Circulation du Cash au Maroc : de la crise de confiance à l’inflation monétaire

A l’échelle internationale, le Maroc est parmi les Pays qui utilisent le plus les pièces et billets de monnaie. Selon les données de Bank Al Maghreb, l’argent en circulation représente environ 30% de notre Produit Intérieur Brut (PIB).
Cet indicateur est très élevé par rapport à la moyenne mondiale qui est aux alentours de 10 % du PIB. En référence au rapport des statistiques monétaires de la Banque Centrale, la circulation des billets de monnaie a connu une augmentation significative en passant de 395 à 400 Mds de DH à fin Mars 2024 et avec une hausse de 10% en glissement annuel.
Cependant, le retrait de la liquidité des banques a connu de l’ampleur durant l’année en cours, et ce malgré le déploiement d’une nouvelle politique bancaire visant à développer des agences digitaux et à réduire le nombre d’agences bancaires sur le territoire marocain. En dépit, on constate une réticence au niveau de l’utilisation des mécanismes numériques de traitement des transactions bancaires, eu égard au recours excessif à la monnaie.
En effet, l’augmentation exponentielle de la masse d’argent transactionnelle peut conduire à une inflation monétaire au Maroc, susceptible d’engendrer une perte de la valeur de l’argent et par conséquent un renchérissement des prix de certains articles et matières. De ce fait, le maintien du même niveau de productivité pour certains biens et services, qui connaissent une demande citoyenne élevée et un règlement en monnaie, pourrait provoquer une chute de leur valeur à cause dudit déséquilibre.
En outre, l’utilisation accrue du Cash au Pays par la population marocaine a engendré une pression de liquidité sur les Banques Commerciales, ce qui a amené la Banque Centrale a augmenté ses avances de 7 jours et d’une valeur de 50 Milliards de Dirhams. Cette situation est due, d’une part, au retrait excessif de l’argent des guichets et en un laps de temps très réduit, et d’autre part, à l’expansion des transactions en argent au sein de la société marocaine et ce malgré la mise en œuvre de la digitalisation des opérations de paiement.
Quant aux raisons de la hausse exponentielle de l’utilisation de la liquidité au Maroc, je cite essentiellement :
- le manque de confiance du citoyen vis-à-vis des institutions et établissements bancaires et financiers : en raison de l’absence d’une véritable communication institutionnelle et gouvernementale autour des précomptes et prélèvements fiscaux qui peuvent être opérés sur les comptes bancaires des citoyennes et citoyens ;
- l’absence d’actions d’encouragement à l’utilisation de la banque digitale : mise en œuvre de transactions gratuites et sans frais en cas de règlement en ligne par Smartphone ou via les Sites Web bancaires comme c’est le cas dans plusieurs Pays émergents et en développement ;
- Faible équipement au niveau des marchés marocains : pénurie des postes de paiement par carte TPE (Terminal de Paiement Electronique) et absence de haute connexion Internet telle que l’installation de fibre optique publique dans les grandes surfaces, marchés publics et bazars.
Dans le même sillage, il incombe au Pouvoir Exécutif, et en coordination avec les banques et institutions financières opérant au Maroc, de développer des mécanismes d’encouragement à l’utilisation des transactions monétaires digitales afin de limiter au mieux la circulation de l’argent entre les agents économiques, ce qui engendrerait une baisse du besoin de liquidité bancaire et évitera par conséquent au Pays une crise d’inflation monétaire.
Par Youssef Guerraoui Filali, Président du Centre Marocain pour la Gouvernance et le Management

