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Assemblées annuelles FMI/BM

Bangkok 2026 : une économie mondiale « entre optimisme et inquiétude »

Bangkok

Pendant une semaine, Bangkok a été la capitale de la finance mondiale. Quelque 15 000 délégués – ministres des Finances, gouverneurs de banques centrales, banquiers, investisseurs et représentants de la société civile – se sont réunis au Queen Sirikit National Convention Center. Ils y ont trouvé une économie mondiale qui tient bon, mais sur deux appuis fragiles : un boom de l’intelligence artificielle qui compense le choc énergétique né de la guerre au Moyen-Orient, et des États dont l’endettement approche des niveaux inédits. Décryptage des points saillants.

Le décor : une résilience qui « atteint ses limites »

Le Fonds monétaire international a donné le ton dès l’ouverture, avec la publication de ses Perspectives de l’économie mondiale. La croissance mondiale est attendue à 3,1 % en 2026, contre 3,5 % en 2025, avant un redressement à 3,4 % en 2027. La prévision a été très légèrement relevée par rapport à juillet, ce qui, dans le contexte, tient presque de l’exploit.

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Car les chocs se sont accumulés : guerre en Ukraine, droits de douane américains, et surtout le conflit en Iran déclenché fin février, avec la fermeture du détroit d’Ormuz et la flambée des prix de l’énergie. L’économie mondiale a encaissé grâce à la hausse de la production pétrolière hors Golfe, notamment aux États-Unis et au Canada, à la mobilisation des réserves stratégiques, à de nouveaux corridors d’exportation et à une moindre dépendance au pétrole. Mais, a averti la directrice générale Kristalina Georgieva lors de son point de presse du 14 octobre, cette résilience touche à ses limites : les coussins énergétiques et budgétaires s’épuisent.

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Indicateur (FMI, octobre 2026) 2025 2026 2027
Croissance mondiale 3,5 % 3,1 % 3,4 %
Économies avancées — 2,1 % 1,8 %
Émergents et en développement — 3,7 % 4,4 %
États-Unis — 2,3 % 2,3 %
Inflation mondiale 4,1 % 4,7 % 4,1 %
Dette publique mondiale (% du PIB) 94 % — ~100 % en 2029

Sources : FMI, Perspectives de l’économie mondiale et Moniteur des finances publiques, octobre 2026.

Derrière la moyenne, les écarts se creusent. L’Inde reste proche de 7 % de croissance, la Chine ralentit vers 4 %, et l’Europe progresse à peu près deux fois moins vite que les États-Unis. Le retour de l’inflation, à 4,7 % en moyenne mondiale en 2026, contraint les banques centrales à la prudence au moment même où les économies auraient besoin d’oxygène.

Deux chocs de sens contraire : l’énergie et l’intelligence artificielle

Le diagnostic central de ces assemblées tient en une image : l’économie mondiale est tiraillée entre un choc d’offre négatif, celui de l’énergie, et un choc de demande positif, celui de l’IA. Les investissements dans les infrastructures d’intelligence artificielle pèsent désormais environ 1,9 % du PIB américain et expliquent près de la moitié de la croissance des États-Unis cette année. Les cinq grands opérateurs de centres de données prévoient quelque 4 200 milliards de dollars de dépenses d’ici 2029.

Le FMI y voit à la fois un moteur et une menace. Un moteur, parce que l’IA pourrait ajouter un demi-point à la croissance mondiale. Une menace, parce que les marchés pourraient surestimer les gains à court terme et déclencher une correction brutale si les revenus ne suivent pas les investissements. Les besoins de financement de ces infrastructures contribuent déjà à pousser les taux obligataires à la hausse. Kristalina Georgieva a résumé le risque d’une formule : une économie qui ne compte que sur un seul moteur de croissance tient debout sur une seule jambe.

« L’inflation est comme un impôt sur les pauvres. » – Kristalina Georgieva

Les gagnants de cette nouvelle donne sont identifiés : les économies intégrées aux chaînes de valeur de l’IA, en Asie notamment (Corée, Singapour, Malaisie, Thaïlande), et les exportateurs d’énergie épargnés par le conflit. Les perdants aussi : les pays à faible revenu, les États fragiles et les importateurs nets d’énergie restés à l’écart de la révolution technologique.

La dette, l’éléphant dans la salle

Le Moniteur des finances publiques a fourni le chiffre le plus commenté de la semaine : la dette publique mondiale a atteint 94 % du PIB en 2025 et devrait approcher 100 % d’ici 2029, tirée par les plus grandes économies. Les déficits se sont encore creusés de 0,4 point de PIB, et dans un nombre croissant de pays, le taux d’intérêt de la dette dépasse désormais la croissance – la configuration qui rend un endettement instable.

Le choc énergétique aggrave la situation. Les subventions générales et les contrôles de prix décidés en 2026 coûtent environ 0,5 % du PIB mondial, et profitent davantage aux ménages aisés, qui consomment le plus d’énergie, qu’aux plus modestes. D’où la consigne martelée par le Fonds : protéger les personnes plutôt que les prix, au moyen d’aides temporaires et ciblées, et laisser les prix de l’énergie refléter la rareté réelle.

