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Economie

Facture énergétique du Maroc de 2025 améliorée vers une ‘zone orange’ mais… aucun pronostic pour 2026

facture énergétique énergie

Fidèle à sa tradition, l’Office des Changes a diffusé en Avril les chiffres provisoires du Commerce Extérieur du Maroc de 2025. Voici une première analyse des chiffres de l’énergie agrégés par source en ignorant les produits du Chapitre 27 de la Nomenclature Douanière non utilisés en énergie (bitumes, diluants et autres).

Dès le mois de Mai, nous avions déjà prédit[1] un nouvel allègement de la facture énergétique annuelle de 2025. Mais si celle-ci est effectivement un peu « moins in digeste » que 2024, 2023 et surtout 2024, nous verrons qu’elle reste encore lourde puisqu’à la fin de l’article, nous classons l’année 2025 parmi les années précédentes et expliquons pourquoi nous restons au bord d’une « zone orange ».

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Les chiffres sont officiels, même si une partie de ceux de l’énergie est partiellement complétée par nos soins.

  DÉTAILS 2025 DE LA FACTURE ÉNERGÉTIQUE DU MAROC  

La Figure 1 représente quatre colonnes dont les cases sont disposées verticalement. A part la première ligne, chaque case montre le libellé, le montant pour 2025 et sa variation par rapport à l’année 2024 :

  • la première colonne décompose les imports de produits énergétiques, exprimés en MDh CAF,
  • la deuxième colonne décompose des exports de produits énergétiques, exprimés en MDh FAB,
  • la troisième colonne décompose des soldes nets résultants de la différence de deux premières,
  • la dernière colonne décompose les contributions qui reviennent à la production d’électricité.

Les deux cases jaunes en haut à droite montrent :

  • l’énergie nette consommée calculée (ENC, production et importation comprise) en millions de tep,
  • ainsi que l’électricité nette appelée (ENA, production et importation comprise) en GWh.

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Figure 1 Maroc 2025 – Import et export de produits énergétiques (CMINE* = Coût Moyen d’Importation Nette d’Energie)

L’énergie nette consommée s’établit à 25,249 Mtep (production locale comprise), le coût moyen des imports nets rapportés à l’ENC s’étant élevé à 4’416 Dh/tep, en baisse de 12.9% avec un total en baisse de 6.2%.

L’électricité nette appelée s’établit à 49’031 GWh, le coût des imports nets rapportés à l’ENA s’étant élevé à 0,41 Dh/kWh, en hausse de 10,8% avec un total en hausse de 17.8%.

  ÉVOLUTION DES ÉLÉMENTS DE LA FACTURE ÉNERGÉTIQUE DU MAROC  

La Figure 2 montre l’évolution durant les 31 dernières années des montants nets importés de produits énergétiques (facture énergétique), excluant les combustibles non utilisés en énergie, comme les bitumes, les diluants et tant d’autresqui, selon les années, peuvent peser jusqu’à 7% du Chapitre 27 de la Nomenclature Douanière (4.9% en 2025). L’insert montre la part, en valeur, des charbons (noir), des produits pétroliers (rouge), du gaz naturel (orange) et de l’électricité (vert).

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Figure 2 Segmentation des montants nets importés de produits énergétiques

Notons la part du lion (84 GDh et 82% en 2025) que se taillent les produits pétroliers (fuel, gasoil, butane, propane et carburants d’aviation) dans la facture énergétique et mettent en lumière les causes de l’extrême sensibilité de l’économie marocaine aux cours du pétrole.

Les singularités du total des imports nets d’énergie sont dominées par celles du Coût Moyen des Imports Nets d’Energie, CMINE(*), qui a baissé pour la troisième année consécutive.

La Figure 3 montre l’évolution durant les 31 dernières années des montants nets importés de produits énergétiques destinés à l’électricité (facture électrique). L’insert montre la part relative, en valeur, des charbons (noir), des produits pétroliers (rouge), du gaz naturel (orange) et de l’électricité (en vert).

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Figure 3 Segmentation des montants nets importés de produits énergétiques destinés à la production d’électricité

Notons la part importante (10.7 GDh et 53.4% en 2025) que se taillent les charbons (anthracite, houille, coke, lignite) dans la facture électrique et mettent en lumière les causes de la sensibilité des coûts de la production d’électricité aux cours du charbon (60.6% de la production brute d’électricité).

Notons aussi qu’ici aussi, les singularités du total des imports nets d’énergie destinés à l’alimentation électrique du pays sont dominées par celles du coût moyen des imports qui y sont destinés, CMINE-E (*).

La Figure 4 montre l’évolution de l’énergie importée (en M de tonnes d’équivalent pétrole), en bleu rapporté à l’échelle gauche et son coût unitaire moyen (en Dh/tep), en rouge rapporté à l’échelle droite.

L’énergie importée est calculée à partir de la quantité nette importée de chaque combustible (masse ou volume) et de sa capacité calorifique, mise à part pour l’électricité importée en l’état pour laquelle c’est un coefficient conventionnel de 0.26 tep/MWh qui permet de faire la conversion.

