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Édito

Le peuple n’est pas une clientèle, et le fauteuil n’est pas à vendre

peuple PLF Houssifi

On s’attendait à une déclaration de programme. On a eu, en prime, un spectacle. Ceux qui avaient prévu une sieste réparatrice entre deux chiffres de croissance en ont été pour leurs frais : Fatima Ezzahra El Mansouri a décidé que l’hémicycle ne serait pas, cette semaine, le dortoir le plus climatisé du Royaume. Le décor était pourtant classique : un objectif de croissance moyenne de 5 %, un déficit contenu à 3 % du PIB, des engagements sur l’eau, l’énergie et l’emploi. Des chiffres sérieux, comme il se doit, de ceux qu’on récite d’habitude devant des bancs à moitié vides et des téléphones à moitié allumés. Mais c’est dans les répliques que la séance a basculé du registre comptable à celui de la formule qui reste.

Le peuple d’abord

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Premier rappel : on peut être politiquement différents, le peuple passe d’abord. Elle ne veut pas d’une politique qui remplit les poches, mais d’une politique qui ouvre les écoles et qui rapproche. Une politique de services, non une politique de bénéfices. Il faut servir le peuple, et non se servir du peuple. Dans la salle, quelques regards se sont soudain passionnés pour le plafond. Coïncidence, sans doute.

Le mandat n’est pas un fonds de commerce

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La phrase qui fera date est la plus simple : le mandat n’est pas un commerce, c’est une mission. Le peuple n’est pas une clientèle, le pays n’est pas une entreprise. On imagine le désarroi de ceux qui avaient déjà imprimé les cartes de fidélité. Les marchands de voix qui comptaient sur un retour sur investissement électoral devront réviser leur plan d’affaires. Le guichet est fermé : ni soldes de fin de mandat, ni ristourne sur les promesses non tenues. Un mandat, a-t-elle ajouté, est un engagement et un sacrifice. Certains ont accueilli le mot avec gravité, d’autres avec la mine de qui découvre une clause cachée en bas d’un contrat signé il y a dix ans.

Un siège, pas un titre foncier

Le fauteuil du pouvoir n’est pas une propriété privée, c’est le siège du peuple. Pas de bail, pas d’héritage : on s’y assoit, on y travaille, on le rend. Une idée presque révolutionnaire, là où certains fauteuils semblaient avoir pris racine au point qu’il aurait fallu un tracteur pour les en déloger.

Les applaudissements ? Non merci

Elle ne veut pas qu’on l’applaudisse ; elle veut que les enfants grandissent dans la justice. Elle n’a pas besoin de beaux discours : quand on aime son peuple, on le montre par les actes. Refuser les applaudissements au Parlement, c’est un peu refuser le thé dans un salon marrakchi. Cela ne se fait pas. Mais l’effet est garanti.

Le plus dur commence

Tout cela est beau. Très beau, même. Le programme a été adopté par 204 voix contre 127 : la majorité est confortable et le chèque est signé. Reste à savoir s’il sera honoré. C’est précisément là que le chroniqueur doit rappeler que les belles phrases vivent moins longtemps que les mandats. L’humour, aussi inédit soit-il, ne remplit ni les salles de classe ni les dispensaires. La faible participation aux dernières élections dit assez la défiance de citoyens qui ont beaucoup entendu « le peuple d’abord », suivi de « les copains ensuite ». La cheffe du gouvernement a fixé elle-même la grille d’évaluation : les actes, pas les discours. Fort bien.

Le peuple, qui n’est pas une clientèle mais sait très bien compter, tiendra la comptabilité. Les citoyens connaissent la chanson : à chaque législature, on leur promet la lune, puis on leur livre le cratère. Cette fois, la barre a été placée haut par la cheffe du gouvernement elle-même ; elle ne pourra pas reprocher à ses détracteurs de la mesurer à ses propres mots. Et dans cinq ans, à l’heure de rendre le fauteuil, il ne regardera pas les applaudissements. Il regardera les écoles ouvertes, les enfants qui grandissent dans la justice, et les poches restées vides.

Rendez-vous est pris. Sans applaudissements, comme demandé.

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