[Entretien] El Yazami (CCME) appelle à une nouvelle stratégie d’investissement de la diaspora
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Interviewé par Lamiae Boumahrou I
Alors que les transferts des Marocains du monde atteignent des niveaux historiques, Driss El Yazami appelle à transformer cette dynamique financière en moteur d’investissement productif. Dans cet entretien, le président du CCME revient sur les freins qui persistent, les solutions envisagées et le rôle stratégique de la diaspora dans le développement économique du Royaume.
En marge du Forum national sur “L’investissement et les Marocains du monde” organisé à Tanger, Driss El Yazami, a insisté sur la nécessité de transformer le potentiel de la diaspora en investissements productifs structurés.
Dans son intervention, Driss El Yazami a d’abord rappelé l’ampleur des transferts financiers des Marocains du monde, tout en soulignant leur faible participation à l’investissement productif.
» Les transferts des Marocains du monde dépassent aujourd’hui 122 Mds de DH, mais leur contribution à l’investissement productif reste encore en deçà de son potentiel réel », a déclaré Driss El Yazami. Selon lui, cette situation ne relève pas d’un désintérêt, mais d’obstacles structurels. « Ce n’est pas une question de volonté, mais plutôt d’un déficit de lisibilité, de confiance et d’instruments adaptés pour investir efficacement au Maroc », précise-t-il.
Le responsable a rappelé que le Maroc dispose déjà d’un ensemble d’outils institutionnels et financiers en faveur des Marocains du monde : fondations, banques, guichets dédiés, programmes d’accompagnement et mécanismes d’investissement.
Cependant, il estime que ces dispositifs manquent encore de coordination et de visibilité : « nous avons construit progressivement un écosystème important, mais il reste fragmenté et insuffisamment lisible pour les porteurs de projets issus de la diaspora ».
Le CCME met sur la table deux pistes principales pour améliorer la situation. Driss El Yazami propose la création d’un instrument financier innovant destiné aux Marocains du monde « L’idée des obligations de la diaspora permettrait de mobiliser l’épargne de manière volontaire et patriotique, avec un rendement sécurisé et une affectation transparente à des projets structurants. »
Il estime que le Maroc dispose des conditions nécessaires pour réussir ce modèle, grâce à la confiance entre l’État et sa diaspora. La seconde proposition vise à renforcer l’ancrage territorial des investissements. « Il est essentiel de rapprocher davantage les MDM des régions du Royaume, car c’est au niveau territorial que naissent les projets les plus concrets et les plus impactants », a précisé Driss El Yazami.
Le CCME encourage ainsi le développement de mécanismes régionaux inspirés d’initiatives déjà existantes, notamment dans certaines régions pilotes.
Au-delà de l’investissement, Driss El Yazami a rappelé que la contribution des Marocains du monde est historique et multidimensionnelle. « La diaspora marocaine a toujours joué un rôle dans la construction du Maroc moderne, que ce soit dans la culture, l’administration, les arts ou les mouvements intellectuels », a rappelé Driss El Yazami.
Un intérêt croissant pour l’investissement au Maroc
Le CCME met également en avant son outil numérique Goul-IA, un assistant virtuel destiné à informer les Marocains du monde sur les opportunités au Maroc. Selon les données recueillies, les demandes concernent principalement l’investissement, la création d’entreprises et les projets immobiliers ou agricoles. « Nous observons une demande forte, concrète et multisectorielle. Les MDM ne posent pas des questions théoriques : ils cherchent à investir, entreprendre et s’engager », précise Driss El Yazami.
Pour le CCME, le défi actuel est clair : transformer une dynamique existante en véritable stratégie structurée. « L’enjeu aujourd’hui est de passer d’une relation essentiellement affective et financière à une relation économique, organisée et créatrice de valeur pour l’ensemble des régions du Royaume », conclut Driss El Yazami.


