Hydrocarbures : un énième constat accablant de la gestion du stock de sécurité

Ecrit par L.Boumahrou I
La question du stock de sécurité des produits pétroliers et gaz est loin d’être résolue. Et pour cause, depuis l’adoption de la Stratégie nationale énergétique en 2009, le Maroc n’arrive toujours pas à atteindre le stock réglementaire de 60 jours de consommation pour les produits raffinés chez les distributeurs comme le prévoit la loi en vigueur.
Une situation qui continue d’exposer le pays aux crises qui se succèdent et aux tensions géopolitiques qui s’intensifient. C’est pourquoi la question de la souveraineté énergétique s’impose avec acuité notamment pour un pays qui dépend exclusivement de l’étranger.
La présidente de la Cour des comptes, Zineb El Adaoui, a soulevé la question lors de la présentation des activités des Juridictions Financières au titre de 2023-2024, devant les deux chambres du Parlement réunies ce mercredi 15 janvier en séance plénière.
El Adaoui a précisé que le secteur des carburants nécessite la mise en place de mécanismes de gestion et de suivi de ses stocks de réserve dans le but d’atténuer l’impact des fluctuations des prix sur le marché international et leurs répercussions sur les prix sur le marché national.
Elle n’a pas manqué de rappeler que depuis l’adoption de la stratégie en 2009, les stocks de réserve de divers produits pétroliers sont restés inférieurs au niveau spécifié de 60 jours.
« En 2023, les stocks du gaz, des hydrocarbures et du gaz butane ne dépassent respectivement pas 32, 37 et 31 jours », a-t-elle affirmé en rajoutant un autre point et pas des moindres relatif à la diversification des points d’entrée des produits pétroliers importés qui est restée limitée. En effet, depuis le lancement de la Stratégie Nationale de l’Energie 2009 uniquement un point d’entrée a été ajouté au port Tanger-Med.
Lire également: Les 3 Mds de DH ont-ils été investis en 2023 pour renforcer le stock de sécurité des produits pétroliers et gaz ?
Rappelons qu’en 2022, la ministre de tutelle avait annoncé le déblocage d’une enveloppe de 3 Mds de DH à l’horizon 2023 dont 2 Mds de DH pour les produits pétroliers liquides et 1 Md de DH pour le gaz butane pour les infrastructures de stockage. L’objectif était d’atteindre des capacités de stockage de plus d’un demi-million de mètres cubes, soit environ 13 jours supplémentaires.
Nous ne savons pas si ce budget a été débloqué mais au regard des chiffres annoncés par El Adaoui, l’objectif fixé n’a pas été atteint.
On en déduit que les pétroliers n’ont jamais respecté leurs engagements. Pis encore, l’Etat contribue, d’une manière indirecte, à ce constat étant donné que les sanctions prévues par le dahir portant loi n°1-72-255 du 22 février 1973 par dérogation aux dispositions de la loi n°9-71 spécifique aux stocks de sécurité n’ont jamais été appliquées, du moins pas à la connaissance du grand public.
La dernière déclaration de la ministre de tutelle à ce sujet est que son département accompagne les projets du secteur privé pour augmenter les capacités de stockage supplémentaires des produits pétroliers à 1,8 million de mètres cubes à l’horizon 2030, soit l’équivalent de 41 jours supplémentaires de la consommation nationale.
Va-t-on respecter cet engagement ? Wait and see !

