Réapparition des cas de la rougeole : faut-il s’inquiéter ?

Ecrit par Soubha Es-Siari I
Prévention des pandémies, sommes-nous suffisamment préparés pour y faire face ? Depuis le Covid-19 qui a endeuillé plusieurs familles suite à l’agressivité de ce virus jusque-là méconnu, cette question est sur toutes les lèvres. Et pour cause : le monde est entré au cours des dernières années dans des situations complexes et compliquées liées aux guerres, conflits, dérèglement climatique… qui parfois se traduisent par des phénomènes nouveaux à cause des contacts entre l’humain, l’animal et l’environnement entraînant dans leur sillage de nouvelles épidémies.
Au Maroc, la réapparition de la maladie de la rougeole après plusieurs années de disparition interpelle à plus d’un titre d’autant plus que nous avons tous cru que cette pathologie relève du passé et que la vaccination en guise de prévention n’est plus nécessaire. 79 cas de rougeole ont été détectés dans plusieurs établissements pénitentiaires au Maroc, a annoncé, ce mercredi, la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR). Parmi les personnes touchées figurent sept mineurs, deux femmes, et un enfant accompagnant sa mère. Un constat sans appel.
Certes la tutelle rassure que les foyers épidémiques sont sous contrôle mais cela n’empêche pas de dire que le fait que plusieurs familles ne procèdent plus à la vaccination comme de par le passé est tout sauf une bonne idée parce que si la maladie parait à ses débuts banale, elle pourrait être mortelle en l’absence de vaccination. L’exemple de la rougeole est édifiant.
A ce titre, il s’avère utile de rappeler que depuis le Covid-19, les citoyens sont devenus trop sceptiques à la vaccination pour une panoplie de raisons. Cette perception négative envers les vaccins n’est pas propre au Maroc mais est répandue un peu partout dans le monde. Or, d’après les médecins, les professeurs chercheurs… la vaccination est cruciale et permet de pallier à une éventuelle maladie grave même chez les patients immuno-déprimés dont le système immunitaire est faible. Ils sont unanimes à dire que le rejet de la vaccination par les citoyens risque d’avoir des conséquences lourdes aussi bien sur les vaccino-sceptiques que sur la société en général en termes de ressources financières à mobiliser.
En tout cas dans un contexte où on parle d’une seule santé, le « one health » et où l’humain est en contact permanent avec l’animal et l’environnement, la vaccination requiert une grande importance. De surcroit que nous ne sommes pas à l’abri d’une nouvelle épidémie comme annoncé régulièrement par l’OMS. L’Organisation mondiale de la santé évoque une liste de 30 agents pathogènes susceptibles de provoquer de nouvelles pandémies. Ce n’est pas rien.
Pour y faire face, le Maroc a besoin d’un système de détection précoce, un système de vaccination développé. Mieux encore, le Maroc a besoin d’être connecté aux autres organismes internationaux de santé.
Dans une émission sur une chaîne de télévision nationale, le professeur Jaâfar Heikel, professeur de médecine, infectiologue et épidémiologiste a attiré l’attention sur le fait que des maladies que nous avons combattues de par le passé risquent de surgir à tout moment à la faveur de cette interaction entre l’humain, l’animal et l’environnement.
Si les professeurs sont conscients que le Maroc est mieux préparé qu’avant, que des pas importants sont faits, ils restent tout de même convaincus qu’il y a encore du chemin à parcourir.
Le professeur Heikel rassure et rappelle dans la foulée la souveraineté sanitaire initiée par le Souverain et dont le but ultime est de préparer le Maroc à toute éventuelle épidémie.
Le Maroc s’est doté à cet égard d’une haute autorité de santé dont le rôle est justement de donner son avis technique et scientifique qui va orienter les pouvoirs publics en cas de survenance de crises sanitaires. Encore faut-il que ces derniers et les professionnels de la santé ne trainent pas le pas en matière d’exécution parce c’est là où souvent le bât blesse dans notre pays.
Aussi, le Maroc est-il appelé à s’investir comme il se doit dans la recherche scientifique et d’allouer des budgets conséquents au risque d’être pris dans le tourbillon des pandémies. La vulgarisation et la sensibilisation aux vertus du vaccin sont également vivement recommandées.

