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Economie

Délais de paiement : le Maroc réduit l’écart avec la loi, mais les TPE trébuchent

délais de paiement

En 2024, les entreprises marocaines ont poursuivi la réduction de leurs délais de paiement. Le délai moyen clients est tombé à 98 jours, tandis que le délai fournisseurs s’est établi à 70 jours. Une amélioration qui traduit les premiers effets de la loi n° 69-21, mais qui reste inégale selon la taille des entreprises et les secteurs d’activité. C’est ce qui ressort du dernier rapport annuel de l’Observatoire des délais de paiement 2026.

Les délais de paiement continuent de se resserrer au Maroc. Après plusieurs années marquées par des niveaux élevés et une relative stabilité, 2024 a enregistré une amélioration notable des pratiques de règlement des entreprises. L’analyse, portant sur près de 92.000 entreprises, fait ressortir un recul simultané des délais clients et fournisseurs.

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Le délai moyen accordé aux clients s’est établi à 98 jours de chiffre d’affaires (JCA), contre 125 jours en 2023, soit une réduction de 27 jours en une seule année. Du côté des fournisseurs, le délai moyen est passé de 85 à 70 jours d’achats (JA), soit une baisse de 15 jours.

Cette évolution intervient dans le contexte de la mise en œuvre progressive de la loi n° 69-21 relative aux délais de paiement, entrée en vigueur en 2023. Le dispositif vise notamment à rapprocher les pratiques des entreprises du délai réglementaire de 60 jours, tout en prévoyant un plafond dérogatoire de 120 jours dans certaines situations.

65 % des entreprises règlent leurs clients en moins de 60 jours

L’amélioration se reflète particulièrement dans la distribution des délais clients. En 2024, 65 % des entreprises étudiées affichent un délai inférieur à 60 jours, contre 62 % en 2023 et 58 % en 2022. À l’autre extrémité, la proportion des entreprises confrontées à des délais clients supérieurs à 120 jours poursuit son recul. Elle représente désormais 23 %, contre 26 % en 2023 et 29 % en 2022. La catégorie intermédiaire, correspondant aux délais compris entre 60 et 120 jours, reste relativement stable, autour de 12 %.

Ces chiffres traduisent une convergence progressive vers les seuils réglementaires. Ils ne permettent toutefois pas de déterminer précisément le nombre de factures effectivement réglées en retard, les données étant calculées à partir des bilans des entreprises et de leurs délais moyens.

Les fournisseurs bénéficient également de l’amélioration

La dynamique est également visible du côté des règlements fournisseurs. En 2024, environ 70 % des entreprises paient leurs fournisseurs en moins de 60 jours. Cette proportion a fortement progressé depuis la crise sanitaire. Elle était de 59 % en 2020 avant de retrouver 62 % en 2021, puis de progresser régulièrement pour atteindre 70 % en 2024.

Parallèlement, la proportion des entreprises affichant des délais fournisseurs supérieurs à 120 jours est descendue à 18 %, contre 19 % en 2023 et 20 % en 2022. Le mouvement apparaît donc global : les entreprises sont de plus en plus nombreuses à se rapprocher du seuil de 60 jours, tant dans leurs encaissements que dans leurs règlements.

Un solde commercial encore lourd pour les petites entreprises

Malgré cette amélioration, le déséquilibre de trésorerie demeure important pour une grande partie du tissu productif. Le solde commercial, correspondant à la différence entre les créances clients et les dettes fournisseurs rapportée au chiffre d’affaires, s’est établi à 43 JCA en 2024, contre 57 jours en 2023.

Autrement dit, les entreprises marocaines restent globalement en position nette prêteuse vis-à-vis de leurs partenaires commerciaux. Elles continuent donc à supporter un décalage entre le moment où elles paient leurs fournisseurs et celui où elles encaissent leurs créances. Cette situation est particulièrement marquée chez les petites entreprises.

Les TPE réduisent leurs délais, mais restent les plus exposées

Les TPE ont enregistré en 2024 une amélioration spectaculaire de leurs délais clients, avec une réduction d’environ 30 jours. Leur délai moyen demeure toutefois le plus élevé, à 100 JCA. Elles ont également réduit de 15 jours leurs délais de paiement fournisseurs, alors que la baisse est de 6 jours pour les PME. Cette évolution pourrait notamment s’expliquer par l’anticipation de l’entrée en vigueur, au 1er janvier 2025, des dispositions de la loi concernant les entreprises réalisant entre 2 et 10 millions de dirhams de chiffre d’affaires.

