L’Initiative Atlantique : un Catalyseur pour le Commerce Intra-Africain

Lancée en 2023 par le Royaume du Maroc, l’Initiative Atlantique vise à renforcer la coopération entre les 23 pays africains riverains de l’océan Atlantique. À l’heure où l’Afrique cherche à diversifier ses partenaires et à consolider son marché intérieur, cette initiative offre une opportunité stratégique pour stimuler le commerce intra-africain, améliorer la connectivité et promouvoir une croissance partagée.
Un commerce intra-africain encore en deçà de son potentiel
Selon le rapport 2024 d’Afreximbank, le commerce intra-africain a atteint 192 milliards de dollars en 2023, représentant environ 15 % du total des échanges du continent, contre 60 à 70 % dans les blocs régionaux plus intégrés comme l’Union européenne ou l’Asie de l’Est. Cette faible part reflète des obstacles persistants : barrières tarifaires et non tarifaires, faiblesse des infrastructures, coûts logistiques élevés, et manque de complémentarité productive entre les économies africaines.
Par régions, l’Afrique australe concentre 41,4 % des échanges intra-africains, suivie par l’Afrique de l’Ouest (25,7 %), l’Afrique de l’Est (14,1 %), l’Afrique du Nord (12,4 %) et l’Afrique centrale (6,6 %). Ces chiffres montrent l’urgence de renforcer les échanges entre les régions sous-desservies, en particulier le long de la côte atlantique.
Une réponse stratégique : l’intégration atlantique
L’Initiative Atlantique s’articule autour de trois piliers : la coopération politique, la sécurité maritime et le développement économique inclusif. Elle vise à faire de la façade atlantique un couloir logistique et économique intégré reliant les ports, les réseaux de transport, les zones industrielles et les marchés.
Le Maroc mise sur ses infrastructures logistiques modernes, comme le complexe portuaire de Tanger Med (1er port d’Afrique et 23e mondial en conteneurs), pour impulser une nouvelle dynamique. Il propose aussi de renforcer les interconnexions régionales via les corridors Nord-Sud et Est-Ouest, favorisant ainsi la libre circulation des biens, des services, et des investissements.
Une complémentarité Sud-Sud au service des économies africaines
L’objectif est de développer des chaînes de valeur régionales dans l’agriculture, l’industrie, l’énergie ou la pêche, en valorisant les complémentarités entre les pays côtiers et leurs hinterlands. Cela s’inscrit dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui ambitionne de créer un marché commun africain de 1,3 milliard de consommateurs, avec un PIB combiné de plus de 3 400 milliards de dollars.
Les corridors atlantiques pourraient notamment contribuer à réduire les coûts de transport de 30 à 40 %, selon la Commission économique pour l’Afrique, tout en augmentant la résilience face aux chocs externes (géopolitiques, sanitaires ou climatiques).
En guise de conclusion, L’Initiative Atlantique n’est pas une simple démarche diplomatique. Elle incarne une vision stratégique africaine, fondée sur l’intégration régionale, l’investissement commun et la solidarité Sud-Sud. En renforçant le commerce intra-africain et la connectivité maritime, elle contribue à faire de l’Atlantique un espace de prospérité partagée, moteur d’un développement plus autonome et inclusif pour les peuples africains.
Par Hamid Fayou,
Docteur en sciences économiques

