Intelaka : un programme en quête d’un nouveau départ

La présentation de la 22ème édition du rapport annuel sur la supervision bancaire a été l’occasion d’évaluer les performances du programme Intelaka à fin mai 2026. Mais surtout de voir comment ce programme évoluera suite à la signature de la Charte TPE en décembre 2025. Les détails avec Nabil Badr, Directeur de la Supervision Bancaire de Bank Al-Maghrib.
La Charte relative au financement et à l’accompagnement des très petites entreprises (Charte TPE) a été signée en décembre 2025 et entrée en vigueur le 1e janvier 2026. Soit six ans après le lancement du programme Intelaka qui proposait une nouvelle génération de produits de garantie et de financement à destination des TPE.
Ça sent d’emblée un doublon entre cette Charte TPE et le programme Intelaka qui à mai 2026 près de 33.600 entreprises bénéficiaires, des crédits encaissés de l’ordre de 8,2 Mds de DH et un encours de 5,3 Mds de DH.
Aujourd’hui, à la lumière de la charte TPE, le programme Intelaka est en quête d’un nouveau départ. En attestent les différentes consultations entreprises entre les différentes parties prenantes à ce programme et signataires de la Charte TPE.
La présentation du rapport annuel sur la supervision bancaire était une occasion de comprendre cette mue en cours. Questionné par nos soins sur le sujet, Nabil Badr, Directeur de la Supervision Bancaire de Bank Al-Maghrib a rappelé que le programme a profité à 33.000 entreprises bénéficiaires avec plus de 127.000 création d’emplois sur base déclarative.
Au cours de sa vie d’Intelaka a connu plusieurs évolutions, d’abord le démarrage, puis l’arrivée du Covid qui a un peu ralentit la cadence, puis la reprise de l’activité avec aujourd’hui un essoufflement malgré le relooking des conditions d’éligibilité par rapport à ce produit.
Il y a actuellement des discussions avec les différentes parties prenantes pour statuer sur le devenir de ce produit.
« Sur le plan de l’appréciation globale, ce produit a permis de financer 33.000 entreprises. Le deuxième élément est que le taux de casse qui est de 29% alors que le taux de sinistralité relatif aux nouvelles créations est de 50% et plus.
Maintenant l’idée est de voir comment switcher vers la Charte TPE qui a été signée en décembre et qui s’inscrit dans le cadre des Hautes Orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI appelant à la réduction des disparités sociales et territoriales et à la promotion d’un développement territorial intégré », explique Nabil Badr.
A rappeler que la Charte TPE instaure trois niveaux d’intervention.
Le financement des TPE : les banques, les institutions de microfinance et Tamwilcom mettront en place des offres de crédit et de garantie renforcées et adaptées aux besoins spécifiques des TPE. Pour sa part, Bank Al-Maghrib, a mis en place, dès mars 2025, un nouveau mécanisme de refinancement spécifique aux TPE à un taux préférentiel.
La notation des crédits alloués aux TPE : les banques et les institutions de microfinance mettront à niveau leurs dispositifs de notation interne pour mieux prendre en compte les spécificités des TPE, tout en intégrant les scores du système national de scoring dédié à ce segment d’entreprises.
L’accompagnement des TPE : les parties signataires œuvreront pour renforcer et coordonner les actions d’accompagnement menées dans le cadre des programmes de formation, de sensibilisation et d’appui technique en faveur des TPE en tenant compte de leurs spécificités.
« Dans ce sens, Bank Al-Maghrib, avec les différents départements ministériels et autres partenaires, a fédéré les efforts pour mettre en place tout un nouveau cadre qui permettrait de financer ce type d’entreprise qui représente la majorité dominante (94%) du tissu entrepreneurial, 88 % des TPE réalisant un chiffre d’affaires de moins de 3 MDH par an », poursuit Nabil Badr.
Donc le premier travail en cours dans ce brainstorming sur le programme Intelaka consiste à décliner les éléments de la Charte de la TPE dans le programme. Et le 1e élément introduit dans ce sens est le scoring national au niveau des banques qui permettrait de donner des éléments d’information sur la TPE notamment de solvabilité en termes d’octroi de crédit, les données bilanciels tirés de l’OMPIC et également les données qui concernent les autres centrales de Bank Al-Maghrib… Le deuxième niveau de travail est d’alimenter avec des données qualitatives pour mieux scorer la TPE.
« Au-delà du scoring, il y a lieu de signaler l’engagement des banques à financer la TPE dans le cadre de la Charte TPE à hauteur de 18 Mds de DH par an. Un engagement que Bank Al-Maghrib va vérifier à la fin de l’exercice 2026, puisque les signataires de la Charte doivent communiquer au secrétariat du Comité TPE un reporting sur les financements octroyés aux TPE et les services d’accompagnement fournis à cette cible », rappelle Nabil Badr.
L’accompagnement, un talon d’Achille
Il a également été constaté pour Intelaka, à l’instar d’autres programmes de financements des TPE précédents, que l’accompagnement n’est pas pris en charge de manière efficiente.
« Et il y a un consensus sur l’importance d’améliorer cet accompagnement. C’est en passe d’être réalisée avec l’intégration de Maroc PME qui préside un sous-comité de la Charte TPE composé du GPBM, les CRI et un premier diagnostic de la cartographie des accompagnements fournis a été réalisé pour voir comment renforcer l’accompagnement des entreprises et la gouvernance du programme Intelaka au niveau national. L’objectif étant de combler cet accompagnement par rapport à des éléments manquants et élaborer un cadre de gouvernance national qui permettrait d’harmoniser les procédés, suivre et piloter le programme et calibrer en cas de besoin », explique Nabil Badr.
Troisième élément de transformation est d’inverser la vapeur, au lieu que ce soit la TPE qui viennent à la banque, c’est la banque qui va aller à la rencontre de la TPE puisqu’il ne s’agit pas seulement de maîtriser l’offre de financement, il faut la caller sur les besoins des TPE. Ainsi, à partir d’octobre, une campagne régionale à la rencontre des TPE et collecter des éléments factuels concernant leurs besoins pour mieux affiner l’accompagnement que devra livrer le programme Intelaka.
Dans ce sens, il y a lieu de rappeler qu’en coordination avec le Comité TPE prévu par l’article 15 de la Charte TPE, les banques, les IMF, Tamwilcom, les CRI et la CGEM s’engagent à mettre en place des programmes de campagnes de communication pour promouvoir les produits de financement et de garantie ainsi que les services d’accompagnement destinés aux TPE.
D’autres éléments devraient également être pris en compte dans cette transformation, notamment une équité entre l’urbain et le rural et une équité basé sur le genre. En effet, à fin mai 2026, Intelaka n’a profité qu’à hauteur de 17% au monde rural et bien évidemment plus aux hommes qu’aux femmes.


