Ecrit par Soubha Es-Siari I
Le Salon International de l’Agriculture au Maroc (SIAM) ouvre ses portes ce lundi 20 avril à Meknès. Devenu au fil des ans un rendez-vous crucial pour les opérateurs du secteur, cette édition 2026 place la souveraineté alimentaire et la durabilité au cœur des débats, dans un contexte climatique de plus en plus exigeant.
Plateforme majeure d’échanges, le SIAM reste un carrefour indispensable pour le partage d’expertises, notamment avec les partenaires africains confrontés à des défis climatiques similaires. Cette année, le salon s’aligne sur les priorités de la stratégie Génération Green 2020-2030, avec une ambition claire : réduire la vulnérabilité du Royaume face aux chocs extérieurs.
Malgré les ambitions du plan Génération Green, le Maroc demeure exposé aux fluctuations des marchés mondiaux pour ses denrées de base. La production nationale de céréales, structurellement fragile, ne suffit pas à couvrir une consommation nationale qui figure parmi les plus élevées au monde. En 2026, le pays doit encore s’appuyer sur des importations massives en provenance des États-Unis et d’Europe pour stabiliser les prix et prévenir les tensions sociales.
Cette menace sur la souveraineté s’étend également aux intrants. La dépendance aux aliments de bétail (maïs, soja) et aux engrais importés, dont la volatilité des prix pèse lourdement sur la balance commerciale, oblige les décideurs à repenser le modèle de production.
Le défi majeur reste le « découplage » de la production agricole vis-à-vis des aléas de la pluie. Face à une météo extrême — caractérisée par des chaleurs intenses et des crues soudaines — les analystes prônent une accélération de la transition technologique :
- Irrigation de précision et généralisation du dessalement de l’eau de mer.
- Adoption de variétés de cultures résistantes au stress thermique.
- Refonte des calendriers agricoles pour s’adapter aux nouveaux cycles climatiques.
Le secteur de l’élevage n’est pas en reste. Pour faire face au stress hydrique, l’effort porte sur l’amélioration génétique des cheptels et la modernisation des filières (lait, viandes rouges et volailles). L’objectif est d’intégrer des pratiques d’élevage plus respectueuses de l’environnement tout en garantissant la rentabilité des exploitations.
En somme, le Maroc cherche à rompre définitivement avec un modèle de croissance extensive pour basculer vers une agriculture de précision, résiliente et souveraine. Le SIAM 2026 ne devra donc pas être juste une vitrine de produits, mais le laboratoire d’une sécurité alimentaire nationale en pleine mutation.
Si le SIAM 2026 réaffirme la volonté politique du Maroc de bâtir une « forteresse » alimentaire, cette ambition se heurte à des paradoxes structurels persistants. Le passage d’une agriculture de subsistance à une agriculture de précision ne pourra se faire sans pouvoir les affronter.
Le succès du modèle marocain dépendra par ailleurs de sa capacité à inclure tous les acteurs de la chaîne de valeur, en veillant à ce que la durabilité ne soit pas un luxe, mais le socle d’un nouveau contrat social rural. C’est tout le mal que nous lui souhaitons.

