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Chronique

La Guerre Contre l’Iran : quelles répercussions pour le Moyen Orient et quel impact sur le Maroc

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Depuis le 28 février 2026, des frappes massives ont été lancées contre l’Iran par les Etats-Unis d’Amérique et Israël, engendrant la mort du Guide Suprême Iranien Ali Khamenei. Cet acte constitua un choc stratégique majeur pour la République Islamique d’Iran, entrainant un virage géopolitique sans précédent. Cette nouvelle guerre place l’ensemble du Moyen-Orient face à un engrenage dangereux, du détroit d’Ormuz aux bases britanniques de Chypre.

De ce fait, ladite Guerre a immédiatement engendré des répercussions commerciales et économiques sur le Moyen Orient, touchant le domaine de l’aviation, le secteur touristique, l’énergie fossile, ainsi que le commerce mondial vers le reste du monde. Certes, elle est d’une grande intensité, mais sans invasion terrestre massive, et reste à caractère technologique avec une forte utilisation des drones et des missiles balistiques, sous forme de frappes aériennes.

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En effet, 20% du pétrole mondiale transite par le Détroit d’Ormuz ce qui signifie l’effondrement du modèle économique actuel des principaux Pays du Golfe, en l’occurrence l’Arabie Saoudite, le Qatar et les Émirats Arabes Unis. Le trafic maritime est quasi-paralysé, et la production pétrolière régionale subit une forte baisse suites aux attaques iraniennes continues. Soit une baisse estimée à 10 Millions de Barils par Jour, selon l’Agence Internationale de l’Energie.

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En référence au Centre Américain pour les Etudes Stratégiques et Internationales (CSIS), les 100 premières heures de l’attaque américaine ont couté environ 3,7 Milliards de Dollars. Il s’agit de la facture globale incluant les opérations militaires et les pertes matérielles, ainsi que les réparations d’infrastructures et la reconstitution des stocks de munitions. L’Amérique a en effet visé 3 000 cibles composées de centres militaires, navires et sous-marins, et systèmes de défense aérienne.

Quant à Dubaï, considérée épicentre de la mondialisation au Moyen Orient, elle a subi un choc au niveau de ses marchés boursiers engendrant une forte réduction des flux de capitaux. Selon Reuters, la bourse de Dubaï a chuté de -11% durant les dix premiers jours de Guerre. En outre, la ville a connu des perturbations majeures au niveau de ses infrastructures, particulièrement au niveau de l’aéroport suites aux attaques iraniennes. Les pertes touristiques sont estimées à 5 Milliards de Dollars durant le premier mois de Guerre, Mars 2026, en termes d’annulations d’hébergements et de chutes brutales des visiteurs.  Quant au domaine de l’aviation civile, l’écosystème aérien a subi une perte estimée à 2 Milliards de Dollars.

S’agissant d’Israël, eu égard aux chiffres officiels annoncés, la Guerre contre l’Iran coûte cher soit 500 Millions de Dollars par jour. A titre d’exemple, la facture pour chaque tir de batteries de type Arrow, utilisées dans l’interception de missiles balistiques, équivaut à près de 3 millions de dollars. Le budget de la défense Israélien a d’ores et déjà atteint les 50 Milliards de Dollars.

Pour ce qui est du prix de Baril, il est passé de 85 à 100 Dollars, une semaine après le déclenchement de la Guerre. La situation s’est aggravée après les attaques par l’Iran sur les infrastructures énergétiques, soit un pic observé de l’ordre de 119 Dollars le Baril. A fin Mars, le Baril est aux alentours de 110 Dollars, et les prix risquent de s’envoler encore si la Guerre continuerait.

Concernant le Maroc, le prix du baril à 65 Dollars constitue une hypothèse majeure d’élaboration de la Loi de Finances 2026. Aujourd’hui, la pression sur la facture énergétique est significative. Si l’on retient un prix du baril moyen, durant la période de la Guerre, à 100 Dollars, l’Etat subira une charge budgétaire supplémentaire qui pourrait atteindre 40 Milliards de Dirhams. Parallèlement à cette situation, si la Guerre perdurera durant l’année en cours, Bank Al Maghreb sera obligé de hausser le taux de directeur de 25 ou 50 Points, afin de tenter d’atténuer l’effet de l’inflation sur l’économie marocaine.

De ce fait, notre Pays sera plus impacté sur le plan économique si la Guerre contre l’Iran continuera les mois à venir. Si le taux d’inflation actuel est en dessous de 1%, il pourra facilement grimper à 2,5% d’ici la fin de l’année en cours. Eventuellement pour le taux de croissance prévu, l’ambition affichée d’atteindre 5,6% cette année pourrait être revue à la baisse si la Guerre durera plus longtemps, et ce malgré les bonnes performances agricoles. En effet, la production industrielle est dépendante de l’énergie fossile, et les effets néfastes sont déjà d’actualité. Les incertitudes circulent sur la pénurie des produits énergétiques les mois à venir, ce qui porterait atteinte à l’activité industrielle et économique.

Néanmoins, la dépendance énergétique du Maroc constitue une faiblesse stratégique, puisque le Maroc ne dispose plus de sa propre raffinerie. La constitution des stocks de sécurité est devenue un impératif incontournable, afin de garantir l’approvisionnement en produits pétroliers en période de Guerre. L’Etat doit intervenir pour faire appliquer la loi relative aux stocks de sécurité de 60 Jours. Concrètement, Le Ministère de tutelle devrait mettre en place des instruments qui garantiraient au moins les 2 mois d’autonomie à travers les pétroliers du secteur.

Par ailleurs, en comparaison avec à la Guerre Russo-Ukrainienne qui se caractérisait par l’aspect territorial classique et la délimitation géographique, en l’occurrence les terres d’Ukraine, celle-ci a engendré, depuis 2022, une inflation généralisée dans le monde touchant les prix des énergies (Pétrole et Gaz) et des céréales (Blé, Maïs), ainsi qu’une hausse exponentielle des tarifs des matières premières en l’occurrence les coûts de production industrielle. Cette guerre a fragilisé les Pays importateurs, qui ont subi un effet inflationniste continu conduisant à un ralentissement de la croissance et donc une stagflation confirmée.

La Russie et l’Ukraine constituaient le grenier du monde à l’époque. En effet, en 2019, l’Ukraine et la Russie représentaient respectivement 40 % et 29 % de l’approvisionnement total mondial en engrais et en blé, ce qui a provoqué des tensions alimentaires globales. Quant à l’Europe, elle dépendait énergétiquement des fournisseurs russes, en matière de Gaz et Pétrole, ce qui a conduit à l’explosion de la facture énergétique européenne. S’agissant des répercussions sur le Maroc, le taux d’inflation avait atteint 8% à fin 2022, avec un faible taux de croissance de 1,3% du Produit Intérieur Brut. Sans oublier l’apparition de 3 millions de personnes en situation de précarité et pauvreté, soit l’équivalent de 7 ans de recul en matière d’effort de lutte contre la pauvreté au Maroc.

Par Youssef Guerraoui Filali, Président du Centre Marocain pour la Gouvernance et le Management

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