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Economie Nationale

Mohammed Jadri : « cette 1e baisse du taux directeur a un effet plus psychologique qu’économique »

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Interviewé par Imane Bouhrara I

La baisse du taux directeur de 25 points de base, la 1e après un resserrement monétaire et 4 statu quo, a été accueillie comme un levier de relance économique, d’investissement et d’amélioration des conditions de financement de l’économie. Pourtant, est-ce réellement suffisant ? Nous avons posé la question à Mohammed Jadri, économiste et directeur de l’Observatoire du Travail du Gouvernement (OTRAGO).

EcoActu.ma : Les dernières projections de croissance de BAM lors de son dernier conseil font ressortir des taux respectifs de 2,8% et 4,5% pour 2024 et 2025. Quelle appréciation faites-vous de ces taux. Ne réduisent-ils pas pour autant les chances pour le Maroc d’échapper au piège des pays intermédiaires ?

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Mohammed Jadri : Les taux de croissance de 2,8% en 2024 et 4,5% en 2025 demeurent insuffisants pour l’économie marocaine et des objectifs du nouveau modèle de développement qui aspire à un doublement le PIB de 130 milliards de dollars à 260 Mds de DH à horizon 2035. C’est dans ce sens que le NMD évoque la vitesse de croissance pour le Maroc. Une 1e vitesse entre 2021 et 2026 avec des taux de croissance entre 4 et 5%, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Et une deuxième vitesse de croissance supérieure à 6,7 et 8% au-delà de 2026.

Et c’est loin d’être le cas si l’on ne résolve pas deux grandes problématiques, la question du stress hydrique et celle de l’énergie.

Il faut accélérer la mise en œuvre de la feuille de route relative à l’eau et dotée d’un budget de 143 Mds de DH et qui devrait continuer la liaison entre différents bassins hydrauliques,  poursuivre la construction des stations de dessalement d’eau pour atteindre 36 en 2026-2027, continuer à bâtir des petits et moyens barrages mais aussi de poursuivre la réalisation des stations de traitements des eaux usées. Si l’on n’arrive pas à régler cette problématique de l’eau, on n’arrivera pas à avoir une valeur agricole à la hauteur de 3, 4 et 5 % de sorte à contribuer de 1 à 1,5 % au taux de croissance.

Idem pour l’énergie, puisque l’économie marocaine ne peut pas supporter une facture énergétique colossale comme celle de 2022 qui était de 15 Mds de dollars.

Je crois que d’ici 2026-2027, si rien n’est fait, le Maroc va cohabiter avec ces deux grandes problématiques en réalisant  des taux de 3, 3,5, voire 4 % au grand maximum qui ne sont pas suffisants pour la création de richesse et d’emplois.

Je rappelle juste que chaque année entre 300.000 et 400.000 jeunes arrivent sur le marché du travail alors que 4 % de croissance crée entre 60.000 et 80.000 postes d’emploi au grand maximum.

La relance de la dynamique de croissance s’impose pour pousser l’économie vers son meilleur potentiel de production et répondre aux multiples défis. De quelle marge de manœuvre dispose le gouvernement actuellement ?

Pour la relance économique, comme expliqué précédemment, il y a deux questions majeures auxquelles il faut trouver une réponse : l’eau et l’énergie. Cela se concrétise par des projets à court et moyen termes voir d’ici la fin de la décennie, notamment ceux relatif aux énergies renouvelables, etc.

Mais demeurent d’autres défis majeurs, notamment les obstacles et entraves à l’investissement en amont de l’acte d’investir, la question de rente, la problématique de la corruption, la concurrence et la fluidification des démarches administratives.

Je pense qu’il ne faut pas attendre d’avoir résolu la problématique de l’eau et de l’énergie pour se pencher sur les autres questions.

Mais d’ici là, si l’on arrive à régler les autres questions, on va relancer la croissance des secteur non-agricole, à savoir l’automobile, l’aéronautique, le textile, l’artisanat, le tourisme, l’agroalimentaire et d’autres secteurs de services… pour atteindre une croissance aux alentours de 4% au maximum.

A contrario, la croissance serait en étau entre 2% et 3 %, ce qui est loin de créer de emplois et de la richesse par l’économie marocaine.

Dans le même sillage, quel commentaire pouvez-vous nous faire de la décision de réduire le taux directeur à 2,75%  à un moment où les analystes financiers s’attendaient à un statu quo ?

À mon avis, Bank Al-Maghrib souhaite donner un signe positif ayant un impact psychologique auprès des investisseurs mais aussi auprès des ménages au Maroc.

Aujourd’hui, il est vrai que le prix du baril est stable autour de 82 dollars le baril, le taux d’inflation est entre 1 et 2% ce qui est adéquat pour l’économie marocaine. Toujours est-il qu’une réduction du taux directeur de 25 points de base ne va pas réellement changer grand-chose pour l’économie marocaine mais plutôt un effet positif sur le moral de sorte à inciter la consommation et pour signifier que la vague inflationniste est bien derrière nous.

Il faut attendre la 3e et 4e réunion de BAM, avec de nouvelles baisse à 2,5 et 2,25 de taux directeur pour espérer diminuer les taux d’intérêts qui sont passés de 4,26 à 5,4%.

Et pour qu’ils reviennent vers 4% il faut une réduction du taux directeur de 0,75% voire 1%, ce qui n’est pas le cas encore aujourd’hui

Jusqu’à quel degré le desserrement de l’étau monétaire peut-il être d’un grand apport pour la dynamique de l’investissement et la relance de l’activité ?

Ça reste relatif. En général, la politique monétaire au Maroc a un impact positif certes mais c’est relatif parce que le Maroc a une économie exceptionnelle marquée par une prédominance de l’informel et le taux directeur n’impacte ni la politique monétaire de BAM ni l’informel.

C’est la raison pour laquelle le resserrement monétaire n’avait pas eu de grand impact sur la consommation et la demande interne qui ont progressé et même l’encours du crédit qui a augmenté malgré la hausse des taux d’intérêts.

C’est dire que la relance est portée par d’autres facteurs d’ordre économique notamment les problématiques liées la rente, à la chaîne d’approvisionnement avec nombre d’intermédiaires, de spéculateurs et monopoleurs, qui conduisent à une détérioration du pouvoir d’achat des Marocains.


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