SCF : le Maroc passe à la vitesse supérieure pour moderniser sa chaîne d’approvisionnement financière

Le Ministère de l’Économie et des Finances, en partenariat avec la Société Financière Internationale (SFI) et Bank Al-Maghrib, a officiellement lancé la stratégie nationale de financement de la chaîne d’approvisionnement (Supply Chain Finance – SCF). Ce chantier stratégique vise à moderniser les mécanismes de financement des entreprises marocaines.
Le paysage financier marocain franchit ainsi une nouvelle étape. Lors d’un événement de haut niveau, organisé conjointement par le ministère de l’Economie et des Finances, BAM et SFI, tenu récemment, les fondements de la nouvelle stratégie nationale de la Supply Chain Finance ont été dévoilés. Ce projet, qui a bénéficié d’un accompagnement technique de la SFI et du soutien financier de partenaires internationaux tels que la Suède, la Suisse et le Royaume-Uni, marque une volonté de renforcer la résilience du tissu productif national.
L’événement a été l’occasion de souligner l’engagement collectif des forces vives du secteur : départements ministériels, régulateurs, organismes de garantie, ainsi que les acteurs des secteurs public et privé.
Après une première phase de cadrage initiée en janvier 2025, les autorités monétaires et financières passent désormais à l’étape opérationnelle en présentant les leviers et la feuille de route de cette réforme.
L’affacturage : pilier historique et levier d’avenir
Au cœur de cette stratégie se trouve l’affacturage. Présent au Maroc depuis la fin des années 1980, ce mécanisme s’est d’abord consolidé sur les transactions internationales avant de s’étendre au marché domestique.
Abderrahim Bouazza, DG de BAM a rappelé dans son discours d’ouverture que le précédent historique de 2018 : une opération exceptionnelle d’affacturage des crédits TVA avait permis d’injecter 26 Mds de DH dans la trésorerie des entreprises, accélérant ainsi l’apurement des arriérés de l’État. C’est sur ce succès que la nouvelle stratégie souhaite capitaliser pour généraliser l’accès aux liquidités.
Et d’enchaîner : » Bien qu’en progression continue, la pénétration de l’affacturage dans le marché bancaire national reste limitée comparativement à d’autres pays. Cependant, la Suply chain finance, qui intègre plusieurs mécanismes et services innovants, présente un potentiel de financement très important, d’autant plus que la croissance économique suit une trajectoire appréciable ».
En apportant une nouvelle brique à l’infrastructure des transactions économiques, la supply chain Finance devrait contribuer au processus de modernisation du tissu productif national et renforcer sa compétitivité, en particulier celui des TPME. Elle s’inscrit ainsi dans la dynamique des réformes financières menées au Maroc au cours de ces dernières années, comme celles portant sur les crédits bureaux, les délais de paiement, la facture électronique, le paiement numérique, ou le Registre National Electronique des Sûretés Mobilières.
Rentre également dans le cadre de ces réformes, la Charte TPE adoptée en décembre écoulé et dont la mise en œuvre est en cours. Cette Charte vise à faciliter le financement bancaire de ce segment d’entreprises avec le support d’une plateforme de scoring des risques et un dispositif d’accompagnement mieux structuré des TPE.
En plus des considérations macro-économiques, la SCF, en tant que plateforme digitale, intégrant notamment des donneurs d’ordres, des fournisseurs et des banques, devrait constituer un levier de transformation des pratiques :
- de gestion des relations et transactions commerciales en instaurant la confiance entre les parties prenantes ;
- L’évaluation du risque du poste clients ;
- et de financement des besoins des entreprises en réduisant les délais de paiement et en optimisant la gestion de la trésorerie.
L’objectif est clair : transformer les relations commerciales en opportunités de financement immédiat. En digitalisant les processus et en impliquant banques et sociétés d’affacturage, la stratégie SCF ambitionne de soulager durablement la pression sur la trésorerie des PME, souvent fragilisées par les délais de paiement.
Bien que la progression du secteur soit constante, ce nouveau cadre stratégique devrait permettre de passer à une vitesse supérieure, intégrant davantage de flexibilité et d’innovation technologique dans les circuits de financement.
