Revalorisation salariale : impact sur pouvoir d’achat et coûts sous la loupe du CMC

Les effets les plus importants de la revalorisation salariale décidée dans le cadre du dialogue social et que les analystes du CMC relèvent dans l’immédiat sont ceux qui portent sur la dynamique du pouvoir d’achat et les charges de production avec leurs implications sur les capacités compétitives de l’entreprise. Détails
A l’instar des toutes les économies du monde et plus spécifiquement de celles des pays à revenus intermédiaires non pétroliers, l’économie marocaine a subi de plein fouet les chocs de cette crise multiforme et les effets négatifs de ce contexte international en déprime. Elle a été confrontée et continue à l’être aux problèmes afférents à la contraction de l’activité, à l’affaiblissement des ressources, à la gestion de la dette, au poids de la facture pétrolière, au chômage et à la difficulté de juguler la forte poussée des prix qui n’arrête pas de grever le pouvoir d’achat des ménages les plus vulnérables.
En vue de remédier à cette situation, les programmes déployés parient sur le développement de l’initiative privée et portent pour l’essentiel sur l’incitation à l’investissement à travers la mise en place d’un environnement économique, financier et institutionnel stable, plus attractif et offrant plus de visibilité à l’entreprise.
« L’engagement du processus du dialogue social s’inscrit également dans cette optique qui vise l’amélioration du climat des affaires à travers l’instauration de relations de travail plus sereines entre partenaires sociaux », rappellent les conjoncturistes dans la récente lettre publiée au mois de juillet.
Les dernières décisions prises dans ce cadre constituent autant d’initiatives qui participent de cette volonté d’assainir le climat social, l’amélioration des revenus et le soutien au pouvoir d’achat des travailleurs.
L’accord conclu le 30 Avril entre les partenaires sociaux qui s’inscrit dans cette perspective prévoit en effet une hausse du Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) de 10% en deux étapes (juillet 2024 et janvier 2025) et une augmentation des salaires des fonctionnaires de 1000 dirhams servie elle aussi en deux tranches.
Les effets les plus importants et que l’on relève dans l’immédiat sont ceux qui portent sur la dynamique du pouvoir d’achat et les charges de production avec leurs implications sur les capacités compétitives de l’entreprise. En ce qui concerne le premier aspect, la hausse du SMIG de 10 % qui sera répartie sur deux étapes permettra certainement un certain rattrapage partiel de la perte de pouvoir d’achat subie au cours des dernières années. On rappellera à ce propos que la perte de pouvoir résultant de la hausse du coût de la vie est évaluée sur la période 2021-2024 à 16,6 %
« Parallèlement, la revalorisation du SMIG au cours de cette même période n’a pas dépassé 10 %, permettant ainsi un rattrapage d’à peine des deux tiers de la perte de pouvoir d’achat depuis 2021 », annoncent les analystes du CMC. De plus, les revalorisations du SMIG décidées dernièrement et qui prendront effet en 2025 et en 2026 arriveront difficilement à couvrir l’évolution des prix projetée à l’horizon 2026 si l’on prend en compte les fortes hausses enregistrées depuis le début de la décennie.
S’agissant de l’impact sur les coûts de production et le potentiel de compétitivité, l’incidence de la revalorisation du SMIG qui atteindra 10 % à l’issue de la seconde étape projetée pour 2026 demeure d’après les conjoncturités, dans l’ensemble, modérée. La raison à cela tient au poids relativement limité de la masse salariale correspondant aux travailleurs payés au SMIG dans le coût global de production. Les évaluations effectuées sur la base des données sur les structures de production, telles qu’elles ressortent des comptes nationaux, estiment que l’effet total se situerait à moins de 1 %.
Enfin, pour ce qui est des comptes publics, la décision de revalorisation des salaires du personnel de l’Etat d’un montant de 1000 DH étalé sur deux années impliquerait un surcroit de dépenses de fonctionnement pouvant atteindre un total de 5 Milliards de DH pour l’exercice en cours, montant qui pèse sur le déficit budgétaire de près de 4 % par rapport aux prévisions établies en début d’exercice.
Au-delà de ses impacts immédiats, la décision de revalorisation des salaires n’est pas sans impact sur le marché du travail. D’après les conjoncturistes, le marché du travail ne doit plus être appréhendé comme avant, le chômage sera plus important, la stabilité dans le poste de travail n’aura plus cours, les changements de métiers et de secteurs seront monnaie courante, les pertes d’emplois seront plus fréquentes et leur compensation ne se fera pas d’une manière automatique.
Face à toutes ces mutations, la tendance est à l’institutionnalisation du dialogue, à la flexibilité, à l’optimisation de la convergence des intérêts, à l’instauration d’un climat social serein pour activer la reprise de l’économie, seule garantie d’un bien-être stable de la société.
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