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Développement Durable

Stratégie de l’eau : le financement doit opérer sa « transition »

Nizar Braka, Ministre marocain de lÉquipement et de lEau (2) finance durable

Écrit par Imane Bouhrara I

Dans la dynamique de soutenabilité et durabilité poursuivie par le Maroc, notamment à travers des projets majeurs comme la stratégie nationale de l’eau ou le verdissement des ports, un levier clé doit également opérer sa mue pour assurer une plus grande mobilisation des ressources : le financement. La finance durable se trouve aujourd’hui face à des tournant historique : à défaut de supplanter, au moins soutenir la finance conventionnelle dans cette transition tous azimuts que mène le Maroc. Plaidoyer de Nizar Baraka.

Il est des épisodes dans l’histoire d’un pays qui sonnent comme l’heure de vérité. La finance verte ou durable souvent présentée comme un graal des temps modernes saura-t-elle dans un pays comme le Maroc allouer des ressources considérables dans l’économie ? Bien sûr qu’il y a des initiatives fortement louables et même en forte progression, il ne s’agit nullement de jeter le bébé avec l’eau du bain.

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Mais assez suffisamment lorsqu’il s’agit de soutenir des programmes d’urgence, le cas de la stratégie nationale de l’eau avec des ultimatums tellement serrés et avec des ressources financières conventionnelles colossales, particulièrement le budget de l’État, sous grande pression ?

La tenue de la 2e édition du Sustainable Finance Forum organisé ce 28 janvier à Casablanca par BMCI groupe Bnp Paribas, avec comme invité le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a été une occasion de rappeler les axes et ambitions majeurs de la stratégie nationale de l’eau mais aussi de verdissement des ports mais aussi les besoins financiers colossaux qu’ils mobilisent. Des besoins en grande partie assurer par le budget de l’Etat, déjà sollicité fortement sur d’autres chantiers économiques et sociaux.

Pourtant, il ne s’agit nullement d’une œuvre charitable puisque cette transition apporte son lot d’opportunité et de projets aux entreprises, durabilité et compétitivité à l’économie (une marche forcée par une réglementation nationale et internationale plus stricte en matière environnementale), une préservation des ressources pour le pays, une rentabilité également ces projets entrant dans le cadre de grandes stratégies de l’État en réponse à une vision royale éclairée.

C’est dire que rien n’empêche également que la durabilité imprègne la mobilisation des ressources financières vers une soutenabilité sur toute la chaîne de valeur.

Particulière concernant l’eau, une ressource rare et stratégique, qui occupe une place centrale au Maroc dans ce sens où elle pose des défis environnementaux, économiques et sociaux.

« Elle nécessite une approche novatrice pour mobiliser les financements nécessaires pour les projets en cours mais aussi une gestion équitable de nos ressources hydriques. Dans son discours prononcé à l’occasion de la fête du Trône, SM le Roi a mis en lumière l’urgence de relever le défi crucial de la gestion de l’eau et a donné des directives claires avec deux objectifs majeurs : garantir 100% de l’eau potable à l’ensemble de la population ; Et garantir, quel que soit l’aléa climatique, 80% d’eau d’irrigation », rappelle Nizar Baraka.

Pour y parvenir, la feuille de route dressée par le souverain contient plusieurs axes de travail, soutient le ministre.

Particulièrement, la poursuite du développement des ressources hydriques conventionnelles par l’accélération des barrages. « Aujourd’hui le Maroc dispose de 145 barrages d’envergure qui permettent la mobilisation de 20 Mds de m3 d’eau actuellement pour atteindre une capacité de 25 Mds de m3 à l’horizon 2030.

Sans oublier le renflouement des nappes souterraines avec les petits barrages. D’ailleurs 127 petits barrages sont en construction », ajoute le ministre.

Et l’une des actions de ce 1er axe de la nouvelle politique de l’eau c’est la mise en réseaux de ces barrages. Bien évidemment face au long épisode de stress hydrique, le Maroc a opéré le transfert d’eau entre bassins ou ce qu’on appelle les autoroutes de l’eau, ce qui a permis par exemple le transfert d’eau entre les bassins Oued Sebou et Bouregreg permettant ainsi en décembre 2023 d’éviter les coupures d’eau à Casablanca.

