La protection sociale a un fort impact sur la réduction des inégalités (Rapport OIT)

Un nouveau document de travail de l’OIT constate qu’une augmentation des dépenses de protection sociale engendre une réduction des inégalités de revenus. Il souligne le rôle de la protection sociale en tant que levier politique clé pour réduire les inégalités, conjointement à d’autres politiques publiques intégrées.
L’Organisation internationale du Travail (OIT) a lancé jeudi un nouveau document de travail intitulé «Combattre les inégalités: quel rôle pour la protection sociale universelle?» au cours d’un événement auquel ont participé d’éminents intervenants de l’OIT, de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Institut de recherche des Nations Unies pour le développement social (UNRISD).
Le document, qui a été publié à la fin de 2024, souligne que les inégalités restent un défi mondial et que l’inégalité des revenus en particulier a atteint des niveaux alarmants, les ménages du 50e centile inférieur détenant 25 pour cent du revenu total, contre 30 pour cent du revenu total pour ceux qui gagnent dans le 90e centile. Les intervenants de l’évènement ont exploré les moyens par lesquels la protection sociale universelle et son financement peuvent contribuer à inverser ces tendances.
Le panel était modéré par Shahra Razavi, Directrice du Département de la protection sociale universelle de l’OIT, qui a également prononcé le discours d’ouverture. Les intervenants étaient Sudhvir Singh, chef d’unité – Équité et santé, OMS; Katja Hujo, chef du bureau de Bonn et coordinatrice principale de la recherche, UNRISD; Helmut Schwarzer, chef de l’unité Finances publiques, services actuariels et statistiques (PFACTS) de l’OIT, et Umberto Cattaneo, spécialiste des finances publiques (PFACTS), au sein du Département de la protection sociale universelle de l’OIT.
Katja Hujo a souligné les causes structurelles des inégalités actuelles, enracinées dans l’histoire du colonialisme, de l’exploitation et de l’extractivisme. En même temps, ces inégalités sont à la fois à l’origine des multiples crises actuelles et exacerbées par ces crises.
«Les inégalités ont un impact négatif sur les économies et les sociétés en entravant la croissance, en empêchant la réduction de la pauvreté, en freinant la croissance de la productivité, ainsi que la demande intérieure. Les politiques sociales, y compris la protection sociale, sont essentielles pour atténuer les inégalités, notamment celles fondées sur des facteurs tels que le genre, la race, l’appartenance ethnique, le handicap et la citoyenneté, entre autres. Les discussions de la quatrième Conférence internationale sur le financement du développement et du deuxième Sommet mondial pour le développement social reconnaissent la nécessité de réduire les inégalités par le biais d’une protection sociale universelle et des stratégies progressives de mobilisation des ressources nationales», a expliqué M. Hujo.
Sudhvir Singh a soulevé l’importance des investissements dans la protection sociale pour promouvoir l’équité en matière de santé.
«L’inégalité économique est associée à une dégradation en matière de santé, tels qu’une espérance de vie réduite, une mortalité infantile plus élevée, des taux plus élevés de maladies métaboliques et une détérioration de la santé mentale. Pour garantir l’équité de santé, il est essentiel d’investir dans la protection sociale universelle et dans les services publics, tels que les programmes pour la petite enfance et l’éducation pour toutes et tous», a déclaré Sudhvir Singh.
La sécurité de revenu, a-t-il rajouté, est le principal facteur contribuant à état de santé perçu.
Helmut Schwarzer a mis en évidence que des dépenses plus élevées en protection sociale engendre une réduction des inégalités de revenus.
«Les réductions les plus importantes de l’inégalité des revenus sont observées grâce aux pensions contributives, qui représentent la plus grande part des dépenses de protection sociale dans de nombreux pays. En moyenne, les pays qui consacrent un pourcentage plus élevé de leur PIB à une prestation de protection sociale sont également ceux qui obtiennent une réduction plus importante des inégalités de revenus en payant cette prestation», a expliqué M. Schwarzer de l’OIT.
Le séminaire en ligne a également permis d’examiner l’impact des sources de financement des prestations de protection sociale sur la réduction générale des inégalités de revenus. Dans 23 pays sur les 25 pour lesquels des données sont disponibles, l’impôt sur le revenu des personnes physiques entraîne une réduction de l’inégalité globale des revenus. Toutefois, ces réductions sont beaucoup plus faibles que celles observées pour les prestations de protection sociale. Dans 14 pays sur 25, l’inégalité des revenus a été réduite de moins de 5 pour cent après la prise en compte de l’impôt sur le revenu.
«Les cotisations d’assurance sociale jouent un rôle essentiel dans le financement de la sécurité sociale. Elles permettent le versement de prestations de protection sociale contributives, qui réduisent considérablement les inégalités de revenus. Toutefois, les cotisations de sécurité sociale à taux unique peuvent être régressives et accroître les inégalités de revenus. Les impôts sur la fortune, en revanche, qui ne sont pas très répandus, ont le potentiel de réduire considérablement les inégalités de revenus», a expliqué Cattaneo.
Les intervenants ont rappelé le rôle de la protection sociale en tant que levier politique essentiel, mais non exclusif, pour réduire les inégalités.
«La réduction des inégalités de revenus ne peut être laissée aux seuls systèmes de protection sociale. Elle nécessite un large éventail de politiques publiques intégrées – de l’accès à une éducation de qualité et à la formation professionnelle, à la protection des travailleurs, aux politiques salariales et aux stratégies de formalisation, aux politiques macroéconomiques qui créent des emplois décents et améliorent les moyens de subsistance, et à l’investissement dans des services publics de qualité – pour réduire la répartition primaire des revenus et rendre le marché du travail plus équitable», a expliqué Razavi.

