur la balance commerciale, l’impact sur l’ambition de souveraineté alimentaire et surtout l’impact sur la petite bourse de la Tayaba, qui elle, n’a rien demandé à personne, si ce n’est de gagner sa vie sans avoir la peur au ventre.
