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Economie

Hausse du prix du carburant : un marché sous perfusion de subventions, loin des règles de la concurrence.

gasoil

Ecrit par Lamiae Boumahrou I

La récente flambée des prix du carburant continue de susciter incompréhension et interrogations. Pourquoi cette hausse a-t-elle été appliquée maintenant ? Pourquoi tous les pétroliers ont-ils fixé le même montant ? Et surtout, pourquoi l’État, au lieu de sanctionner le non-respect de la réglementation sur les stocks de sécurité énergétique, choisit-il de relancer une nouvelle subvention pour les transporteurs ? Autant de questions qui mettent en lumière un contexte marqué par un manque de transparence, des stratégies opportunistes et l’absence d’une véritable concurrence.

La récente hausse brutale des prix des carburants continue de susciter incompréhension et interrogations. Le 16 mars, l’ensemble des distributeurs ont procédé à une augmentation significative des tarifs, avec près de 2 DH supplémentaires pour le litre de gasoil, passé d’environ 11 à 13 DH/L, et une hausse de 1,44 DH pour l’essence, atteignant 14DH/L.

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Au-delà de son impact direct sur le pouvoir d’achat, cette hausse soulève des questions de fond sur le fonctionnement du marché et le rôle des différents acteurs.

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Un timing jugé prématuré

Si l’évolution des cours internationaux du pétrole peut expliquer une partie de cette augmentation, la rapidité de son application au niveau national soulève des questions. Pour de nombreux observateurs et experts, le moment choisi pour appliquer cette augmentation interpelle. En principe, les opérateurs disposent de stocks de sécurité couvrant jusqu’à 90 jours, un mécanisme destiné à amortir les fluctuations des prix à l’international.

Dans ce cadre, l’ajustement quasi immédiat des prix à la pompe laisse penser que la hausse a été anticipée, voire amplifiée. Une situation qui alimente le sentiment d’un décalage entre les coûts réels d’approvisionnement et les prix pratiqués voire d’une stratégie opportuniste.

Autre élément marquant, la similitude des augmentations appliquées par l’ensemble des distributeurs. Dans un marché libéralisé, une telle synchronisation reste inhabituelle, la concurrence étant censée produire des écarts de prix.

Cette convergence ravive ainsi les interrogations sur le degré réel de concurrence et rappelle les précédentes controverses ayant impliqué le Conseil de la concurrence. Même en l’absence de preuve formelle d’entente, cette uniformité nourrit un climat de suspicion.

Une réponse publique centrée sur le soutien

Face à cette hausse, le gouvernement a réagi avec une rapidité étonnante (à peine 24 heures) laissant entrevoir l’ombre d’une coordination implicite avec les pétroliers. Car plutôt que de sanctionner les distributeurs, qui ne respectent pas l’obligation légale de maintenir un stock de sécurité de 90 jours, l’État a choisi de relancer une opération d’aide exceptionnelle destinée aux transporteurs routiers, dans la continuité des dispositifs mis en place depuis 2022.

L’objectif selon le gouvernement est de contenir l’impact de la hausse du gasoil sur les coûts de transport et, par ricochet, sur les prix des biens de consommation. Toutefois, cette approche suscite des critiques.

En intervenant via des subventions, l’État atténue, voire pas, les effets immédiats de la hausse, sans pour autant agir sur ses causes et sans une réelle correction structurelle du marché.

Preuve en est, sur le terrain les prix des denrées alimentaires continuent de grimper, imputés par les commerçants à la récente flambée du carburant. Si ce dispositif peine à atténuer le choc pour les transporteurs et les consommateurs, pourquoi continuer à le maintenir ?

En effet, au fil des années, ce mécanisme de soutien a mobilisé des ressources importantes, atteignant plusieurs milliards de dirhams. Pourtant, son efficacité reste discutée.

Sur le terrain, les prix du transport demeurent élevés et les répercussions sur le coût de la vie persistent. Certains observateurs estiment que ces aides constituent une réponse conjoncturelle, qui ne permet pas de corriger les déséquilibres du marché des hydrocarbures. Ne serait-elle pas une subvention destinée à désamorcer d’éventuelles tensions parmi les transporteurs ?

Dans ce contexte, le Conseil de la concurrence a annoncé un renforcement de son dispositif de surveillance. Le suivi du marché passe désormais d’un rythme trimestriel à un monitoring mensuel, couvrant l’ensemble de la chaîne, de l’importation à la distribution.

Cette évolution traduit une volonté de mieux encadrer la transmission des prix internationaux vers le marché national et de détecter d’éventuelles anomalies. Toutefois, cette démarche reste limitée par l’absence de contrôle direct des prix, le Conseil intervenant principalement dans un rôle d’observation et d’analyse.

La situation actuelle met en évidence les limites du modèle adopté depuis la libéralisation du secteur. D’un côté, les prix sont librement fixés par les opérateurs. De l’autre, l’État intervient régulièrement pour atténuer les effets des hausses. Ce système hybride crée une forme de déséquilibre. Le marché fonctionne de manière libérale, mais ses conséquences sont partiellement prises en charge par les finances publiques.

Une question de fond toujours en suspens

Au final, la hausse du 16 mars dépasse la simple variation des prix du pétrole. Elle met en lumière une problématique plus profonde, liée à la transparence, à la concurrence et à la régulation du secteur.

Si le renforcement du contrôle constitue un pas important, il ne suffira pas à dissiper les doutes. La question centrale reste celle de la formation des prix et de la capacité du système à garantir un fonctionnement réellement concurrentiel.

Car aujourd’hui, au-delà du niveau des prix, c’est bien la confiance dans le marché qui est en jeu. Rendez-vous le 1er avril pour observer les décisions des pétroliers concernant la prochaine hausse.

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