L’exécutif suspendu aux calculs d’épiciers

L’Exécutif marocain se retrouve aujourd’hui suspendu aux calculs d’épiciers d’une classe politique en panne d’inspiration. À l’approche de l’ouverture de la session parlementaire, la formation du prochain gouvernement patine dans les coulisses du Parti Authenticité et Modernité (PAM), où la cheffe de gouvernement, Fatima-Ezzahra El Mansouri, peine à boucler sa majorité.
À quelques jours de l’ouverture de la session parlementaire, le paysage politique marocain offre un spectacle de déjà-vu. Derrière les brèves informations évoquant la « poursuite des tractations », la réalité est nettement moins noble : une féroce bataille de coulisses pour le partage des sièges ministériels.
Pour le PAM, arrivé en tête du scrutin, le défi est immense sous la houlette de Fatima-Zohra El Mansouri. Pour boucler la majorité et décrocher les 101 sièges manquants sans renier ses promesses modernistes, le parti du tracteur doit jongler avec les exigences de ses alliés potentiels, prolongeant une crise d’attentisme qui commence sérieusement à durer et à peser.
Face à ce blocage, l’opposition savoure. Le PJD et l’Alliance de la gauche n’ont même plus besoin de mener le débat d’idées. Il leur suffit de rejeter en bloc les avances d’El Mansouri pour regarder la future coalition s’affaiblir toute seule, prise au piège de ses propres ambitions hégémoniques. Le PAM, qui prônait la rupture, se retrouve à négocier des ralliements au cas par cas, exposant ses divisions internes au grand jour.
Pourtant, cette posture de spectateur cynique a ses limites. Attendre la chute d’une majorité qui n’est pas encore née, sans formuler de contre-propositions solides, n’est pas plus glorieux que l’inertie du parti majoritaire.
Le véritable problème est ailleurs : ce retard institutionnel commence à chiffrer. Les marchés financiers et les investisseurs détestent l’incertitude politique.
En pleine zone de turbulences internationales, le Maroc ne peut pas se payer le luxe de voir le PAM gripper le calendrier de la loi de finances 2027 pour des querelles d’ego et de portefeuilles. Les réformes de structure et l’attractivité économique nationale sont aujourd’hui otages des calculs d’appareil du parti majoritaire, alors même que les urgences sociales, elles, n’attendront pas la fin des négociations.
Qu’il s’agisse de la refonte de la compétitivité des entreprises, de la transition énergétique ou des chantiers de protection sociale, aucun dossier de fond ne peut avancer sans un Exécutif pleinement légitime. Chaque semaine perdue en tractations retarde d’autant la mise en œuvre de ces réformes cruciales pour répondre au problème endémique du chômage et relancer la croissance tant attendue.
