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Chronique

Les CCIS versus la CGEM : au Maroc, la légitimité économique s’est-elle affranchie de la démocratie ?

généralisation protection sociale Mohamed Oueld Lfadel ram

Au Maroc, une contradiction silencieuse mine la représentation du tissu économique national. Elle oppose deux institutions : d’un côté, les Chambres de Commerce, d’Industrie et de Services (CCIS), issues des urnes ; de l’autre, la CGEM, organisation patronale influente, mais sans ancrage démocratique direct.

Une question se pose alors : qui parle réellement au nom de l’entreprise marocaine ? ou, plus encore, sur quelle base de légitimité ?

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  1. Les CCIS, une légitimité institutionnelle ignorée

Les CCIS ne sont pas des clubs. Ce sont des établissements publics, encadrés par la loi, dotés de missions claires : représenter, accompagner et défendre les intérêts des opérateurs économiques dans toute leur diversité. Mais leur force principale reste ailleurs : leurs membres sont élus au suffrage universel direct. Elus par des commerçants, des industriels, des prestataires de services, dans toutes les régions et dans tous les secteurs. Autrement dit, les CCIS incarnent ce que toute démocratie économique devrait valoriser : la représentation, l’inclusion et la diversité. Et pourtant, cette légitimité semble aujourd’hui… reléguée au second plan.

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  1. La CGEM, une légitimité de réseau… érigée en norme

Face à cela, la CGEM se présente comme la voix du patronat. Mais, on n’y entre pas par vote, mais par adhésion, elle ne couvre pas la totalité du tissu entrepreneurial et elle reste largement dominée par des entreprises structurées, voire puissantes. En d’autres termes, la CGEM fonctionne davantage comme un cercle d’influence que comme une instance représentative au sens démocratique. Et pourtant… c’est elle qui est écoutée.

  1. Une préférence politique assumée ?

Dans les négociations sociales, les concertations économiques ou les grandes orientations stratégiques, un fait s’impose : l’État privilégie la CGEM ;  C’est elle qui dialogue avec le gouvernement, c’est elle qui participe aux arbitrages clés et c’est elle qui façonne, souvent, la parole officielle du secteur privé. Pendant ce temps, les CCIS, pourtant élues,  sont cantonnées à un rôle périphérique. Comment peut–on expliquer ce paradoxe ?

Comme si, implicitement, les pouvoirs publics considéraient que la légitimité démocratique ne suffit pas mais  la “crédibilité” économique se mesure plutôt à la puissance et à l’accès aux réseaux.

  1. Le principal point aveugle : les PME et TPE

Ce déséquilibre devient encore plus problématique lorsqu’on observe la structure réelle de l’économie marocaine. Plus de 80% des entreprises sont des PME et TPE.  Celles-là mêmes qui trouvent, en théorie, leur représentation naturelle dans les CCIS.

À l’inverse, la CGEM reflète davantage une élite économique représentant une minorité d’entreprises, mais disposant de moyens considérables

Le résultat, un système où la majorité est représentée mais peu entendue et la minorité est moins représentative mais plus influente

  1. Une confusion dangereuse entre pouvoir et légitimité

Ce glissement pose un problème fondamental : on confond légitimité démocratique et capacité d’influence. Or, dans toute société équilibrée, ces deux dimensions devraient se compléter, et non se substituer.

Aujourd’hui, au Maroc les CCIS ont la légitimité des urnes et la CGEM a la légitimité du pouvoir et entre les deux, un déséquilibre qui interroge.

  1. Une question politique, pas technique

Ne nous trompons pas de débat.  Il ne s’agit pas d’opposer deux institutions. Il s’agit de poser une question profondément politique : quelle voix veut-on écouter pour construire l’économie marocaine ? Celle : des territoires ? des petites structures ? des entrepreneurs du quotidien ? Ou celle : des grands acteurs ? des réseaux d’influence ? des intérêts structurés ?.

Renforcer les CCIS, ce n’est pas affaiblir la CGEM. C’est restaurer un équilibre.

C’est reconnaître que :  la démocratie économique a un sens, que  les PME et TPE méritent une vraie voix et que  la représentativité ne doit pas être confisquée par la seule influence

En définitive, Le Maroc ne manque pas d’institutions. Il manque parfois de cohérence dans leur reconnaissance. Aujourd’hui, le paradoxe est clair : ceux qui sont élus ne décident pas
et ceux qui influencent ne sont pas élus. À terme, cette fracture affaiblit la confiance, et brouille le lien entre économie et démocratie.

La vraie question n’est donc plus : qui est le plus légitime ? Mais plutôt : pourquoi la légitimité issue des urnes ne suffit-elle plus à être entendue ?

Par Mohamed Oueld Lfadel Ezzahou, mezzahou@yahoo.fr

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