Les écarts restent importants entre catégories d’entreprises. Les grandes entreprises et les PME affichent ainsi des délais clients proches, respectivement de 77 et 76 JCA. Les grandes entreprises présentent cependant une situation spécifique. Après une réduction de 31 jours de leurs délais clients en 2023, elles ont enregistré un rallongement d’environ 19 jours en 2024. Elles conservent néanmoins un avantage de trésorerie structurel, avec un solde commercial quasiment nul, à 1 JCA, contre 12 JCA pour les PME et surtout 47 JCA pour les TPE.

Services et industrie : les délais clients restent très élevés

Les disparités sont encore plus visibles lorsqu’on observe les secteurs d’activité. L’hébergement et la restauration affichent le délai clients moyen le plus faible, à seulement 52 JCA, malgré une légère hausse d’un jour par rapport à 2023. Le secteur demeure ainsi sous le seuil réglementaire de 60 jours. Le commerce, qui représente environ 27 % de la population étudiée, affiche également un niveau relativement contenu, à 66 JCA. La construction complète ce groupe avec un délai moyen de 85 JCA, en amélioration de 8 jours sur un an.

À l’inverse, les activités de services et les industries manufacturières continuent d’afficher des niveaux particulièrement élevés. Leurs délais clients atteignent respectivement 140 JCA et 142 JCA. Les deux secteurs connaissent en outre une dégradation par rapport à 2023, avec des hausses respectives de 3 et 6 jours. Le poids important des TPE travaillant pour de grands donneurs d’ordre constitue l’un des éléments mis en avant pour expliquer cette situation. L’immobilier connaît également une dégradation de ses délais clients, avec une hausse de 6 jours, à 117 JCA.

Immobilier : le principal point de tension côté fournisseurs

Du côté des délais fournisseurs, la tendance est favorable dans la majorité des secteurs. Le commerce, réparation d’automobiles et de motocycles enregistre une réduction de 11 jours, pour atteindre 62 JA. L’hébergement et la restauration réduit pour sa part son délai de 7 jours, à 70 JA. La construction conserve le délai moyen le plus court, à 54 JA, en baisse d’un jour par rapport à 2023. Elle reste ainsi sous le seuil réglementaire de 60 jours. L’immobilier constitue toutefois une exception majeure.

Après avoir réduit son délai fournisseurs de 7 jours en 2023, le secteur a enregistré en 2024 une hausse de 26 jours, portant son délai moyen à 143 JA. Il s’agit du seul secteur à dépasser largement le plafond dérogatoire de 120 jours. Les activités de services et les industries manufacturières enregistrent également une légère dégradation, leurs délais fournisseurs atteignant respectivement 74 JA et 94 JA.

Des tensions de trésorerie qui se déplacent dans la chaîne de valeur

Les données sectorielles mettent en évidence un phénomène de transmission des tensions de trésorerie. Lorsqu’une entreprise encaisse tardivement ses créances clients, elle peut être amenée à reporter une partie de cette pression sur ses propres fournisseurs. Ce mécanisme apparaît particulièrement visible dans l’immobilier, mais également dans les activités de services et l’industrie manufacturière. Les soldes commerciaux restent ainsi positifs dans l’ensemble des secteurs.

Les secteurs caractérisés par les délais clients les plus courts affichent les soldes les plus faibles : 4 JCA pour l’hébergement et la restauration et 9 JCA pour le commerce. À l’inverse, les activités de services présentent le solde commercial le plus élevé, à 93 JCA, en hausse de 4 jours.

Cette situation illustre la pression particulière qui pèse sur certaines TPE : elles doivent attendre longtemps pour être payées par leurs clients tout en continuant à régler leurs propres fournisseurs dans des délais relativement courts.

La loi commence à produire ses effets, mais l’enjeu reste structurel

L’année 2024 marque donc une étape importante dans l’évolution des comportements de paiement au Maroc. La baisse de 27 jours des délais clients et de 15 jours des délais fournisseurs témoigne d’un mouvement de rapprochement des pratiques avec les nouvelles exigences réglementaires.

La progression de la proportion d’entreprises réglant leurs fournisseurs en moins de 60 jours, passée à 70 %, constitue également un indicateur important de cette évolution.

Mais derrière l’amélioration des moyennes nationales subsistent de fortes disparités. Les TPE restent les plus exposées aux décalages de trésorerie, tandis que certains secteurs (notamment les services, l’industrie manufacturière et l’immobilier) continuent d’afficher des délais particulièrement élevés.

La prochaine étape sera donc de mesurer si la poursuite du déploiement de la loi n° 69-21 permet de réduire davantage ces écarts, notamment pour les petites entreprises et les secteurs où les délais de paiement restent les plus éloignés des seuils réglementaires.

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