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Chronique

Résultats de la nouvelle enquête nationale sur l’emploi : quelle nouvelle approche ?

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La nouvelle enquête nationale sur l’emploi constitue aujourd’hui un nouveau socle permettant de mieux appréhender les indicateurs socio-économiques du Maroc, à l’approche de la fin du mandat du gouvernement d’Aziz Akhannouch. Cette nouvelle enquête, autour du travail et la main-œuvre potentiel, introduit plusieurs changements méthodologiques et conceptuels relatifs à la définition de l’emploi et à la mesure du chômage, dans un contexte politique marqué par la préparation des élections législatives de 2026.

Cependant, l’approche adoptée par le Haut-Commissariat au Plan demeure essentiellement technique et limitée dans sa portée. Certes, la taille de l’échantillon a été élargie, passant de 90.000 à 135.000 ménages, avec une actualisation de la base statistique fondée sur les résultats du Recensement Général de la Population et de l’Habitat de 2024. Néanmoins, la nouvelle méthodologie repose sur une définition restrictive du chômage, exigeant trois conditions simultanées : être sans emploi, disponible pour travailler et en recherche active d’emploi.

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Dans cette logique, les chiffres publiés apparaissent cohérents d’un point de vue technique, mais ils restent insuffisants pour refléter pleinement la réalité du marché du travail. Le nouveau taux de chômage, fixé à 10,8 %, réduit statistiquement l’ampleur du phénomène sans pour autant correspondre au ressenti réel des citoyens, en l’occurrence un vécu qui ne peut être ignoré.

Il convient de rappeler qu’avant ce changement méthodologique, le taux de chômage avoisinait les 13 %. Aujourd’hui, nous parlons d’un nouvel indicateur basé sur une définition plus étroite du chômage. Pourtant, en 2025, le Maroc a perdu plus de 107.000 emplois non rémunérés, principalement dans le secteur agricole. Par ailleurs, chaque année, plus de 400.000 personnes (diplômés universitaires ou jeunes en âge de travailler) arrivent sur le marché de l’emploi               et sont à la recherche d’opportunités professionnelles. Dans ce contexte, l’efficacité et la crédibilité de cette nouvelle méthode de calcul restent discutables face à la réalité du chômage dans notre pays.

De ce fait, disposer de données précises et globales sur le marché du travail est essentiel pour éclairer les politiques publiques et orienter les gouvernements successifs sur la situation réelle des personnes sans emploi ou en âge d’activité. Une approche plus complète du concept de travail permettrait ainsi de repenser les politiques de l’emploi afin d’améliorer durablement le fonctionnement du marché du travail marocain.

Dans cet ordre d’idées, la nouvelle approche devrait accorder davantage l’importance au taux de participation à la population active. Selon la dernière enquête, la main-œuvre ou travailleurs potentiels représentent 11.617.000 personnes, soit 41,8 % de la population en âge d’activité, estimée à 27.775.000 personnes. Il convient également de distinguer la notion de « population active » de celle des « personnes occupant un emploi rémunéré », dont le nombre atteint 10.364.000 personnes, soit 37,3 % de la population en âge de travailler.

En réalité, le chômage au Maroc demeure fortement lié à la faiblesse de la productivité dans les secteurs non agricoles, notamment l’industrie et les services, ainsi qu’au faible rendement des investissements qui ne génèrent pas suffisamment d’emplois. Le pays a besoin de niveaux de croissance élevés, proches de 7 % du PIB, afin de créer une véritable dynamique capable d’équilibrer l’offre et la demande sur le marché du travail.

Par ailleurs, il devient indispensable de renforcer la qualification des compétences et de former les ressources humaines aux nouveaux métiers afin de faciliter leur intégration professionnelle. Dans de nombreux cas, les profils disponibles ne répondent pas aux exigences de qualité du marché, obligeant les employeurs à assurer des formations complémentaires ou à renoncer au recrutement.

Les métiers industriels figurent parmi les principaux secteurs capables d’absorber le chômage. Cela concerne notamment l’industrie agroalimentaire, les énergies renouvelables, les équipements électroniques, l’aéronautique, l’industrie automobile, ainsi que les secteurs de la digitalisation et de l’intelligence artificielle. Le développement des secteurs des services et du tourisme demeure également essentiel, compte tenu de leur fort potentiel en matière de création d’emplois. De même, le secteur agricole et l’artisanat marocain doivent continuer à être soutenus et modernisés.

Concernant l’investissement public, notamment dans les infrastructures et les plateformes industrielles, celui-ci doit constituer un véritable levier pour encourager l’investissement privé productif et créateur d’emplois durables. Il devient également nécessaire de lancer de véritables partenariats entre les secteurs public et privé dans des domaines stratégiques à forte valeur productive. L’objectif est de favoriser la création d’emplois stables, tandis que l’État doit jouer un rôle d’accompagnement, de facilitation et de soutien aux projets d’investissement.

Enfin, il est impératif de simplifier les procédures administratives liées aux investissements nationaux et étrangers, qu’il s’agisse de la création de complexes industriels ou des activités d’exploitation et de production, notamment pour les projets à fort potentiel d’emploi durable. Il convient également d’encourager l’initiative privée et l’entrepreneuriat à travers des mécanismes de financement et d’accompagnement favorisant l’auto-emploi. Le renforcement du capital humain reste, quant à lui, un facteur essentiel pour améliorer la compétitivité du marché du travail marocain et orienter davantage les investissements vers la productivité et la création d’emplois.

Par Youssef Guerraoui Filali

Président du Centre Marocain pour la Gouvernance et le Management

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