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Economie

S&P confirme la note du Maroc à « BBB-/A-3 » avec une perspective stable

S&P Dette au Maroc

Le Maroc a vu sa notation souveraine confirmée à «BBB-/A-3» par S&P Global Ratings, assortie d’une perspective stable, reflétant un équilibre délicat entre réformes structurelles soutenant la croissance et vulnérabilités persistantes.

L’agence S&P Global Ratings a confirmé, vendredi 27 mars, la note souveraine du Maroc à «BBB-/A-3», en lui conservant une perspective stable, tout en décrivant un paysage économique traversé de forces contradictoires. L’institution souligne que «la perspective stable équilibre un solide élan de réformes structurelles, soutenant une croissance du PIB plus élevée, contre des incertitudes significatives liées à la guerre au Moyen-Orient, un faible PIB par habitant et un chômage élevé».

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L’agence met en évidence une exposition directe aux chocs exogènes. Elle constate que «le Maroc demeure exposé aux retombées du conflit au Moyen-Orient, notamment via l’augmentation des coûts d’importation d’énergie, les perturbations d’approvisionnement et un affaiblissement de la demande extérieure». Cette dépendance se révèle d’autant plus marquée que le pays importe plus de 90 % de ses besoins énergétiques, les hydrocarbures représentant environ 15 % des importations totales.

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Dans ce contexte, l’équilibre budgétaire demeure sous tension. L’agence avertit que «des mesures de soutien budgétaire destinées à amortir l’effet de l’inflation sur les ménages et les entreprises pourraient ralentir le rythme d’assainissement budgétaire». Elle précise que toute déviation significative des performances budgétaires ou toute dégradation de la position extérieure pourrait entraîner une révision à la baisse de la notation.

À l’inverse, une amélioration substantielle des indicateurs économiques ouvrirait la voie à une revalorisation. S&P Global Ratings indique en effet qu’«une hausse des notations pourrait intervenir si la croissance économique et la position budgétaire s’améliorent au-delà des prévisions actuelles ou si des avancées significatives sont réalisées vers un régime de change plus flexible».

L’agence décrit une économie marocaine qui résiste et progresse, malgré les tensions internationales. Elle prévoit que la croissance du PIB réel atteindra en moyenne 4,4 % sur la période 2026-2029, après une performance supérieure aux attentes en 2025. Elle précise que «la croissance du PIB réel devrait en moyenne s’établir à 4,4 % sur 2026-2029, après un résultat plus élevé que prévu l’an dernier».

L’année 2025 marque un tournant, avec une croissance estimée à 4,8 %, supérieure aux 4,2 % anticipés en septembre 2025. Cette progression repose sur une activité soutenue dans les secteurs minier, agricole, industriel, de la construction et de la production d’électricité. Dans le même temps, l’investissement a bondi de 17 % en glissement annuel.

Le marché du travail demeure toutefois sous tension. Après la destruction de 900 000 emplois agricoles entre 2019 et 2025, le taux de chômage recule légèrement, passant de 13,3 % à 13,0 %, malgré une création nette de 193 000 emplois et une nouvelle perte de 41 000 postes agricoles.

La reprise agricole se dessine néanmoins avec netteté. Après plusieurs années de sécheresse, les réserves hydriques connaissent une remontée spectaculaire. Les barrages atteignent 72 % de leur capacité au 21 mars, contre 36,6 % un an plus tôt, voire 28 % selon d’autres estimations sur l’année précédente. L’agence estime que «les récentes précipitations ont reconstitué les réserves d’eau, soutenant un rebond de la production agricole au cours des deux à trois prochaines années».

Les investissements hydriques se multiplient. Cinq grands projets de dessalement progressent, dont celui de Casablanca, appelé à devenir la plus grande installation du continent et la quatrième au niveau mondial. Cette infrastructure doit alimenter 7,5 millions de personnes en eau potable et irriguer 5 000 hectares, tout en reposant entièrement sur des énergies renouvelables.

Parallèlement, le tourisme enregistre des performances remarquables. Le pays accueille près de 20 millions de visiteurs en 2025, contre 17,4 millions en 2024, soit une hausse de 14 % et une progression de 82 % par rapport à 2022. Les recettes touristiques atteignent 138 milliards de dirhams, contre 114,5 milliards un an auparavant, représentant environ 8 % du PIB. L’agence anticipe une poursuite de cette dynamique, notant que «le secteur touristique devrait encore s’améliorer, notamment sous l’effet d’un redéploiement des flux touristiques à l’écart des zones de conflit».

L’investissement direct étranger poursuit également sa progression, soutenant l’accumulation de réserves en devises, lesquelles atteignent près de 50 milliards de dollars, soit l’équivalent de six mois d’importations.