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Figure 4 Evolution de l’énergie importée (Mtep) et de son coût unitaire moyen (Dh/tep)

Le coût moyen des imports d’énergie (CMINE) comporte des pointes coïncidant avec des conflits internationaux : 2008 (Géorgie), 2012 (Syrie), 2014 (Ukraine), 2018 (Yémen) et 2022 (Ukraine).

La courbe bleue de la Figure 5 rappelle l’évolution du CMINE déjà montrée en Figure 2 et les carrés bleus montrent celle de la facture énergétique par habitant (rapportées à l’échelle de gauche) tandis que l’évolution de cette dernière en pourcentage du PIB,  elle est en rouge et se rapporte à l’échelle de droite.

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Figure 5 Evolution du poids de la facture énergétique par habitant (Dh/hab) et sur le PIB (%)

Dans la Figure 5, les pointes de la facture énergétique par habitant ainsi que celles du pourcentage des imports énergétique dans le PIB coïncident avec celles du CMINE (2008, 2014, 2018 et 2022). Ce synchronisme suggère de corréler les deux premières données au CMINE, ce qui est fait dans la Figure 7.

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Figure 6 Impact du CMINE sur la facture énergétique par habitant (gauche) et sur le PIB (droite)

Les deux graphiques de la Figure 7 montrent qu’en moyenne, chaque année, toute augmentation de 1’000 Dh du CMINE coûte à l’économie marocaine : 521 Dh par habitant (à gauche) et 1,7% du PIB (à droite).

Nous avons déjà montré[2] qu’il semblait exister une réaction saine de l’économie marocaine à l’égard de l’augmentation du coût moyen de l’énergie importée puisque la part des produits énergétiques dans le total des imports augmente plus lentement que le CMINE…. maigre consolation !

La Figure 7 montre l’évolution de la facture énergétique rapportée au total des imports (cercles bleus) et au total des exports (carrés bleus pleins).

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Figure 7 Evolution de la facture énergétique rapportée aux imports et aux exports

Il est clair que ce concept de CMINE, que nous utilisons maintenant depuis 3 ans, influence fortement tous les agrégats qui permettent d’évaluer les différents impacts de la facture énergétique du Maroc.

  POURQUOI SOMMES-NOUS À LA LIMITE SUPÉRIEURE DE LA « ZONE ROUGE » ?   

Si nous classions 2025 selon cinq critères extraits de la Figure 4, de la Figure 5 et de la Figure 7 :

  1. le coût unitaire moyen des produits énergétiques se classe 8ème sur 33 années (1993-2025)
  2. le coût des produits énergétiques par habitant se classe 5ème sur 33 années (1993-2025)
  3. le poids sur le PIB se classe 17ème sur 33 années (1993-2025)
  4. le poids sur les exports se classe 27ème sur 33 années (1993-2025)
  5. le poids sur les imports se classe 26ème sur 33 années (1993-2025)

En conséquence, si l’on procède à un classement sans pondération basé sur ces cinq critères défavorables (car ce sont des coûts), l’année 2025 se placerait 18ème, soit dans la partie la moins favorable du quintile central (13ème-20ème), d’où le qualificatif de « zone orange » malgré l’amélioration par rapport à 2024.

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Sans doute encore une lapalissade mais qui mérite d’être répétée. Etant donné que :

  • l’indépendance énergétique du Maroc dépasse à peine les 12% depuis 1988 et, en 2022, il était 7ème au classement mondial,
  • le Maroc ne dispose pas de réserves fossiles prouvées pour s’assurer une indépendance énergétique décente (malgré les récentes découvertes de gaz naturel),
  • le coût de la dépendance a réussi à culminer au sixième du PIB, à la moitié des exportations et au quart des importations,
  • le Maroc peut produire de l’électricité solaire et éolienne au-delà de ses besoins, l’électricité la moins chère même si techniquement intermittente et trop capitalistique pour les ressources du pays,
  • le futur mécanisme d’ajustement carbone aux frontières menace les exportations marocaines vers l’UE car l’intensité des émissions d’électricité n’est pas descendue sous 600 gCO2/kWh produit depuis 1982,

il n’y a pas d’autre solution que d’accélérer, tant que faire se peut, l’exploitation de toutes les niches de réduction de dépendance énergétique qu’offre la combinaison de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables, surtout maintenant que le stockage sur batteries devient très abordable.

Par Amin BENNOUNA (sindibad@uca.ac.ma)

[1] Amin Bennouna, « Si la géopolitique le voulait bien, la Maroc pourrait finir 2025 avec une facture énergétique assez ‘digeste’« , EcoActu, 23 May (2025), https://ecoactu.ma/geopolitique-le-voulait-bien-la-maroc-pourrait/

[2] Amin Bennouna, « Adoucissement de la facture énergétique du Maroc de 2024 mais elle reste encore à la limite de la ‘zone rouge’« , EcoActu, 08 April (2025), https://ecoactu.ma/adoucissement-de-la-facture-energetique-du-maroc-de-2024/

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