Chômage, vieillissement et retraite : le tiercé gagnant !

Ecrit par Imane Bouhrara I
Il y a à peine quelques décennies, on évoquait le grand potentiel de la dynamique démographique au Maroc comme véritable levier de croissance et de développement, mais voilà, cette fenêtre d’opportunités est en train de se fermer, sans pour autant que le pays l’ait véritablement rentabilisée.
Comment expliquer le renversement rapide de la tendance démographique au Maroc, qui en général devait s’inscrire dans un cycle un peu plus long ?
Faisons un peu de simplisme qui n’est pas pour autant dénué de sens. Les jeunes ne travaillent pas surtout les plus qualifiés, donc, ils ne se marient pas, par conséquence ne procréent pas ou pas autant, quand bien évidemment ils décident de rester au Maroc et ne pas partir ailleurs.
Même quand ils sortent du cercle infernal du chômage, dans 66% des cas de longue durée au Maroc, ils sont déjà à la trentaine et toujours traumatisés par la précarité, alors ils sont plus prudents, tardent à se marier et donc réduisent la parenthèse de procréation.
Quand les jeunes travaillent du premier coup, souvent, ils sont dans des conditions qui, même si elles ne sont pas précaires, ne sont pas immédiatement favorables pour fonder une famille qui est un investissement très couteux au Maroc, pour des raisons sociales mais également économiques. Mieux, les jeunes sont exigeants, ils veulent prendre le temps, puisque la société ne les bouscule plus autant, pour choisir leur partenaire de vie.
Quand c’est fait, ils doivent faire face à un coût d’immobilier cher, un coût de la vie très élevé et un coût pour avoir un enfant encore plus cher. Alors ils font leur propre planification familiale selon leurs bourses. Merci à la privatisation de la santé et de l’éducation, merci à l’absence de régulation d’un secteur immobilier où chacun fait ce qui le chante. On exclut de ces schémas les personnes qui décident de rester seules, celles qui décident de ne pas procréer et celles qui ne peuvent procréer.
Les conséquences sont que le taux de fécondité a chuté de 2,5 en 2004 et 2,2 en 2014 à 1,97 en 2024, soit un taux inférieur au seuil de remplacement des générations. On se savait rares mais pas à ce point !
Une tendance qui n’est pas près de s’inverser de sitôt. En soi c’est inquiétant pour un pays réputé jeune et dynamique par sa population qu’est le Maroc et vu le lien subtil entre fécondité et croissance.
Donc pour revenir à notre calcul d’épicier, il y a moins de jeunes actifs qui travaillent actuellement, et il y aura moins de jeunes pour les remplacer au moment où le vieillissement, avec l’allongement de l’espérance de vie, s’accélère inversant progressivement mais sûrement la pyramide des âges.
Ce qui pose un tout autre problème, celui de l’évolution du ratio de dépendance démographique. Au Maroc, le rapport de la dépendance démographique est le rapport des effectifs des moins de 15 ans et de 60 ans et plus à celui de la population âgée de 15 à 59 ans, selon le HCP. Un indice qui influence directement la politique sociale du pays, aussi bien pour les dépendants jeunes que des 65 ans et plus.
Inéluctablement ça nous ramène à une autre problématique autre que le chômage, celui de la retraite et là les choses se corsent (et de la santé aussi mais passons un malheur à la fois), puisque le nombre de « personnes à charge » progresse au risque de dépasser celui des personnes capables d’assumer cette charge. Ce qui se traduit inéluctablement par une augmentation des dépenses publiques de santé, de soins de longue durée et de retraite.
En général les réformes de retraite passent par la solution de rehausser le taux d’activité non pas en assurant un plus important accès au marché du travail mais en allongeant la durée du travail. Et une hausse de cotisation doublée d’un plafonnement des pensions. Parfois on joue sur le salaire de référence, l’indexation, les régimes de faveur, et souvent la réforme passe par tous ces leviers.
Au Maroc, les projections sur lesquelles est basée la réforme de la retraite, qui n’a pas encore aboutie, semblent d’ores et déjà désuètes à l’aune des résultats du RGPH 2024. Une réforme dont les négociations à huis clos semblent buter encore, comme en témoigne l’échéancier annoncé par le Chef du gouvernement en mars dernier, non respecté ; à savoir une mise en œuvre de cette réforme en 2024. Sauf erreur de ma part, à part le père Noël attendu cette nuit, pas de cadeau surprise avant début 2025 et encore.
D’autant qu’à partir de 2025, l’assiette des adhérents aux régimes de retraite sera élargie pour inclure les personnes qui exercent un emploi et ne bénéficient d’aucune pension, à travers la mise en application du système des retraites propre aux catégories des professionnels et travailleurs indépendants et personnes non-salariées qui exercent une activité libérale, afin d’englober toutes les catégories concernées.
C’est dire dans quel bourbier on se retrouve et qui mérite un travail par anticipation des grandes mutations à venir pour assurer nos beaux vieux jours.
Voilà le tiercé gagnant pour finir l’année en beauté (Sic)!


Excellent !