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Édito

Le grand vertige agricole marocain

23 septembre

Le Maroc agricole danse sur un volcan de contradictions. D’un côté, des étals européens gorgés de tomates printanières, des fruits juteux et d’avocats gorgés de soleil, générant des flux continus de devises. De l’autre, des silos nationaux désespérément vides, suspendus au va-et-vient des cargos de blé étranger.

Ce contraste saisissant n’est pas le fruit du hasard, mais l’aboutissement d’un choix politique conscient : celui d’avoir sacrifié la souveraineté alimentaire sur l’autel de la rentabilité commerciale. Face à l’urgence climatique et géopolitique, ce modèle atteint aujourd’hui ses limites structurelles. Les pouvoirs publics en sont conscients mais peinent à trouver des solutions réalistes et réalisables.

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Pendant deux décennies, l’obssession de la valeur ajoutée a dicté l’agenda politique. Exporter des cultures à haute valeur marchande pour financer, grâce aux devises récoltées, l’achat de denrées de base bon marché sur les marchés mondiaux. Mais cette équation a omis une variable critique : la fin de l’abondance hydrique.

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En orientant massivement les capitaux, les terres les plus fertiles et les réseaux d’irrigation vers les Fruits et Légumes Frais, le pays a involontairement orchestré un violent effet d’éviction. Les cultures vivrières locales, céréales et légumineuses, piliers du régime alimentaire marocain, ont été reléguées aux terres arides du « bour », condamnées à mourir de soif à la moindre pénurie de pluie.

Le constat est désormais sans appel : le Maroc exporte virtuellement son eau, sa ressource la plus rare, pour importer une dépendance alimentaire chronique.

Chaque crise internationale ou sécheresse majeure rappelle la fragilité de ce système. Lorsque les cours mondiaux du blé s’envolent, la facture des importations explose, engloutissant une part colossale des devises si durement gagnées par l’agro-exportation. Le pays se retrouve alors pris au piège d’un déficit commercial structurel comme en attestent à chaque mois les chiffres publiés par l’Office des changes.

Dès lors, le dilemme politique. Continuer dans la voie actuelle relève d’une fuite en avant dangereuse. En cause, la véritable sécurité d’une nation ne se mesure pas au solde de son compte d’exportation, mais à sa capacité à nourrir son peuple de manière autonome face aux chocs du siècle. Des chocs, qui faut-il avouer, sont de plus en plus récurrents.

Le salut passera par un arbitrage politique courageux : imposer des quotas stricts et des plafonds hydriques aux cultures d’exportation les plus prédatrices, tout en réinjectant massivement les capitaux vers la modernisation de la filière céréalière.

L’innovation technologique et les subventions doivent cesser d’être le privilège des grands domaines exportateurs pour devenir le bouclier des producteurs de vivrier. Tant que le pain quotidien du Maroc dépendra des arbitrages des marchés de Chicago ou de Paris, la croissance économique restera une façade fragile. Il est donc temps de remettre la terre et l’eau au service des ventres marocains.

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