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Economie

IDE : le Maroc sous l’œil bienveillant de S&P, malgré les zones d’ombre

Investissements IDE

Ecrit par Soubha Es-Siari I

Dans son rapport du 27 mars 2026, S&P Global Ratings anticipe que les Investissements Directs Étrangers (IDE) resteront un pilier majeur de la résilience économique du Maroc en 2026, soutenus par les grands projets d’infrastructure liés à la Coupe du Monde 2030 et les secteurs stratégiques. L’agence note que ces flux permettent d’absorber les chocs externes, notamment les incertitudes régionales. Jusqu’à quel degré pouvons-nous nous fier au présent rapport si l’on part du fait que les IDE ont affiché une baisse au mois de janvier ? Ne risque-t-on de constater un retournement de tendance au cas où les tensions au Moyen-Orient persistent ?

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En effet, la réforme du cadre institutionnel et l’amélioration des conditions d’attractivité ont permis au Maroc au cours des dernières années d’insuffler une nouvelle dynamique aux flux d’investissements directs étrangers.

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Les dernières statistiques de l’Office des Changes font état d’une progression des recettes des IDE de près de 24 % par an depuis 2023 avec un flux global dépassant 56 Milliards de DH à fin 2025. Il s’agit d’un record historique. La trajectoire ascendante des flux d’IDE consacre ainsi le pays comme un pôle de stabilité macroéconomique et un hub industriel compétitif à l’échelle continentale.

Selon la même source, la dynamique s’est fortement accélérée sur l’année : 

  • Flux net d’IDE: Il a atteint 28,4 Mds de DH, soit une progression spectaculaire de 74,3 % par rapport à fin 2024.
  • Recettes totales: les entrées brutes ont grimpé à plus de 50,6 Mds de DH dès novembre 2025 (+25,9 % sur un an).
  • Dépenses : elles se sont stabilisées autour de 27,6 Mds de DH, reflétant une hausse modérée de 0,5 %. 

Cette hausse résulte d’une attractivité accrue des nouveaux secteurs industriels à haute productivité orientés vers les marchés d’exportation comme l’automobile, l’aéronautique et les compsants électroniques. Portée par le déploiement opérationnel du nouveau cadre incitatif, l’année 2026 devrait en principe s’inscrire dans le prolongement de cette tendance au cas où les tensions géopolitiques prennent fin mais encore faut-il nuancer à cause des contraintes internes.

Sécheresse, géopolitique et IDE : ce que cache l’analyse positive de S&P pour 2026

A cet égard, malgré cette dynamique record fin 2025, plusieurs facteurs de risque pourraient freiner l’élan des Investissements Directs Étrangers (IDE) au Maroc en 2026.

Nous pouvons certes citer, les conflits régionaux (notamment la guerre actuelle fin mars 2026) qui créent une forte incertitude mondiale. Les flux d’IDE ont tendance à se réorienter rapidement vers des zones jugées plus sûres lorsque le risque géopolitique augmente. Aussi, selon les économistes, les perturbations dans le détroit d’Ormuz menacent-elles l’approvisionnement en soufre (venant du Golfe), essentiel à l’industrie des phosphates du groupe OCP, pilier de l’économie marocaine.

Un ralentissement économique ou une récession chez les partenaires européens (France, Espagne) impacterait directement les exportations industrielles et la capacité d’investissement de ces pays au Maroc

Sur le plan national, force est de reconnaître que bien que la pluviométrie soit jugée favorable début 2026, la sécheresse reste un problème structurel. Elle pèse sur la croissance agricole, augmente l’inflation alimentaire et peut détourner des capitaux vers des mesures d’urgence plutôt que vers des investissements productifs.

Le Maroc fait par ailleurs face à une concurrence accrue d’autres économies émergentes. 

Autre facteur à ne pas omettre est celui des élections législatives. Les périodes électorales peuvent parfois créer un sentiment d’attentisme chez les investisseurs étrangers.

Tous ces éléments appellent les pouvoirs publics à être plus vigilants pour maintenir la même dynamique des IDE en 2026.

En cause les agences de notation sont souvent critiquées pour être des « suiveuses ». Elles confirment des tendances déjà visibles (comme le record des IDE de 2025) plutôt que de prédire des crises soudaines (ex: le séisme d’Al Haouz ou des chocs géopolitiques imprévus).

Encore faut-il rappeler que S&P a manqué de grandes crises par le passé (crise des subprimes en 2008), ce qui incite à ne jamais prendre leurs prévisions comme des certitudes absolues.

Pour stabiliser et pérenniser la dynamique des IDE malgré les risques identifiés, le Maroc doit passer d’une stratégie d’attractivité par les coûts à une attractivité par la résilience et la valeur. Le Maroc ne peut non plus compter uniquement sur une main-d’œuvre bon marché face à l’automatisation.

Pour que les IDE ne soient pas juste des « usines de montage » qui peuvent partir ailleurs, le Maroc est appelé à développer le tissu de PME locales : inciter les géants (comme Renault ou Stellantis) à s’approvisionner auprès de fournisseurs marocains. Plus l’écosystème est dense, plus il est coûteux pour un investisseur de délocaliser.

Réforme de la Justice commerciale : il est impératif de garantir aux investisseurs étrangers une résolution rapide et impartiale des litiges. C’est souvent le critère n°1 pour les fonds d’investissement anglo-saxons.

De même il s’avère indispensable d’éviter les changements de règles fiscales en cours de route. La stabilité fiscale est plus importante pour un investisseur qu’un taux bas mais instable. Le Maroc est certes sur cette voie mais il a encore des défis à relever.

Lire également : S&P confirme la note du Maroc à « BBB-/A-3 » avec une perspective stable

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