Pour les pays pauvres, l’étau se resserre. La part des recettes publiques absorbée par le service de la dette dans les pays à faible revenu a grimpé à 14 % en une décennie. Le FMI a annoncé un accord au niveau des services avec le Sénégal, d’environ 2,2 milliards de dollars, destiné à traiter une dette jusque-là non déclarée – un cas d’école présenté comme le premier test de la feuille de route du Forum mondial sur la dette souveraine. Kristalina Georgieva a par ailleurs plaidé pour une capacité de prêt concessionnel accrue, pouvant aller jusqu’à un triplement via le fonds fiduciaire pour la réduction de la pauvreté, et pour la recapitalisation du fonds d’allègement des catastrophes.

Banque mondiale : l’emploi comme boussole

Côté Banque mondiale, le président Ajay Banga a placé l’emploi au cœur de son discours en séance plénière, le 16 octobre. Son constat est vertigineux : environ 1,2 milliard de jeunes arriveront sur le marché du travail des pays en développement dans les dix à quinze prochaines années, pour seulement 400 millions d’emplois prévus. L’écart avoisine donc 800 millions d’emplois.

Pour y répondre, la Banque revendique une profonde réorganisation : délai de préparation des projets ramené de 19 à 9 mois, indicateurs de performance réduits de 153 à 22, et plus de 100 milliards de dollars de capacité de prêt supplémentaire sur dix ans grâce à l’optimisation de son bilan. La mobilisation de capitaux privés est passée d’environ 35 milliards de dollars en 2022 à 112 milliards lors du dernier exercice. Le président a toutefois reconnu le point faible du dispositif : dans les pays à faible revenu, cette mobilisation plafonne autour de 3 milliards de dollars.

  • Énergie – Mission 300 : électricité pour 300 millions d’Africains d’ici 2030, dont 59 millions déjà raccordés.
  • Eau : sécurité hydrique pour jusqu’à un milliard de personnes, dont 400 millions via le Groupe.
  • Agriculture : accompagnement de 300 millions de petits exploitants, dont 200 millions directement.
  • Santé – HealthWorks : objectif de 1,5 milliard de personnes, environ 600 millions déjà atteintes.
  • Investissement privé : création d’une classe d’actifs du développement, permettant de céder des projets financés à des fonds de pension, assureurs et fonds souverains pour recycler le capital.

Ce qu’il faut retenir pour le Maroc

Pour le Royaume, qui avait accueilli ces mêmes assemblées à Marrakech en octobre 2023, Bangkok envoie plusieurs signaux. Le FMI prévoit une croissance de 4,5 % en 2026 et de 4,2 % en 2027, une inflation contenue à 0,9 % cette année, mais un déficit du compte courant qui se creuserait à 4,9 % du PIB sous l’effet de la facture énergétique. Le chômage est attendu à 12,2 % en 2026, puis 11,3 % en 2027. Le contraste avec le voisinage est saisissant : selon le Fonds, l’activité de la région Moyen-Orient–Afrique du Nord se contracterait de 2 % en 2026, frappée de plein fouet par la guerre, avant un rebond de 7 % en 2027.

Surtout, les deux grands messages des assemblées résonnent directement avec le débat marocain. Celui du FMI sur les subventions énergétiques interroge le gel des prix du gaz butane et de l’électricité et les aides aux transporteurs, qui protègent les prix plus que les personnes et pèsent sur le budget. Celui de la Banque mondiale sur l’emploi des jeunes renvoie au premier défi du nouveau gouvernement, dans un pays où plus d’un jeune actif sur trois est sans emploi.

Maroc – prévisions du FMI 2026 2027
Croissance du PIB 4,5 % 4,2 %
Inflation 0,9 % 1,4 %
Déficit du compte courant (% du PIB) 4,9 % 4,1 %
Taux de chômage 12,2 % 11,3 %

Source : FMI, Perspectives de l’économie mondiale, octobre 2026.

Dans les coulisses

Le Comité monétaire et financier international, présidé par le ministre saoudien des Finances Mohammed Al-Jadaan, a tenu sa 54e réunion les 16 et 17 octobre. Les déclarations des pays membres ont été dominées par la préoccupation face au conflit au Moyen-Orient. Hors les murs, plus d’un millier de manifestants ont défilé à Bangkok pour accuser les deux institutions de servir les intérêts des pays riches – rappel que la légitimité de Bretton Woods reste contestée dans les pays du Sud.

La Thaïlande, hôte de l’événement pour la deuxième fois après 1991, a soigné l’accueil : volontaires, stands culturels, et même une séquence remarquée sur un ring de boxe thaïe réunissant les dirigeants des deux institutions et les responsables thaïlandais. Kristalina Georgieva a d’ailleurs cité la Thaïlande comme bien placée pour profiter des investissements dans l’IA, tout en regrettant la faiblesse du commerce intra-ASEAN, à 22 % des échanges contre 60 % au sein de l’Union européenne.

Le bilan : des diagnostics partagés, des moyens comptés

Les Assemblées de Bangkok n’ont pas débouché sur une décision spectaculaire. Elles ont surtout livré un diagnostic largement partagé : l’économie mondiale résiste, mais ses amortisseurs s’usent. L’énergie chère ravive l’inflation, l’IA concentre la croissance sur quelques pays, et la dette réduit la marge de manœuvre des États au moment où ils en ont le plus besoin.

Pour les pays en développement, le message est double. Les institutions de Bretton Woods promettent davantage de financements concessionnels et un appui accru à l’investissement privé. Mais elles exigent en retour des politiques budgétaires plus rigoureuses, des subventions mieux ciblées et des réformes favorables à l’emploi. La prochaine étape, en avril 2027 à Washington, dira si ces promesses se traduisent en ressources.

           

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