Stock hydrocarbures : après les 3 Mds de DH annoncés en 2022, 6 Mds de DH de plus… pour quels résultats ?

Quatre ans après avoir annoncé un programme de 3 Mds de DH destiné à renforcer les capacités nationales de stockage des hydrocarbures, le gouvernement relance le dossier avec une nouvelle enveloppe de 6 Mds de DH à l’horizon 2030. Une annonce faite discrètement par la ministre de tutelle et qui soulève une question préalable : qu’est devenu le programme lancé en 2022 ?
Lors de la séance des questions orales à la Chambre des représentants, le 29 juin, la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leila Benali, a annoncé un nouveau programme d’investissement de 6 Mds de DH visant à accroître les capacités nationales de stockage des hydrocarbures. L’objectif affiché étant de créer 1,5 million de m³ de capacités supplémentaires d’ici 2030 afin de renforcer la sécurité énergétique du Royaume. L’annonce de ce programme s’est faite de manière très discrète par la ministre ce qui nous interpelle à plusieurs titres.
Le précédent programme de 3 Mds de DH
Le sujet n’est pas nouveau. En juillet 2022, dans un contexte marqué par l’envolée des cours des hydrocarbures consécutive à la guerre en Ukraine, la ministre avait déjà présenté un ambitieux programme de renforcement des capacités de stockage.
La ministre annonçait alors une enveloppe globale de 3 Mds de DH à mobiliser à l’horizon 2023, dont 2 Mds de DH destinés aux infrastructures de stockage des produits pétroliers liquides et 1 Md de DH consacré au stockage du gaz butane.
L’objectif était de renforcer le stock stratégique national afin d’améliorer la résilience énergétique du pays face aux crises internationales et aux ruptures potentielles d’approvisionnement. Depuis cette annonce, le programme est tombé dans un silence quasi total, aucun bilan officiel n’ayant été publié.
Un bilan qui demeure introuvable
Et pourtant quatre ans plus tard, le gouvernement lance un nouveau programme sans avoir présenté le bilan du précédent. À plusieurs reprises, nous avons sollicité le ministère afin d’obtenir des informations sur l’état d’avancement du programme annoncé en 2022, les investissements effectivement réalisés, les capacités créées ou encore les opérateurs concernés mais en vain. Cette absence de transparence interroge d’autant plus que la réglementation impose aux compagnies pétrolières de maintenir des stocks de sécurité couvrant 60 jours de consommation.
Malheureusement cet engagement n’a jamais été honoré par les pétroliers au grand dam du pays et de sa souveraineté énergétique.
Si les 3 Mds de DH annoncés en 2022 ont effectivement été mobilisés pour renforcer les capacités nationales de stockage, pourquoi cet objectif réglementaire ne semble-t-il toujours pas atteint ? Plus surprenant encore, aucune sanction n’a, à ce jour, été rendue publique à l’encontre des opérateurs qui ne respecteraient pas leurs obligations comme le stipule la loi en vigueur.
Faute d’informations officielles, il demeure difficile de distinguer les projets réalisés dans le cadre du programme gouvernemental de ceux relevant des plans d’investissement propres aux entreprises. Dans ces conditions, l’évaluation des engagements pris en 2022 demeure particulièrement complexe.
Des chiffres inchangés un an plus tard
Les données communiquées récemment soulèvent, elles aussi, des interrogations. Le 30 juin 2026, la ministre a repris quasiment chiffre pour chiffre ceux annoncés devant le Parlement en juin 2025 à savoir une augmentation de plus de 30 % des capacités nationales de stockage et un gain équivalent à 17 jours supplémentaires de stocks de sécurité. Pis encore, la ministre parle de ses réalisations comme étant des exploits alors que nous n’avons jamais atteint le stock de sécurité réglementaire.
L’absence d’évolution de ces indicateurs en l’espace d’une année interroge. Les capacités de stockage sont-elles restées inchangées depuis 2025 ? Les investissements engagés n’ont-ils pas encore produit leurs effets ? Ou bien les données présentées correspondent-elles toujours au même programme annoncé quatre ans auparavant ?
Autant de questions auxquelles aucun bilan officiel ne permet aujourd’hui de répondre.
Dans ce contexte, l’annonce d’une nouvelle enveloppe de 6 Mds de DH soulève elle aussi plusieurs interrogations. S’agit-il d’un nouveau programme venant s’ajouter au précédent ? D’une réévaluation du plan de 2022 ? Ou d’un montant intégrant des investissements déjà réalisés par les opérateurs privés ? Là encore, les précisions font défaut.
Un enjeu majeur pour la sécurité énergétique
Le renforcement des capacités de stockage constitue pourtant un enjeu stratégique pour le Royaume. Le Maroc demeure fortement dépendant des importations pour satisfaire ses besoins énergétiques. Il est aussi trés exposé au fluctuation du marché mais aussi au choc. Dans ce contexte, disposer de stocks stratégiques suffisants constitue un élément essentiel de la sécurité énergétique nationale et de la capacité du pays à faire face à d’éventuelles crises d’approvisionnement.
Plusieurs institutions ont d’ailleurs souligné, ces dernières années, les insuffisances du dispositif actuel ainsi que la nécessité d’en renforcer la gouvernance.
Au-delà des nouvelles annonces, c’est désormais la question du suivi de l’exécution des engagements publics qui est posée.
Entre les 3 Mds de DH annoncés en 2022 et les 6 Mds dévoilés aujourd’hui, le gouvernement est attendu sur un exercice de transparence : présenter un bilan détaillé des investissements effectivement réalisés, des capacités supplémentaires créées et de leur impact réel sur le niveau des stocks stratégiques.
Un tel exercice permettrait d’évaluer les progrès accomplis en matière de sécurité énergétique, mais également de mesurer la portée du nouveau programme annoncé à l’horizon 2030.

