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Economie

350 milliards de promesses : le PAM peut-il financer le social sans creuser la dette ?

PAM

Le Parti Authenticité et Modernité (PAM) s’est hissé le 23 septembre dernier en tête des législatives avec 97 sièges. Portée par cette victoire, sa figure de proue, Fatima Ezzahra El Mansouri, a été officiellement nommée Cheffe du gouvernement par Sa Majesté le Roi Mohammed VI ce mardi 29 septembre 2026. Si le parti savoure son succès, le plus dur commence : transformer des promesses ambitieuses de 350 Mds de dirhams en réalités palpables pour les Marocains.

Sur le papier, le programme du PAM a tout d’une feuille de route idéale. Divisé en cinq pactes et vingt engagements, il s’attaque de front aux problèmes du quotidien : le pouvoir d’achat qui s’effrite, un système de santé encore défaillant et le spectre du chômage des jeunes. Mais derrière les objectifs chiffrés prometteurs, la viabilité de ce plan suscite déjà un profond scepticisme pour différentes raisons.

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L’inconnue des 5 % : la machine va-t-elle suivre ?

Toute l’architecture du projet repose sur un pilier central : une croissance économique moyenne de 5 % par an sur les cinq prochaines années. Un chiffre audacieux, pour ne pas dire déconnecté de la trajectoire récente du Royaume, qui a péniblement navigué autour de 3,7 % de moyenne entre 2022 et 2025.

Vouloir atteindre 5 % dans un contexte international instable, alors que le pays panse encore les plaies de sécheresses successives, s’apparente à un coup de poker. Si la croissance stagne ne serait-ce qu’à 3 ou 4 %, c’est tout l’édifice des recettes fiscales qui s’effondre, entraînant avec lui les promesses de dépenses du prochain gouvernement s’il tranche pour le programme du PAM.

Le grand écart fiscal et social

Le PAM promet un choc social majeur, et il faut lui reconnaître le mérite de viser juste sur les besoins :

  • Gratuité de l’électricité pour les factures inférieures à 100 DH par mois
  • Un million d’emplois nets pour ramener le chômage à 7 % à l’horizon 2031
  • Une réforme de l’IR avec un taux marginal maximal ramené de 37 à 20%
  • Un impôt sur le revenu (IR) réduit à 0 % pour les salaires bruts de moins de 15.000 DH brut
  • Une pension de retraite minimale portée à 3.000 DH à partir de la deuxième année du mandat et d’une aide sociale directe portée progressivement à 1.000 DH
  • L’insertion des jeunes dans la vie active figure également parmi les priorités du Parti : le programme prévoit un premier contrat du travail, des dispositifs de formation et de reconversion ainsi qu’un fonds public pour faciliter l’accès au logement locatif

L’intention est louable, voire vitale pour la classe moyenne. Cependant, l’équation mathématique donne le tournis. Comment l’État peut-il financer un plan de 350 milliards de dirhams tout en acceptant une baisse massive de ses recettes fiscales (via l’exonération de l’IR) ? Le parti évoque une coupe de 10 milliards de dirhams dans les frais de fonctionnement de l’État. Une goutte d’eau face à l’océan de dépenses promises.

Souveraineté stratégique : l’urgence hydrique et sanitaire

Le programme a le mérite de ne pas éluder les vraies crises structurelles. L’accent mis sur la souveraineté hydrique, avec la promesse de six nouvelles stations de dessalement, et le renforcement des infrastructures de santé (4 nouveaux CHU régionaux) répondent à une urgence nationale que personne ne peut contester.

Mais là encore, ces chantiers lourds demandent du temps et des capitaux massifs. Or, le PAM s’est engagé en parallèle à maintenir le déficit budgétaire à 3 % du PIB et à faire reculer la dette publique à 62 %.

Un mandat sous haute surveillance

Le PAM a réussi sa campagne en redonnant de l’espoir à travers un programme social fort. On ne cessera jamais de le dire : gouverner n’est pas promettre. En endossant les habits de premier parti du pays, le mouvement s’expose à un retour de bâton mémorable si les résultats ne suivent pas.

Les 350 milliards annoncés ne doivent pas devenir une dette de confiance contractée auprès des citoyens. Fatima Ezzahra El Mansouri dispose désormais des clés du pouvoir, mais elle avance sur une ligne de crête étroite, coincée entre les aspirations légitimes d’un peuple et la réalité implacable des chiffres.

En définitive, le programme ambitieux du PAM place le Maroc à la croisée des chemins entre volontarisme social et orthodoxie budgétaire. Si les promesses de relance et de protection sociale répondent aux attentes légitimes des citoyens, leur concrétisation dépend d’une équation économique particulièrement risquée. Faute d’atteindre le moteur des 5 % de croissance, le gouvernement de Fatima Ezzahra El Mansouri devra naviguer sur une ligne de crête étroite, où le risque est grand de voir le financement du social se transformer en un lourd creusement de la dette publique.

L’avenir dira si ce plan audacieux aura été le catalyseur d’un nouveau modèle de développement ou un rendez-vous manqué avec la réalité macroéconomique.

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