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Édito

Presse : quand l’autorégulation vire à l’autodestruction

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Écrit par Imane Bouhrara I

Paul Nizan, auteur de « Les chiens de garde » en 1932, devrait se retourner dans sa tombe s’il assistait à ce qui se passe actuellement dans le secteur de la presse au Maroc.

Pour sa part, Serge Hlimi, auteur de « Les nouveaux chiens de garde », doit rire aux éclats face à cette situation kafkaïenne que nous vivons.

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J’ose à peine imaginer l’expression outre-tombe de feu Khalid Jamaï, ce vétéran qui a défendu bec et ongles la liberté de la presse à son corps défendant et une position critique aux discours et différents pouvoirs.

A quelque chose malheur est bon, l’opinion publique vient de découvrir les heures sombres que vit le secteur de la presse et ce qu’endurent les journalistes au Maroc.

La vidéo d’El Mahdaoui, et après ?

Le journaliste Hamid El Mahdaoui a en effet ouvert fin novembre la boîte de pandore. Il a provoqué un véritable séisme mettant à nu comment une autorégulation de la profession s’est transformée en autodestruction.

Il est légitime de se demander combien de journalistes ont fait les frais de pareil traitement, voire de dénigrement de la part d’une commission que personne n’a choisie.

Une Commission de Déontologie de la Profession et des Affaires Disciplinaires qui fait montre d’une partialité criarde, d’un manque de professionnalisme sans précédent et d’une ignorance des dispositions de la loi et qui a pourtant agi des années durant à prononcer des sanctions dont les retombées peuvent être lourdes pour les journalistes et les entreprises de presse.

Comment juger si l’on ignore les dispositions de la loi ? Cela sans oublier les propos échangés lors de la réunion des « sages » désignés par le gouvernement pour présider au destin de la profession.

Quelle décadence !

Hormis le tollé créé par les avocats et la réaction de l’opinion publique face au plus triste épisode dans l’histoire de la presse, aucune autre réaction ne s’est produite comme si cela était normal, insignifiant.

Une réforme à huis clos

Les déboires de la presse ont commencé juste après avoir crié victoire avec l’avènement historique du Conseil National de la Presse en 2018. L’autorégulation du secteur de la presse a-t-elle été perçue comme une menace ? Pour qui ?

L’expérience qui a été de courte durée atteste d’une stratégie bien ficelée pour vider le CNP de sa substance, lui arrondir les griffes. D’ailleurs, une « réforme » du cadre réglementaire du CNP est sortie de nulle part sans aucune profondeur ni retour sur expérience de l’autorégulation qui n’aura duré qu’un mandat.

Pendant des mois et des années, des fédérations et des associations de presse dénonçaient une forme d’interventionnisme sans précédent et qui ne se cache pas.

Le parti pris de la tutelle était trop  criard, excluant la majeure partie de la profession de cette réforme qui s’est déroulée à huis clos et portée par cette commission désignée et non élue donc n’ayant aucune légitimité de parler en notre nom… et surtout quelle crédibilité après la vidéo scandale dévoilée par El Mahdaoui.

Permettez-moi de douter de sa qualification à pondre une quelconque réforme et surtout en si peu de temps.

Surtout lorsqu’on sait que certaines batailles menées par le secteur de la presse duraient des décennies avant d’aboutir.

Voilà donc ce qui se passe. Il n’a pas suffi de diviser ce secteur embourbé dans une guerre fratricide, il fallait l’inscrire dans le marbre avec ces deux projets de loi qui n’ont jamais fait l’objet de concertation de la part de la profession, pourtant première concernée par le cadre qui va régir son travail.

Il ne s’agit plus à ce stade d’un précédent mais d’une dérive.

Comment prétendre défendre la profession, lorsqu’on dénigre les professionnels et qu’on les exclut du débat qui n’a pas eu lieu par ailleurs ?

Certes le secteur de la presse a toujours été tel un SDF balloté de mains en mains, tantôt ministère tantôt portefeuille et associé parfois à l’Intérieur, le tourisme et même fourré avec la solidarité, la Femme, la Famille et le Développement Social entre 2016 et 2017 mais souvent associé à la jeunesse et le sport.

Trouvez le lien, je n’en vois aucun sinon réduire le quatrième pouvoir à un portefeuille sous tutelle. Soit. Pourquoi continuer dès lors à faire semblant ?

Qui pour sauver les journalistes ?

Il est illusoire de croire que quelque chose va changer d’elle-même, puisque les institutions censées réagir et rétablir l’ordre ont gardé un silence ambigu, d’autant qu’elles ont été éclaboussées par le scandale. Le récit d’El Mahdaoui et la vidéo qui a fait le tour du Maroc et ailleurs, comportent des éléments très graves. Pourtant, aucune enquête n’a été ouverte pour établir les faits.

Tant pis, la Vox Populi a parlé !

Les sorties du ministre, elles, n’ont qu’attisé la frustration des journalistes et de l’opinion publique, avant de sortir une fois de plus expliquer la prise en compte de 80 des 90 remarques formulées, notamment par le CESE et le CNDH.

Quand et comment, sachant que les projets de loi ont été déjà adoptés par la première chambre dans sa mouture dénoncée par les journalistes ?

La question aujourd’hui est simple : qui pour sauver les journalistes de cette décadence ? Ils ne devront leur salut qu’à eux-mêmes, ce n’est pas pour rien qu’ils sont les leaders d’opinion et ils sont les gardiens de la liberté d’information comme un droit fondamental des Marocains. Un droit inscrit dans la Constitution 2011 et un devoir que tout journaliste professionnel doit défendre en âme et conscience. C’est primordial pour la bonne marche de l’État de droit et des institutions qu’est le Maroc. Une bonne marche qui ne tolère aucune collusion entre pouvoirs, au service d’une bonne reddition des comptes.

La bataille sera rude pour mettre fin à cette mascarade et ce triste feuilleton qui a commencé en 2020 pour s’achever espérons-le en 2025.

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