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Édito

Chômage : au-delà de la cacophonie des chiffres !

exécutif

Ecrit par Soubha Es-Siari I

La problématique du chômage qui caracole à des niveaux importants continue à susciter le débat au sein de la scène nationale. Le chiffre de 21,3% annoncé par Chakib Benmoussa, Haut Commissaire au Plan lors de sa première sortie médiatique pour la présentation des résultats du recensement général de la population a remué le couteau dans une plaie, qui faut-il reconnaître a du mal à se cicatriser. Car au-delà des chiffres ce sont des pans de la société qui affrontent un avenir incertain.

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Au-delà du degré de véracité du chiffre et des explications fournies par Benmoussa et qu’il faut retenir 13%,6% comme taux de chômage, la situation ne rassure guère d’autant plus que Abdellatif Jouahri a révisé les taux de croissance à 2,6% et 3,9 % respectivement en 2024 et 2025.

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On se retrouve encore pour deux années successives avec une croissance atone incapable de créer des emplois. A rappeler qu’au cours des 25 dernières années, le Maroc est passé par deux cycles. Le premier entre 2000 et 2012, le Maroc avait des régimes de croissance qui éventuellement permettaient de générer des emplois. Le Maroc créait entre 150.000 et 160.000 par an durant les dix premières années. A partir de 2014, ont commencé les scénarios de crise. Il y avait la crise financière de 2008 dont les répercussions se sont fait sentir terriblement en 2012, 2013 tout en perdurant jusqu’à 2018.

A partir de 2020, année de Covid-19, l’économie mondiale est entrée de plain-pied dans une série de crises successives pour ne citer que l’inflation, la sècheresse ou le dérèglement climatique. C’est pour dire qu’au cours des dix dernières années, la conjugaison de l’ensemble de ces problèmes a rendu la croissance économique nationale incapable de créer des emplois. Comme l’a si bien dit Zakaria Firano, professeur d’économie à l’UM5R sur les ondes d’une chaîne de télévision nationale, avec des taux de croissance, au meilleur des cas, de 3,5%, il est difficile de créer de l’emploi.

L’économiste rappelle tout simplement dans la foulée la loi d’Okun qui décrit une relation linéaire empirique entre le taux de croissance du PIB et la variation du taux de chômage. » En dessous d’un certain seuil de croissance, le chômage augmente; au-dessus de ce seuil, il diminue, à élasticité constante ». Même son de cloche chez le gouverneur de BAM, Abdellatif Jouahri qui lors du dernier conseil de l’exercice 2024 a rappelé que l’emploi est fortement lié à la croissance. Le Wali s’est attardé d’ailleurs sur le chômage des jeunes qui atteint au T3 2024 50,3% (contre 49,7% au T3 2023), soit un jeune sur deux est au chômage au Maroc.

Notre économiste enchaîne que sur le plan économique, ce n’est qu’à partir de 3% que nous commençons à générer de l’emploi. Les 3% vont nous permettre de récupérer l’inflation et permettre les revenus à long terme pour les populations. « Ce n’est qu’au-delà de 3% que nous pouvons parler d’employabilité », confirme-t-il.

D’année en année, la question de l’emploi se complexifie et un point de croissance ne crée pas autant d’emplois qu’il y a 15 ou 20 ans. Aujourd’hui, 1 point de croissance génère 20 à 25.000 emplois alors qu’il y a 20 ans, il crée 30.000 à 40.000. La cause principale est qu’aujourd’hui, nous sommes dans des secteurs capitalistiques, technologiques qui créent moins d’emplois que les secteurs classiques. Autre facteur est la sécheresse, un facteur multiplicateur de chômage, qui l’an dernier s’est traduite par la perte de 188.000 postes.

Les 21,3% (Issus du RGPH) ou 13,6% (Issus de l’enquête trimestrielle du HCP) comme taux de chômage interpelle nos pouvoirs publics qui doivent en urgence s’orienter vers des politiques pro-emplois.

D’aucuns diront que les 14 Mds de DH annoncés dans la nouvelle feuille de route seraient une bouée d’oxygène pour améliorer le taux d’emploi. Encore faut-il qu’ils soient utilisés à bon escient pour plus d’impact. A cet égard, il est impératif de prévoir un soutien à l’employabilité par les entreprises en instaurant des mesures de dégrèvement social. Cela devrait s’accompagner d’un audit pour éviter des dépenses fiscales qui non seulement n’atteignent pas les objectifs escomptés mais pèsent lourdement sur le Budget.

Il faut par ailleurs promouvoir l’entrepreneuriat qui, malgré les dispositions retenues dans les précédentes Lois de Finance, demeure trop faible. Aussi, faut-il lutter contre la défaillance des entreprises qui s’est amplifiée au cours des dernières années. Il ne faut pas uniquement soutenir à la création mais également préserver celles existantes.

D’ailleurs au niveau de la charte de l’investissement, on attend des décrets d’application relatifs au soutien à la TPME, constituant 95% du tissu économique et  créateur  à hauteur de 80% de l’emploi. Des retards pareils ne sont plus légitimes face à une situation de l’emploi aussi chaotique. Alors que nous ayons 21,3% ou 13,6% de taux de chômage, il y a péril en la demeure.

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