Maroc 2030 : au-delà de la participation à l’organisation de la Coupe du Monde

L’an 2030 ne sera pas une année ordinaire pour le Maroc. La co-organisation de la Coupe du Monde, avec l’Espagne et le Portugal, constitue l’élément clef sur lequel le Royaume se basera pour confirmer sa compétitivité mondiale et son rayonnement régional.
Cependant, le Mondial 2030 ne devrait être une finalité, mais plutôt un moyen constituant un levier stratégique de progrès de la Nation. Les premiers chiffres liés à la participation à l’organisation de cette manifestation mondiale illustrent l’ampleur de l’opération. On parle de 50 Milliards de Dirhams d’investissements de l’Etat en infrastructures sportives, routières, hôtelières et autres. De la création de 50 000 emplois en marge de l’évènement, et de plus de 1,5 Million de touristes du Monde Entier qui viendront au Maroc en marge de l’événement sportif.
S’agissant de l’endettement, à date d’aujourd’hui, la dette globale de l’Etat incluant les dettes du Trésor et l’ensemble des prêts garantis par l’Etat, dépasse 95% de notre Produit Intérieur Brut. Ce taux est flagrant contre des points de croissance très faibles enregistrés entre années 2021-2024. Si le Gouvernement table sur 4,5% en référence à la loi de finances 2025, Bank Al Maghreb prévoit 2,5% dans sa dernière analyse de conjoncture.
En creusant le Budget Citoyen de l’année 2025, les hypothèses de préparation de la Loi de finances demeurent les mêmes, et sont aujourd’hui dépassées. On ne pourra guère bâtir de la croissance en se basant sur la récolte céréalière et la valeur ajoutée agricole. De ce fait, la revue de ces hypothèses est inéluctable pour moderniser l’approche d’une part, et afin de mieux faire croitre les autres activités non agricoles d’autre part tels que l’industrie, le tourisme et les services.
Le changement de paradigme est indispensable, à la lumière du projet de co-organisation de la Coupe du Monde 2030, en vue de se pencher sur l’industrialisation du Pays et le développement des secteurs productifs gisements de croissance et d’emploi durable. La majorité des Pays, ayant organisé ou participer à l’organisation de ladite Coupe, ont rejoint la voie des Pays Emergents. La chance est donnée à notre Pays pour les cinq années à venir, mais on doit commencer dès maintenant.
De ce fait, le développement de l’Industrie marocaine constitue notre « Joker » d’ici l’an 2030. L’émergence du tissu entrepreneurial marocain dans les métiers industriels de transformation (textile, objets domestiques, produits alimentaires, objets électroniques, services digitaux…), mais à des prix compétitifs, constitueraient pour le Maroc des opportunités d’investissement en marge de ladite Coupe à l’Horizon 2030. Mieux encore, la professionnalisation des métiers de l’hôtellerie, de la restauration, et des loisirs consolideront la reconnaissance mondiale de la destination marocaine.
Par conséquent, plusieurs défis socio-économiques restent à relever et je citerai, entre autres :
- La mise à niveau et la digitalisation de nos infrastructures routières : les accès par voie d’autoroute aux Métropoles telles que Tanger et Casablanca, ne sont pas standardisés aux normes mondiales, et la question de la digitalisation de la gestion du trafic par les autorités publiques est incontournable. Plus que ça, il va falloir réaliser des extensions d’autoroute pour assouplir le trafic et réduire la pression sur les principales voies routières ;
- La réduction du taux chômage flagrant : la dernière enquête du Haut-Commissariat au Plan a fait ressortir un taux de chômage déclaratif de 21% auprès de la population marocaine. Par conséquent, l’enjeu majeur de la dynamique de ladite Coupe devrait être l’inversion de la tendance du non-emploi, en créant des projets pourvoyeurs de postes d’emploi dans les domaines sportif, hôtelier et de loisirs et divertissement, mais à condition de les faire perdurer pendant et après le Mondial 2030 ;
- La promotion du Maroc comme Fonds d’investissement rentable : de multiples investisseurs connaitront mieux le Maroc en marge des matchs de football qui se joueront au Pays. De ce fait, ça sera l’occasion propice de les attirer pour investir dans les secteurs productifs locaux au Maroc et sur les 12 régions du Royaume. L’objectif devait être de créer des pôles d’investissements régionaux capables de simuler la croissance et l’emploi auprès des jeunes ;
- L’atteinte des taux de croissance élevés à la lumière du Nouveau Modèle de Développement : le NMD prévoit de porter la part de la valeur ajoutée industrielle au Maroc de 25% à 50%, ceci devrait se traduire en effet par la réalisation de taux de croissance annuels aux alentours de 7% à l’horizon 2030 et jusqu’à 2035, afin de faire émerger le Maroc et en vue de le positionner sur les rails des Pays Emergents ;
- La réduction des inégalités et de la pauvreté : le Mondial est aussi une occasion pour l’accélération de l’ascension sociale des populations démunies et pauvres. A titre d’exemple, les pourtours des nouveaux terrains en construction, en l’occurrence quartiers et villages démunies, doivent tirer leur profit de la dynamique que connaitra le Maroc les cinq années à venir afin de s’intégrer dans le développement local et pour hausser aussi leur niveau socio-économique.
Dans cet ordre d’idées, la co-organisation de la Coupe du Monde de football 2030 ne devrait pas constituer pour le Maroc qu’un événement sportif mondial à faire réussir à travers des investissements en masse financés par du surendettement, mais en effet un outil stratégique qui consoliderait l’accélération du développement du Pays, et tout en saisissant l’occasion mondial afin de faire émerger les secteurs économiques gisements de productivité et de croissance durable.
Par Youssef Guerraoui Filali, Président du Centre Marocain pour la Gouvernance et le Management
