L’Initiative Royale : bâtir l’avenir de l’Afrique par son littoral atlantique

Portée par le Maroc, l’Initiative Royale pour l’Afrique Atlantique représente un projet de structuration économique sans précédent pour les 23 États africains riverains de l’Atlantique. Ces pays, qui réalisent près de 55% du PIB du continent et abritent 46% de sa population, sont au cœur d’une stratégie visant à créer un pôle d’intégration économique et un espace de stabilité. Le projet s’inscrit dans un contexte où le commerce intra-africain au sein de la façade atlantique ne représente aujourd’hui que 9%, contre 66% en Europe, soulignant le potentiel de croissance considérable.
Le Maroc, avec ses 14 ports connectés à 186 ports mondiaux, se positionne comme un hub naturel. Le futur port en eau profonde de Dakhla, pièce maîtresse de l’initiative, devrait dynamiser les échanges et renforcer l’attractivité des provinces du Sud. Les investissements marocains en Afrique, qui s’élèvent à plusieurs milliards de dollars, couvrent des secteurs clés comme l’automobile, l’aéronautique et les énergies renouvelables, créant des milliers d’emplois et stimulant les transferts de compétences.
L’initiative vise à combler le déficit infrastructurel qui handicape la région. Le financement nécessaire pour atteindre les Objectifs de Développement Durable en Afrique d’ici 2030 est estimé à 1 600 milliards USD, soit un besoin de 194 milliards USD par an. La concrétisation de l’initiative permettrait de mobiliser une partie de ces fonds, notamment via des partenariats public-privé et des financements internationaux, comme le programme « Global Gateway » de l’UE qui mobilise 150 milliards d’euros pour l’Afrique.
Le désenclavement des pays du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad) est un objectif central. Leur enclavement coûte actuellement à leurs économies environ 20% de leur PIB en raison des surcoûts logistiques. L’accès à l’Atlantique via le port de Dakhla pourrait générer des économies substantielles et stimuler leurs exportations. Leurs économies, bien que fragiles, affichent des taux de croissance moyens encourageants, compris entre 2,2% et 6,9%, mais restent vulnérables aux chocs extérieurs.
L’Afrique atlantique regorge de ressources stratégiques. Le continent détient entre 20% et 90% des réserves mondiales de onze métaux critiques essentiels à la transition énergétique. Par exemple, la RDC produit 90 000 tonnes de cobalt par an et le Maroc exporte pour 1,5 milliard de dollars de phosphates annuellement. La valorisation locale de ces ressources, plutôt que leur exportation à l’état brut, pourrait multiplier leur contribution aux économies nationales.
L’insécurité dans le Golfe de Guinée et au Sahel représente une menace directe pour le projet. Les dépenses militaires des pays du Sahel ont augmenté de 43% entre 2010 et 2020, grevant leurs budgets au détriment des investissements sociaux. La piraterie et la pêche illégale dans le Golfe de Guinée causent des pertes estimées à 2 milliards d’euros par an pour les six pays côtiers concernés.
Le secteur de la pêche en Afrique de l’Ouest emploie plus de 3 millions de personnes et contribue à hauteur de 3% au PIB régional. Pourtant, la pêche illégale prive les États de revenus colossaux. Si les pays africains géraient eux-mêmes leurs ressources, ils pourraient générer 3,3 milliards de dollars de chiffre d’affaires supplémentaires, soit huit fois plus que les redevances perçues actuellement des flottes étrangères.
Avec une population jeune, l’âge médian en Afrique est de 19 ans contre 42 ans en Europe, et une croissance économique projetée à 3,7% pour 2023, le continent dispose d’atouts démographiques majeurs. L’initiative atlantique, en favorisant les énergies renouvelables (l’Afrique dispose de 40% du potentiel solaire mondial mais n’en exploite que 1%), pourrait positionner la région comme un leader de la croissance verte, tout en répondant aux défis climatiques qui coûtent déjà au continent 1,3% de son PIB annuel.
Écrit par Hamid Fayou,
docteur en économie et membre adhérent du Centre africain pour la recherche et les études stratégiques

