Protocole d’Accord entre les Etats-Unis et l’Iran : quelles perspectives ?

Rappelons que c’est le 28 Février 2026 que l’offensive militaire américano-israélienne a été déclenchée contre l’Iran. Les objectifs de cette offensive n’ont pas été clairement définis par les Etats-Unis. Par contre Israël souhaitait la fin du régime iranien des Mollahs, l’arrêt du nucléaire iranien et la destruction du stock enrichi à 60%, la limitation des missiles iraniens à longue portée et la cessation de l’aide iranienne à ses proxys au Moyen Orient, notamment le Hezbollah au Liban.
Les Etats-Unis et Israël ont entrepris des frappes aériennes massives contre l’Iran qui ont entrainé des milliers de morts et de blessés, ainsi que la destruction d’un grand nombre d’installations militaires et civiles. L’Iran a riposté par des drones et des missiles contre Israël et les pays arabes du golfe disposant de bases militaires sur leur sol. Il a surtout réussi à bloquer le détroit d’Ormuz par lequel passaient 20% de la consommation mondiale de pétrole. Cette fermeture du détroit a eu des conséquences importantes sur le prix du pétrole qui a dépassé à certains moments les 100 dollars le baril, et qui a perturbé l’économie mondiale. Un premier cessez-le-feu est intervenu le 8 Avril 2026 par l’intermédiaire du Pakistan, mais a été violé par les belligérants.
Après plusieurs mois de négociations toujours sous la médiation principalement du Pakistan, un Protocole a été signé à distance le 17 Juin 2026 sous forme électronique par le président Donald Trump et le président iranien Massoud Pezechkian. Les principaux points de ce Protocole sont la cessation immédiate et définitive des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban, dont l’intégrité territoriale et la souveraineté ont été réaffirmées. Ce Protocole doit donner lieu à un accord définitif dans les 60 jours. Dès la signature du Protocole, les Etats-Unis s’engagent à lever le blocus naval du détroit d’Ormuz, et l’Iran s’engage de son côté à assurer le passage en toute liberté et sans frais des navires commerciaux pendant la durée des négociations de 60 jours.
Le Protocole prévoit également la création d’un Fonds de 300 milliards de dollars pour la reconstruction et le développement économique de l’Iran, dont les modalités seront fixées durant les négociations de 60 jours. Les États-Unis s’engagent également à lever toutes les sanctions contre l’Iran, qui a réaffirmé de son côté qu’il ne se procurera ni ne mettra au point d’armes nucléaires. L’élimination du stock d’uranium enrichi détenu par l’Iran sera réglée d’un commun accord durant la négociation des 60 jours, la méthode minimale consistant en une dilution sur site sous la supervision de l’AIEA. Les Etats-Unis s’engagent dès la signature du Protocole d’Accord à accorder à l’Iran des dérogations pour l’exportation du pétrole brut et de ses dérivés.
Ils s’engagent également au cours des négociations avec l’Iran, de convenir des procédures relatives au déblocage des fonds et avoirs iraniens gelés ou soumis à des restrictions. Dans l’attente de l’accord final, les Etats-Unis et l’Iran conviennent de maintenir le statu quo, en précisant que l’accord final sera entériné par une résolution obligatoire du Conseil de sécurité de l’ONU.
Cependant le samedi 20 Juin 2026, des frappes aériennes israéliennes ont touché plusieurs régions de Liban faisant près de 30 morts. Le Qatar et le Pakistan en tant que médiateurs ont exprimé leurs vives inquiétudes, et la Maison-Blanche a averti que ces opérations militaires risquaient de saboter l’accord global de paix. L’Iran a réagi fermement en annonçant la fermeture immédiate du détroit d’Ormuz. Malgré ces violences, les discussions ont débuté l’après-midi du dimanche 21 Juin 2026 au complexe de Bürgenstock en Suisse, entre la délégation américaine composée du Vice-président JD Vance, l’émissaire Steve Witkoff et Jared Kushner, le gendre du président Donald Trump, et la délégation iranienne composée de président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf, le ministre des affaires étrangères de l’Iran Abbas Araghchi et le porte-parole du ministère des affaires étrangères Esmail Baghaei Hamaneh.
Plusieurs points inscrits à l’ordre du jour des négociations entre les Etats-Unis et l’Iran auront des difficultés à trouver une issue. Le premier est l’enjeu libanais, puisque l’Iran a posé une condition stricte : aucun accord permanent n’est envisageable sans l’arrêt total des hostilités israéliennes au Liban. Le second point est le bras de fer du détroit d’Ormuz officiellement fermé par l’Iran suite à l’attaque israélienne au Liban le samedi 20 Juin 2026, et le problème du péage envisagé par l’Iran, et par Donald Trump en cas d’échec des discussions. Les autres points qui risquent de poser problème sont le programme nucléaire iranien, et l’élimination du stock d’uranium enrichi détenu par l’Iran.
En conclusion, il semble difficile que tous ces points sensibles puissent être réglés dans les 60 jours à venir, d’autant plus qu’Israël n’est pas favorable à cet Accord entre les États-Unis et l’Iran, puisque ses objectifs cités au départ de l’offensive américano-israélienne n’ont pas été atteints. Il faut déplorer également que la cause principale de tout ce qui se passe au Moyen-Orient, à savoir le problème israélo-palestinien, n’a pas été soulevée, du fait du refus catégorique de l’actuel gouvernement d’extrême droite israélienne de reconnaître un État palestinien comprenant Gaza et la Cisjordanie.
Ecrit par Jawad KERDOUDI
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)


