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Economie

Compte à rebours avant le 20 octobre : le PLF 2027 attend son gouvernement

Gouvernement exécutif el mansouri

La date limite du 20 octobre, échéance constitutionnelle impérative pour le dépôt du Projet de Loi de Finances (PLF) 2027 devant le Parlement.  Cela place le prochain gouvernement face à un paradoxe inédit, où chaque minute qui passe réduit la marge de manœuvre et force à se plier au dictat de la montre.

Fatima Ezzahra El Mansouri, reçue par le Roi, mais sans équipe définitive

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La cheffe du gouvernement désignée, Fatima Ezzahra El Mansouri, a été reçue en audience par le Roi Mohammed VI le mercredi 14 octobre 2026 au Palais Royal de Rabat. Si cette rencontre a permis de faire le point sur les grandes étapes franchies dans les négociations, la liste définitive des ministres n’est toujours pas prête. 

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Les arbitrages complexes autour de la répartition des postes ministériels entre les quatre partis de la coalition (PAM, Istiqlal, USFP et PPS) retardent l’officialisation de l’équipe. Cette absence d’exécutif définitivement installé, à seulement quelques jours de la date butoir, accentue le paradoxe : les futurs ministres devront composer avec un document de plusieurs milliers de pages qu’ils n’auront pas eux-mêmes élaboré, sans même avoir eu le temps de prendre pleinement possession de leurs portefeuilles

Le gouvernement marocain s’engage dans un véritable sprint législatif : il ne lui reste plus que six jours pour déposer le Projet de Loi de Finances (PLF) pour l’année 2027 sur le bureau de la Chambre des représentants. L’actuelle équipe au pouvoir doit impérativement respecter la date limite du 20 octobre, une obligation stricte dictée par l’article 48 de la loi organique n° 130-13 relative à la Loi de finances.

L’article 48 ne laisse aucune marge de manœuvre. Le texte budgétaire doit être déposé au plus tard cinquante jours avant la fin de l’année budgétaire en cours. Derrière cette course contre la montre se cache un enjeu démocratique fondamental : garantir aux parlementaires le temps nécessaire (30 jours à la Chambre des représentants, puis 22 jours à la Chambre des conseillers) pour examiner, débattre et voter les orientations économiques du Royaume.

Au sein des ministères, et particulièrement à la Direction du Budget, cette période se traduit par des nuits blanches pour des dizaines de hauts fonctionnaires et d’experts économiques. Finaliser les arbitrages sectoriels, ajuster les prévisions de croissance face aux incertitudes climatiques et géopolitiques, et chiffrer les mesures sociales relèvent de la haute voltige technique. Chaque ligne budgétaire validée aura un impact direct sur le quotidien des citoyens marocains, qu’il s’agisse de l’éducation, de la santé ou du pouvoir d’achat.

En guise de rappel, bien que le document final soit encore sous clé, les priorités de ce budget 2027 s’inscrivent dans la continuité des réformes de l’État social :

La consolidation de la protection sociale et la pérennisation des aides financières directes pour les familles vulnérables.

La gestion du stress hydrique, un défi humain et économique majeur nécessitant des investissements massifs dans les infrastructures de dessalement et les barrages.

L’impulsion de l’investissement public et privé pour stimuler l’emploi, notamment à l’approche des grandes échéances sportives et économiques de la décennie.

Le compte à rebours est lancé. Les six prochains jours détermineront la trajectoire économique du Maroc pour l’année à venir.

La particularité est que le gouvernement et les représentants n’auront pas le temps de bien étudier le PLF 2027 préparé et réfléchi par l’équipe sortante.

C’est précisément là que réside toute la complexité de ce moment politique. La formation de la nouvelle coalition gouvernementale menée par Fatima Ezzahra El Mansouri, à la suite des élections législatives du 23 septembre 2026, place le nouvel exécutif et les parlementaires face à un paradoxe institutionnel majeur : ils doivent endosser et voter, dans l’urgence, un Projet de Loi de Finances (PLF) 2027 conçu de A à Z par l’équipe sortante. 

Autrement dit, la note d’orientation budgétaire, qui fixe les plafonds de dépenses et les grandes priorités économiques, a été signée dès le mois d’août 2026 par le chef du gouvernement sortant, Aziz Akhannouch. Cela signifie que la nouvelle équipe ministérielle hérite d’un document de plusieurs milliers de pages, ficelé par des administrations qui ont travaillé pendant des mois sur la base d’une autre vision politique. 

Pour les nouveaux ministres, à peine installés, modifier les arbitrages, revoir la fiscalité ou réorienter les crédits budgétaires en quelques jours relève quasiment de l’impossible, sous peine de déséquilibrer toute la structure macroéconomique déjà validée.

La course à l’amendement : le Parlement sous haute tension

Pour les représentants de la nation, le défi est tout aussi vertigineux. Les députés, notamment ceux de la nouvelle majorité (constituée du PAM, de l’Istiqlal, de l’USFP et du PPS), vont devoir examiner à la loupe un texte qu’ils n’ont pas vu naître. 

Toute l’habileté politique va devoir se déployer durant les débats en commissions parlementaires. Faute de temps pour réécrire le budget, le gouvernement et ses représentants vont devoir procéder par des ajustements en profondeur. C’est ce qu’ils ont en tout cas promis à leurs électeurs. Ils sont  donc acculés à :

Glisser des amendements ciblés pour commencer à introduire les promesses électorales de la nouvelle coalition ;

Négocier des compromis rapides pour que le budget ne soit pas une simple copie conforme du passé, mais porte les premiers marqueurs de la nouvelle sensibilité politique. 

La soupape de sécurité : la Loi de Finances Rectificative

Face à cette urgence, la Constitution rappelle à ceux qui risquent d’oublier qu’il existe une solution de rechange politique et technique bien connue. Comme l’expliquent les experts en finances publiques rien n’empêchera le gouvernement El Mansouri, une fois sa feuille de route bien installée et ses équipes rodées, de rectifier le tir en cours d’année 2027 via une loi de finances rectificative. 

Le précédent de 2021 reste dans les mémoires, lorsque le gouvernement précédent avait dû adopter un budget hérité de l’équipe d’El Othmani. En 2026, l’histoire se répète, illustrant la continuité de l’État face aux soubresauts des urnes. C’est un exercice de haute voltige où la rigueur des chiffres doit épouser l’urgence de la transition politique. 

Une chose est cependant sûre : l’enjeu pour la coalition de Fatima Ezzahra El Mansouri dépasse désormais la simple arithmétique des portefeuilles ministériels : il s’agit de réussir à imprimer une marque politique sur un budget qui ne lui appartient pas. La gestion de ce PLF 2027, entre acrobaties parlementaires et calculs d’épiciers, agira comme le premier grand test de cohésion et d’agilité pour une majorité condamnée à gouverner dans l’urgence, sous l’œil attentif d’une opinion publique qui attend, elle, des réponses immédiates.

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