Formel vs Informel : le double piège de Aïd Al Adha

Écrit par Imane Bouhrara I
Ce mercredi 27 mai, les Marocains célébreront Aïd Al-Adha, l’un des rites les plus sacrés en Islam qui témoigne de la soumission à Dieu.
Une célébration salvatrice après une année de non observation du rite, mais un poids de plus sur les épaules des Marocains. En effet avant de saigner le sacrifice, les Marocains ont dû se saigner pour acquérir une bête.
Cela a remis au goût du jour les dysfonctionnements d’un grand pan de l’activité économique dite informelle et ses interactions avec ledit formel.
Comme à l’accoutumée, l’informel est désigné de tous les maux, le monstre, l’ogre… mais tout lui coller sur le dos, c’est bien trop facile, limite simpliste.
Il ne faut s’y méprendre, il n’est nullement ici question de faire « l’apologie » de l’informel. L’informalité absorbe plus des trois quarts de l’emploi total et regroupe plus de deux millions d’unités de production, où se concentrent une précarité étendue et des déficits persistants de couverture sociale, selon le HCP. Ça pèse lourd et cela inquiète quant aux objectifs de développement inclusif de tout pays comme le nôtre.
Mais l’épisode de Aïd Al-Adha relève une tendance inquiétante : Une économie formelle sous perfusion de manière quasi-systémique indépendamment des chocs exogènes. Quand ce ne sont pas les dépenses fiscales, ce sont les subventions devenues systématiques depuis la crise Covid et bien avant avec la crise mondiale des subprimes.
Le pire, c’est l’effet quasi-absent de ces « aides » sur le pouvoir d’achat du citoyen bien au contraire, le cas de Aïd Al-Adha en est la parfaite illustration : aides aux éleveurs, aides aux transports, aides aux importateurs de bétails… C’est le fonctionnement du formel qui pose également problème au Maroc.
Pour ancrer l’économie informelle à l’économie formelle, il faut neutraliser les velléités informelles de la deuxième ainsi que le caractère rentier de certaines activités formelles.
Pour ainsi dire, l’informel n’est pas l’unique obstacle au développement d’une économie productive au Maroc, le formel aussi faute de régulation et de politiques publiques rigoureuses pour réduire la forte dépendance du formel de l’État et ses sous.
Faire évoluer le modèle marocain vers une économie de marché productive nécessite également des choix économiques claires qui dictent les pratiques économiques de l’État, à ce jour aléatoires et surtout ne font l’objet ni de reddition des comptes ni d’analyses des effets sur les secteurs eux-mêmes et sur la bourse du citoyen Marocain.
Ainsi, sur deux fronts, l’État doit agir sur le formel en corrigeant les défaillances du marché, garantir la justice sociale et l’orientation de la production vers des objectifs communs, tout en s’attaquant à l’informalité de front et avec beaucoup de courage… pour le bien-être collectif.
Pour le cas de Aïd Al-Adha, ce bien-être n’a pas été au rendez-vous. Comme le dit si bien le proverbe marocain : la dyali bqa la wejhi tneqa (Ni mon bien est resté, ni mon honneur préservé).
Sur ce bonne fête à toutes et tous les Marocains !


