Le Maroc connaît un virage majeur pour tenter de donner une inclinaison plus sociale de son développement, après deux décennies de croissance majoritairement tirée par les investissements dans les infrastructures. Le chantier de la généralisation de la protection sociale pour tous les Marocains, voulu par Mohammed VI et annoncé en pleine pandémie, passe désormais à la mise en œuvre. Revue de détail
À l’heure où la pandémie et les tensions inflationnistes monopolisaient l’attention de toute la planète, aux portes de la rive sud de la Méditerranée, une révolution silencieuse a commencé à s’opérer au royaume chérifien avec la réforme du système de protection sociale, lancée en 2021, et qui devrait à terme sortir l’économie marocaine de l’informel.
En effet, depuis le déclenchement de la pandémie, le roi du Maroc a fait le pari de corriger les distorsions sur plan social engendrées par la croissance à grande vitesse observée ces deux dernières décennies. Dans les faits, les avancées économiques, largement propulsées par d’importants investissements dans les infrastructures, ont favorisé la régression de l’extrême pauvreté et l’émergence d’une classe moyenne de plus en plus dense, sans pour autant réduire les disparités socio-économiques.
De quoi comprendre le changement de logiciel opéré récemment par la plus haute autorité de l’État. En clair, dans le royaume de Mohammed VI, la croissance économique doit impérativement aller de pair avec le développement social et humain.
C’est dans ce sillage que s’inscrit le processus d’universalisation de la couverture sociale qui devrait profiter à tous les Marocains à horizon 2025. A moins d’un an de l’échéance fixée par le souverain chérifien, ce chantier de l’État social, le plus stratégique du règne de Mohammed VI qui fête cette année le 25e anniversaire de son accession au trône, se trouve, aujourd’hui, dans une phase cruciale. Après la généralisation de l’assurance maladie obligatoire et l’activation de l’aide sociale directe, le Maroc opère désormais une décompensation partielle de la subvention du gaz butane, qui vient de démarrer le 20 mai dernier. Cette mesure, qui s’inscrit dans le cadre du plan d’universalisation de la couverture sociale, devrait améliorer le ciblage des aides directes et permettre ainsi une meilleure redistribution des richesses. Que faut-il donc savoir sur cette réorientation qu’opère le Maroc vers un « État social » ? Éléments de réponse.
Le grand virage stratégique du royaume chérifien
Si l’extension de l’assurance maladie obligatoire (AMO) à tous les Marocains a visé 22 millions nouveaux bénéficiaires, le programme d’aides sociales, lui, vient soutenir 60 % des foyers non couverts par un régime de protection sociale. Concrètement, ce vaste plan devrait rehausser le niveau de vie de 7 millions d’enfants et de 3 millions de familles.
La Banque Mondiale y voit « des progrès significatifs » qu’elle soutient avec un prêt de 500 millions de dollars destiné à « améliorer la protection des populations les plus vulnérables contre les risques sanitaires et climatiques, étendre le système de protection sociale et renforcer la résilience face aux événements catastrophiques », souligne un communiqué publié le 19 décembre dernier par cette institution multilatérale.
Jusque-là, ce programme a déjà atteint une importante cible, enregistrant 3,6 millions de foyers dans le Registre Social Unifié (RSU) jusqu’à la fin d’avril 2024. Il convient de noter que la généralisation de la couverture médicale a concerné plus 4,2 millions de foyers.
Outre l’extension de la couverture sociale, le gouvernement a aussi lancé un programme d’aide au logement sur trois ans visant 330 000 foyers. Plus récemment, une revalorisation salariale a été annoncée, en avril dernier, pour les fonctionnaires et les salariés des secteurs public et privé, ce qui devrait accroître le pouvoir d’achat de plus de 4 millions de foyers marocains.
Face aux différents chocs exogènes, dont le séisme d’Al Haouz qui a frappé le centre du pays la nuit du 8 septembre 2023, l’Exécutif s’est mis en ordre de marche pour exécuter le plan d’urgence, lancé par le souverain chérifien, de 120 milliards de dirhams, sur cinq ans.
Et puisque le financement de l’aide sociale directe tout en supportant l’intégralité du coût du système de compensation n’aurait pas été possible, le pays s’est engagé dans la réforme du système de subvention des prix de gaz butane, qui représente environ 24% de la consommation nationale totale de produits pétroliers. Dans les faits, les allocations familiales se substituent désormais aux subventions accordées par le fonds de compensation marocain sur les produits de base, tels que le gaz, le pain et le sucre.
Ainsi, cette opération de décompensation s’est traduite par « une hausse de 2,5 dirhams du prix de la bouteille de gaz de 3 Kg et de 10 dirhams de celle de 12 Kg», indique un communiqué du département marocaine de l’Économie. L’objectif affiché par l’Exécutif est de dégager les marges budgétaires nécessaires au financement du programme des aides sociales. Une décision majeure considérée par de nombreux observateurs comme « un virage stratégique » dans la gestion des finances publiques.
La détermination des autorités marocaines à mettre en œuvre les réformes structurelles prévues est ainsi vue d’un bon œil par le Fonds monétaire international (FMI), qui affirme dans son rapport annuel que l’économie marocaine continue de « faire preuve de résilience malgré les effets du stress hydrique, le séisme de septembre 2023 et une conjoncture extérieure difficile ». Les projections de cette institutions de Bretton Woods tablent sur une croissance de 3,1% cette année et 3,3% en 2025.
Si le taux de chômage des jeunes a atteint un niveau historique, le gouvernement, lui, continue de placer ses espoirs dans le parachèvement des chantiers structurants du pays, qui devraient favoriser la résorption de l’économie informelle.
Pour autant, la politique sociale impulsée par le roi Mohammed VI commence d’ores et déjà à porter ses fruits. Il faut le dire, le Maroc se place désormais au 120ème rang dans le classement du Programme des Nations unies pour le développement humain (PNUD), gagnant ainsi 3 places cette année. De quoi démontrer que le progrès économique recherché ne peut être réalisé que par une quête continue du développement humain. (Agence Ecofin)







