PLF 2026 : le Maroc entre ambitions colossales et grands défis

Ecrit par Soubha Es-Siari I
La lettre de cadrage du PLF 2026 affiche des ambitions inédites : souveraineté énergétique, transformation industrielle, justice sociale. Mais ces ambitions resteront des lettres mortes si elles ne s’accompagnent pas d’une réforme profonde de la gouvernance de l’investissement public, d’un pacte fiscal rénové et d’un partenariat durable avec le secteur privé.
Au cours de la dernière décennie, le Maroc a investi massivement comme en attestent les budgets alloués dans les dernières Lois de Finances. Celui de 2026 table sur 300 Mds de DH. Toutefois, force est d’admettre que malgré ces investissements colossaux, le taux de croissance oscille bon an, mal an autour de 3% et reste fortement dépendant des aléas climatiques. Aujourd’hui tout l’enjeu est d’assurer des investissements viables, durables et à forte valeur ajoutée. Sans cela, les milliards ne seront que des chiffres pas plus.
Dans les économies avancées, le multiplicateur d’investissement (effet d’un dirham investi par l’État sur la richesse créée) est souvent proche ou supérieur à 1. Ce multiplicateur dépend de paramètres concrets. Le premier est l’efficacité administrative. Or, nous savons que les lourdeurs bureaucratiques, les délais de déblocage des fonds, les procédures opaques grignotent encore l’efficacité des projets qui parfois même sont foireux. Un deuxième paramètre est le contenu local des investissements. Si une part significative de l’investissement public se traduit par des importations (machines, expertise, matériaux), le multiplicateur s’évapore. C’est comme une épée dans l’eau.
Sur un autre registre, comme nous n’avons eu de cesse de le dire, l’Etat à lui seul ne peut garantir cette croissance escomptée et espérée dans la note de cadrage pour intégrer le cercle des pays émergents. Toute économie pour avancer et aller de l’avant a besoin de ses deux jambes. Pour ce faire, le secteur privé est appelé à assumer pleinement son rôle. Toutes les économies qui ont connu un bond spectaculaire de la croissance, l’ont connu grâce à la participation active du secteur privé dans la création de la richesse. Au Maroc, le secteur privé n’aime pas trop s’aventurer préférant les valeurs sûres pour différentes raisons pour ne citer que l’instabilité fiscale. Un chantier sur lequel se sont attelés les gouvernements au cours des dernières années pour parvenir à un système fiscal stable qui n’évolue pas au gré des aléas et qui dissuade par ailleurs les investisseurs étrangers.
En sus de la fiscalité, un autre obstacle lié à la complexité administrative et réglementaire s’érige face à l’investissement étranger. Bien que des efforts considérables aient été déployés pour digitaliser les services publics et simplifier les démarches, les lourdeurs bureaucratiques restent un frein majeur pour les investisseurs. La multiplicité des interlocuteurs institutionnels, la lenteur des procédures d’obtention des autorisations et la persistance de certaines pratiques informelles créent un environnement qui peut dissuader les acteurs économiques cherchant une plus grande fluidité et prévisibilité dans leurs investissements.
Les échéances sociales sont fondamentales et nous ne pouvons plus nous permettre de refaire les erreurs commises de par le passé sinon tous les efforts déployés se solderaient par un échec. Les mêmes causes produiront les mêmes effets.
