🎥Bank Al-Maghrib : Abdellatif Jouahri dresse les priorités 2025

Ecrit par Imane Bouhrara I
Le dernier conseil de Bank Al-Maghrib ne s’est pas uniquement attelé sur la politique monétaire mais également sur quelques axes stratégiques inscrits à l’agenda de la banque centrale pour 2025. Ces priorités ont été explicitées par le Wali de BAM, Abdellatif Jouahri.
Interrogé par nos soins lors de la conférence de presse à l’issue du 4e et dernier conseil de Bank Al-Maghrib pour l’exercice 2024, sur les priorités de la Banque Centrale en 2025, le Wali de BAM a souligné que la réforme du régime de change est fondamentale.
« Nous y travaillons, nous la suivons et y allons graduellement. J’ai évoqué le marché à terme avec le système bancaire, nous travaillons sur une nouvelle définition des taux de référence. Nous essayons d’avoir sur les données les partenariats nécessaires pour qu’ils puissent nous alimenter de façon régulière et puis nous y allons par étapes progressives.
J’utilise toujours la démarche du chapeau, comment il pose le premier pied pour s’assurer de la stabilité du sol pour déposer le deuxième pied », explique Abdellatif Jouahri.
Par conséquent sur ce terrain, BAM adopte une démarche du chapeau parce qu’il va de la valeur externe de la monnaie nationale.
« Je ne souhaiterais jamais utiliser les réserves en devises du pays pour soutenir cette valeur, elle doit être soutenue par les performances macroéconomiques du pays », précise le Wali de Bank Al-Maghrib.
La deuxième réforme figurant à l’agenda de BAM pour 2025, est la mise à jour la 2e étape de la stratégie nationale de l’inclusion financière. La première stratégie a fait ressortir trois priorités :  Les femmes notamment dans le rural, les TPE et les jeunes.
Dans ce sens, le gouverneur de la Banque Centrale assure « Nous avons travaillé sur pas mal de rubriques là -dessus et ça doit continuer, on n’est pas au bout de nos peines. Certes nous avons amélioré la bancarisation mais devons aller plus loin ».
Il souligne d’ailleurs que l’inclusion financière bute sur un problème de taille qu’est le cash et qui induit une amélioration des paiements digitaux, une autre grande réforme sur laquelle Bank Al-Maghrib et ses partenaires travaillent depuis plusieurs années et qui rencontre quelques difficultés.
« BAM est d’ailleurs sur le point de finaliser le rapport sur le cash et nous sommes en train de challenger les partenaires pour en faire non seulement un élément de diagnostic, de benchmark mais surtout ce qu’il faut prendre comme mesures et leur priorisation. Et donc c’est un gros chapitre sur lequel nous travaillons », poursuit Abdellatif Jouahri.
Et d’ajouter « En mĂŞme temps nous sommes en train de plancher sur  la modernisation de nos moyens de paiements et d’ailleurs dans le conseil de BAM nous avons fait beaucoup de chose en plus de la monĂ©tique parce que nous avons en 2024 lancĂ© un plan stratĂ©gique qui dĂ©finit nos prioritĂ©s mais nous avons entourĂ© le plan stratĂ©gique des autres pièces du puzzle : une nouvelle organisation interne de Bank Al-Maghrib qui est très importante puisque nous avons sĂ©parĂ© l’Audit interne des Risques, donc deux directions indĂ©pendantes parce que les risques deviennent de plus en plus importants et diversifiĂ©s : vous avez Ă©voquĂ© le risque de blanchiment d’argent, mais par uniquement, si nous passons Ă une nouvelle Ă©tape du change, nous aurons le risque liĂ© Ă la flexibilitĂ© de change. Si nous passons au climat, nous aurons tous les risques liĂ©s au climat Ă savoir les problèmes d’adaptation, d’attĂ©nuation. Autre risque liĂ© aux nouveaux paradigmes, tout ce qui est liĂ© au digital. Â
D’ailleurs, à la rubrique risque LBC/FT, Bank Al-Maghrib vient d’achever une mission de contrôle du système en place et elle a sanctionné. Et c’est un élément qui est repris au niveau extérieur et au niveau subsaharien. Certaines banques ont été rappelées à l’ordre au niveau européen précisément au risque de blanchiment sur les structures de suivi, de déclaration, d’amendes…
La mise à niveau du système informatique (datant de 2004) pour passer à une nouvelle génération de système est également à l’ordre des priorités, d’ailleurs le marché est passé et très rapidement l’adjudicataire sera dévoilé.
« Donc nous avons mis en place tout ce qui est stratégique, tout ce qui est organisationnel, informatique et nous avons ajouté à cela la réforme de notre système de ressources humaines y compris le bien-être au travail. Ce sont là les priorités de la Banque centrale », relève Abdellatif Jouahri… à coté évidemment des missions habituelles et l’impératif de préservation de la réputation de BAM.
La Wali de BAM a Ă©galement Ă©tĂ© interpellĂ© que l’accompagnement du secteur bancaire en perspective du prochain cycle d’évaluation mutuelle du Maroc par le Groupe d’Action Financière pour la RĂ©gion du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (GAFIMOAN) et qui sera focalisĂ© sur l’efficacitĂ© du dispositif national en matière de LBC/FT et le dĂ©ploiement de l’approche basĂ©e sur les risques de BC/FT au niveau des diffĂ©rents segments du secteur financier. Et si cela pose des difficultĂ©s au niveau des filiales des banques marocaines, que ce soit en Europe qu’en Afrique.
A cet égard, Abdellatif précise que « Il faut savoir que lorsque nous regardons le système bancaire, nous l’appréhendons de manière consolidée. Il y a quelques jours, j’ai présidé le comité Afrique avec les présidents des banques concernées et nous avons pris là aussi des mesures réclamées par les régulateurs des pays d’implantation de ces banques, parce ces régulateurs ont évoqué certaines questions au niveau du collège des superviseurs que nous réunissons ici au Maroc ce qui permet une remontée d’informations, y compris le problème de la cartographie des risques ».
D’ailleurs, dans ce sens, le Wali de BAM révèle qu’il n’y a pas que le risque blanchiment lorsque vous attaquez des risques plus bas, émergent 2 risques essentiels : la cybersécurité (cyberattaques) et les risques opérationnels liés à des fraudes. Et là encore BAM a mis l’accent sur tout ce qui doit être fait en priorité sur ces 3 risques. Sachant qu’au niveau des filiales africaines des banques marocaines les mêmes règles sont appliquées.
Et de conclure en annonçant que « nous commençons un premier exercice, avec l’appui de la Banque mondiale, sur la crise frontalière et nous prenons comme exemple le risque d’une banque marocaine en difficulté. C’est dire que la gestion des risques notamment en Afrique est une préoccupation majeure que nous suivons à BAM et le Comité Afrique se réunit et suit de très près ces questions ».