Finances publiques, équilibres extérieurs…

Sur le plan des comptes extérieurs, l’agence anticipe un déficit courant moyen de 2,4 % du PIB entre 2026 et 2029. Elle souligne toutefois que «le conflit au Moyen-Orient pourrait peser davantage sur la performance extérieure», notamment à travers la hausse des coûts énergétiques et les perturbations commerciales.

Les exportations demeurent portées par plusieurs secteurs clés, dont le tourisme, l’industrie manufacturière et les phosphates. Ces derniers conservent un rôle stratégique, représentant 21,3 % des exportations de biens, voire 20 % selon d’autres mesures. Le groupe OCP, qui détient environ 70 % des réserves mondiales de phosphate et assure près d’un tiers des exportations mondiales, prévoit de doubler sa production d’ici 2030.

L’économie marocaine reste néanmoins vulnérable aux perturbations logistiques, notamment concernant l’approvisionnement en soufre, composant essentiel des engrais, en cas de blocage du détroit d’Ormuz.

Sur le plan budgétaire, l’agence anticipe une réduction progressive du déficit vers 3 % du PIB, grâce à la croissance nominale et aux réformes fiscales. Elle souligne que «le déficit budgétaire devrait continuer de diminuer progressivement vers 3 % du PIB». Les réformes de la TVA, de l’impôt sur le revenu et de l’impôt sur les sociétés contribuent à élargir l’assiette fiscale et à accroître les recettes.

Les dépenses publiques restent toutefois élevées, sous l’effet des investissements d’infrastructure, des besoins sociaux et de l’extension de la couverture sanitaire. Le nombre de bénéficiaires de l’assurance maladie obligatoire atteint 25 millions en 2024, contre 7,8 millions en 2021.

Le profil de la dette demeure relativement favorable. La dette en devises représente environ un quart de la dette de l’État central. La maturité moyenne atteint huit ans, tandis que les charges d’intérêts correspondent à 7,4 % des recettes publiques sur la période 2026-2029. En mars 2025, le Maroc a émis deux euro-obligations pour un montant total de 2 milliards d’euros, suscitant une demande de 7 milliards.

Les garanties accordées aux entreprises publiques dépassent 10 % du PIB, ce qui constitue un facteur de vigilance pour les finances publiques.

Sur le plan monétaire, Bank Al-Maghrib maintient son taux directeur à 2,25 % en mars 2026, après une baisse de 25 points de base en mars 2025, troisième réduction depuis la mi-2024. Le dirham reste indexé sur un panier composé à 60 % d’euro et à 40 % de dollar, avec une bande de fluctuation élargie à ±5 % contre ±2,5 % auparavant.

Le système bancaire présente une capitalisation jugée modérée, sans risque systémique majeur. L’agence prévoit une amélioration de la rentabilité sur un horizon de 12 à 18 mois, soutenue par la progression du crédit. Elle note également l’entrée en vigueur, en décembre 2025, d’un ratio minimum de fonds propres de catégorie Tier 1 fixé à 11 % pour les banques d’importance systémique.

Les indicateurs macroéconomiques témoignent d’une trajectoire contrastée. Le PIB nominal s’établit à 1 152,5 milliards de dirhams en 2020, 1 276,6 milliards en 2021, 1 333,5 milliards en 2022 et 1 479,8 milliards en 2023. En dollars, il atteint respectivement 121,4 milliards, 142,0 milliards, 131,3 milliards et 146,1 milliards. Le PIB par habitant oscille entre 3,4 et 4,0 milliers de dollars.

La croissance réelle varie fortement, passant de -7,2 % en 2020 à 8,2 % en 2021, puis 1,8 % en 2022 et 3,7 % en 2023. L’investissement représente entre 29,5 % et 31,5 % du PIB, tandis que l’épargne oscille entre 27,7 % et 29,1 %. Le déficit budgétaire se réduit progressivement de -7,2 % du PIB en 2020 à -4,4 % en 2023. La dette publique atteint 64,9 % du PIB en 2020, 62,6 % en 2021, 66,0 % en 2022 et 65,2 % en 2023. Les réserves de change, elles, s’élèvent à 35 999,4 millions de dollars en 2020, 35 648,1 millions en 2021, 32 316,8 millions en 2022 et 36 330,3 millions en 2023.

Enfin, le paysage politique reste stable à l’approche des élections législatives prévues le 23 septembre 2026. La coalition au pouvoir détient 270 sièges sur 395. L’agence estime que «aucun changement majeur de politique n’est attendu après les élections», les priorités demeurant centrées sur les infrastructures, l’emploi, les services publics et la soutenabilité des finances publiques.

Dans cet ensemble, S&P Global Ratings dresse le portrait d’une économie marocaine résiliente, soutenue par des réformes et des investissements structurants, mais contrainte par des fragilités chroniques et une exposition élevée aux chocs extérieurs, surtout en marge des tensions actuelles au Proche-Orient.

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