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Economie

[Entretien] T. Kamil (FNPI) : « La cherté du foncier dans les grandes villes relance le logement social »

logement FNPI

Interviewé par Lamiae Boumahrou I

Depuis son lancement en janvier 2024, le programme d’aide directe au logement a suscité un engouement avec 8.500 personnes ayant déjà bénéficié au 19 avril. Mais cet engouement traduit-il réellement la réussite de ce programme à l’échelle nationale. Le point avec Taoufik Kamil, président de la Fédération Nationale des Promoteurs Immobiliers du Maroc (FNPI) sur les premiers freins du programme ainsi que les pistes d’amélioration pour atteindre les objectifs escomptés. 

EcoActu.ma : 4 mois après son lancement, le programme d’aide directe au logement a certes suscité un engouement des Marocains pour l’acquisition d’un bien mais a aussi montré quelques limites. Quel bilan pouvez-vous dresser de ce démarrage ?

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Taoufik Kamil : Certes le bilan est généralement positif pour le moment. Ce programme non seulement permettra à la classe moyenne d’acquérir un bien mais il va dynamiser le secteur de l’immobilier. Toutefois, comme tout programme, il y a des difficultés dans l’exécution dudit programme notamment dans les grandes villes à cause de la rareté et la cherté du foncier. Cet obstacle empêche les promoteurs à mettre sur le marché des biens destinés à la classe moyenne entre 300.000 DH et 700.000 DH. 

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Après il faut choisir si l’on veut garder cette classe moyenne dans le périmètre urbain ou à l’extérieur. Le cas de Casablanca, le peu de foncier qui existe est très mal géré avec des plans d’aménagement qui n’ont pas pris en considération ce segment de produit. Et malgré leur forte volonté d’adhérer à ce programme, les promoteurs trouvent d’énormes difficultés dans les grandes villes.

Et contrairement à ces dernières, il y a une offre dans les petites villes mais peu de demandes. C’est pourquoi nous pensons que le programme tel qu’il a été conçu ne permettra pas de résorber le déficit en logement notamment dans les villes où la demande est plus forte que l’offre. Nous avons tenu des réunions avec la ministre de tutelle, qui est consciente de ces contraintes et elle est disposée à améliorer le dispositif.

Ce problème de foncier dans les grandes villes n’est pas nouveau mais une donne connue des pouvoirs publics au moment du lancement du programme. Et pourtant le programme destiné majoritairement à la classe moyenne a été lancé sans la prendre en considération. Comment l’expliquez-vous ?

Certes cette contrainte était connue mais il fallait absolument lancer ce programme. Cela a permis de voir sur le terrain la réalité des contraintes que nous soulevions à la tutelle. Lors de la dernière réunion que nous avons tenue avec la tutelle, la ministre était très ouverte à nos propositions notamment pour remédier à l’indisponibilité de ce segment dans les grandes villes. Je tiens à préciser que grâce à ce programme des villes comme Fès, Mekhnès, Kenitra…, ont connu une dynamique et une relance du logement.

Quelles sont les mesures urgentes que vous avez proposées pour la prochaine Loi de Finances pour garantir la réussite de ce programme ?

Parmi les points en étude, la pertinence de la condition d’éligibilité relative au permis d’habiter dont la date a été fixée au 1er janvier 2023 ainsi que la révision du recours à la dérogation dans quelques zones. Aujourd’hui, dans le cas du relogement des personnes vivant dans les bidonvilles, les pouvoirs publics ont procédé à la dérogation de zones qui étaient auparavant des zones D1 et D2 pour les villas en zones R+6.

Certes l’anarchie de la dérogation a créé des problèmes dans le passé mais cette voie permet de régler plusieurs problèmes. Nous appelons donc à la rationalisation du recours à la dérogation.

Pour pallier le problème du foncier, est-il envisageable d’adapter l’aide en fonction de la zone ou de la région ?

Il était question que le programme prenne en considération la régionalisation. Malheureusement, il est difficile à mettre en place une aide au logement taillée sur mesure par zone ou par région. Le cas de la région Casablanca-Settat : on ne peut pas proposer une seule offre partout sachant que chaque zone de la région est complètement différente. C’est pourquoi cette proposition du FNPI n’a pas été retenue. 

Depuis le lancement du programme, plusieurs questions se posent sur l’avenir du stock de logement social (250.000 DH) déjà existant et que les promoteurs avaient continué à produire après la fin des exonérations fiscales. Où en êtes-vous aujourd’hui de la commercialisation dudit stock ? Ce stock est-il commercialisé dans le cadre du nouveau programme ?

Il est vrai qu’entre la fin des exonérations et le lancement du nouveau programme, il y a eu une période d’attentisme de la part des citoyens mais aussi une communication claire de la part des pouvoirs publics notamment sur les critères des 2 produits à savoir 250.000 DH et 300.000 DH.

Aujourd’hui, nous avons senti que les citoyens ont compris la difficulté qui existe actuellement qui s’est traduite par la relance de la commercialisation du logement social.

Nous ignorons le volume de ce stock mais il commence à bouger.

Concernant la question de la commercialisation du stock de 250.000 DH à 300.000 DH, ce sont des allégations. A ma connaissance aucun promoteur n’a recouru à une telle pratique.

Qu’est-ce qui va motiver les acquéreurs à aller vers un bien de 250.000 DH alors qu’ils ont accès à un bien de 300.000 DH dont ils ne vont payer que 200.000 DH ?

C’est le manque de foncier. Après 4 mois du lancement du programme, les acquéreurs se sont rendu compte que l’offre de 300.000 DH n’existe pas dans le centre-ville et périphérie. Ils sont obligés de s’éloigner du centre. C’est ce qui explique le retour de l’intérêt pour le logement social. 

Les promoteurs immobiliers sont souvent pointés du doigt notamment en raison du non-respect du cahier des charges en matière de qualité des biens mais aussi l’application du noir. Comment éviter les mêmes erreurs ?

Pour lutter contre ce problème nous avons toujours demandé un statut de promoteur. Malheureusement, le secteur est ouvert à tout le monde. Ce qui explique certaines pratiques. Concernant le noir, nous sommes fiers en tant que fédération d’avoir combattu cette pratique. Toutefois, nous n’avons pas le pouvoir de sévir. D’où l’importance de la mise en place du statut de promoteur. La tutelle nous avait envoyé un projet pour étude. Nous avons émis nos remarques et nous attendons la prochaine étape. Ce projet doit répondre à toutes les problématiques du secteur.

 

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