Bilan de l’année 2025 sur le plan international : quelles perspectives pour 2026 ?

L’année 2025 a été marquée par la continuité de nombreux conflits armés qui ont concerné plusieurs pays du monde. La guerre d’Ukraine qui est entrée dans sa quatrième année après l’invasion russe de Février 2022, est toujours en cours malgré les efforts diplomatiques des Européens et des Etats-Unis. La guerre à Gaza déclenchée par l’attaque du Hamas sur Israël en Octobre 2023, a causé la mort de plus de 70.000 Palestiniens et la destruction quasi-totale de la bande de Gaza. Certes un Accord de cessez-le-feu a été signé en Octobre 2025, mais a été violé à plusieurs reprises, et la situation humanitaire des Palestiniens reste catastrophique.
La guerre civile soudanaise a éclaté en Avril 2023 entre l’armée régulière et la milice des forces d’intervention rapide, sans résolution politique durable, et reste l’une des pires crises humanitaires mondiales. Outre le Soudan, l’Afrique connait des conflits armés en RDC avec l’offensive du M23, au Sahel avec l’insurrection djihadiste, en Somalie avec la lutte contre le Shabaab, au Mozambique avec l’insurrection islamiste, et au Nigeria avec le combat contre Boko Haram.
Outre ces conflits armés, l’année 2025 a été marquée par une intense activité internationale. Ce fût d’abord le Sommet UE-Asie Centrale qui a eu lieu à Samarkand en Avril 2025, en vue de créer un partenariat stratégique sur le développement économique et les droits humains. Il fût suivi par le Sommet de la Communauté politique européenne qui a eu lieu à Tirana (Albanie) en Mai 2025, afin de favoriser le dialogue politique entre pays européens. Enfin en Novembre 2025 deux Sommets ont eu lieu : le G20 à Johannesburg, le premier en Afrique qui a traité de la coopération économique mondiale, de la durabilité, et des défis du développement international. Le 7ème Sommet UA-UE à Luanda (Angola) axé sur la paix, la prospérité, et une coopération renforcée, dans un contexte de compétition géopolitique mondiale.
L’année 2025 a aussi été marquée par la prise de fonctions en tant que président des Etats-Unis de Donald Trump le 20 Janvier 2025. L’administration Trump a adopté une stratégie de sécurité nationale, qui met fortement l’accent sur la priorité aux intérêts américains avant tout, selon le slogan « America first ». Elle exprime son scepticisme envers les organisations multilatérales, telles que l’ONU et ses filiales, ainsi que les traités internationaux. Cette ligne a été confirmée par Washington qui privilégie les régimes politiques forts, plutôt que les démocraties européennes, telles que les membres de l’Union européenne. On peut considérer que la politique étrangère de Donald Trump est souvent disruptive. C’est ainsi que les Etats-Unis ont opéré un retrait des engagements climatiques, et une suspension de l’aide étrangère en supprimant l’USAID. Ils ont également pris des sanctions contre la Cour pénale internationale, et désigné les Houtis comme organisation terroriste étrangère.
La politique étrangère de Donald Trump est également très favorable à Israël, par son soutien inconditionnel dans la guerre de Gaza, et contre l’Iran par des frappes aériennes sur les installations nucléaires de ce dernier pays. Ces décisions du président américain ont été prises sans mandat du Congrès américain, ni du Conseil de sécurité de l’ONU. Concernant la guerre en Ukraine, Donald Trump a adopté une politique accommodante vis-à-vis du président Poutine, et n’est pas parvenu à imposer un cessez-le-feu à cette guerre meurtrière pour les militaires et les civils ukrainiens.
En Février 2025, Donald Trump a même suggéré que les Etats-Unis prennent le contrôle de la bande de Gaza pour la transformer en Riviera méditerranéenne après déplacement de la population gazaouie. Au début de son mandat, il a proposé l’annexion aux Etats-Unis du Canada et du Groenland qui est sous mandat du Danemark. Sa relation avec l’Europe est très tendue, en mettant en cause ses engagements sécuritaires au niveau de l’OTAN, ce qui a poussé les pays européens à se réarmer. Vis-à-vis de la Chine, il a déclenché une guerre commerciale qu’il a élargie aux propres alliés des Etats-Unis. Les prises de décision du président Trump affaiblissent la stabilité du monde fondée sur le droit international. En résumé, le président américain veut renforcer la domination des Etats-Unis sur le reste du monde. Ceci alors qu’il avait déclaré pendant sa campagne électorale que les Etats-Unis ne seront plus les « gendarmes du monde », et n’enverront plus leur armée combattre à l’étranger.
En conclusion, l’année 2025 a été marquée par la multiplication des conflits armés, le non-respect du droit international, et l’affaiblissement des organisations multilatérales. L’ONU a été dessaisie de tous ses moyens opérationnels pour tenter de prévenir et de résoudre les conflits conformément à sa Charte. Nous assistons au retour de la force pour résoudre les problèmes internationaux, ce qui peut créer un précédent pour l’avenir de la communauté internationale.
Quant aux perspectives de l’année 2026, il est très difficile de faire des prévisions tant le monde actuel est troublé et sous tensions. Il est à craindre qu’elles soient sombres. En effet le 2 Janvier 2026, l’armée américaine a attaqué le Venezuela, et arrêté le président Nicolas Maduro pour le traduire en justice aux Etats-Unis pour trafic de drogue. En fait cette action poursuit une offensive plus vaste : s’approprier le pétrole vénézuélien, et réduire l’influence russe et chinoise au Vénézuela.
Le président américain a renouvelé ses menaces contre Cuba, la Colombie et l’Iran. On assiste à un retour des empires américain, chinois et russe. Il faut espérer un sursaut du reste du monde, notamment l’Europe et le Sud global, pour le rétablissement du droit international, le renforcement des organisations multilatérales, et la réforme de l’ONU, notamment la composition de son Conseil de sécurité.
Par Jawad KERDOUDI
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)