Ce qui a été renforcé par un autre transfert, entre le bassin d’eau Jorf Lasfar et Casa-Sud répondant actuellement à 80 % des besoins de cette zone, ainsi que les besoins des villes de Berrechid et Berrechid, souligne N. Baraka.

Le deuxième axe est le développement des eaux non-conventionnelles inscrit dans le Nexis Eau-Énergies renouvelables-Sécurité alimentaire, pour passer de 270 millions de m3 d’eau dessalée à 1.200 millions de m3, dont 500 millions de m3 dédiés à l’agriculture soit 100.000 hectares de terres agricoles, à l’horizon 2030.

« Cet effort sera accompagné d’un 2e effort, celui de la réutilisation des eaux usées (la Réuse) et on va démarrer enfin cela à Casablanca, sachant que des villes comme Rabat, Tanger et Tétouan en bénéficient déjà. L’idée est de généralisée cela sur l’ensemble des grandes villes du royaume, peut-être à travers les SRM et faire en profiter également le monde rural pour assurer l’arrosage des espaces verts mais également l’agriculture, voire la recharge des nappes souterraines », poursuit le ministre.

Le 3e axe concerne la gestion de la demande en eau et l’amélioration des rendements des réseaux d’eau potable, des canaux et conduites multiservices notamment dans l’irrigation agricole mais aussi un grand programme d’efficacité hydrique pour l’industrie.

« Nous appelons nos amis à la CGEM, en matière de Label RSE d’appuyer un peu plus l’axe efficacité hydrique à l’instar de l’efficacité énergétique pour s’inscrire dans la soutenabilité », lance le ministre à l’assistance.  

Autre axe important de la stratégie nationale de l’eau est celui de la préservation de la nappe souterraine à travers des contrats de nappe tendent véritablement à une gestion intégrée de l’eau et qui consistent en fait à répartir des quotas en fonction des différents usagers de l’eau et de la capacité hydrique disponible permettant ainsi la préservation des nappes disponibles pour les générations futures.

Et enfin, l’un des axes qui nous concerne tous c’est celui de la sensibilisation aussi bien de la population que des industriels, opérateurs touristiques en faveur d’un comportement exemplaire de rationalisation de l’usage de l’eau.

Mais revenons au financement. Le plan stratégique 2020-2027 mobilisera une enveloppe de 115 Mds de DH révisée à la hausse pour atteindre 145 Mds de DH. Un effort financier important qui nécessite une diversification des ressources financières notamment durables.

« Nous travaillons aussi par des mobilisations d’autres leviers notamment le partenariat public-privé », explique-t-il.

Le ministre a rappelé que les stations de dessalement d’eau d’Agadir et de Dakhla et la prochaine de Casablanca et toutes les autres stations se feront dans le cadre du PPP, ce qui permet de mobiliser d’autres sources financement et qui permet d’avoir des fonds d’investissement, de rendement, de retraite.

Sans parler de la mobilisation des moyens financiers des régions qui sont des partenaires à part entière dans la réalisation de la stratégie nationale de l’eau mobilisant 10 Mds de DH dans le cadre du contrat-programme signé à Tanger lors des 2e Assises de la régionalisation Avancée.

L’occasion pour le ministre de lancer un appel au secteur financier dans son ensemble pour une plus grande mobilisation du financement vert, à travers des obligations vertes ou des obligations bleues pour pouvoir soutenir les besoins en moyens financiers. « D’autant que cela est faisable, nous l’avons fait pour les énergies renouvelables », rassure le ministre.

Et ça tombe bien puisque l’événement organisé par BMCI a programmé un panel sur la gestion durable de l’eau dans un contexte de stress hydrique, explorant ainsi le rôle des institutions financières en tant que partenaires d’impact pour soutenir des infrastructures hydrauliques et des projets de conservation, faisant de cette rencontre un véritable espace d’échange et de débat sur les leviers pour accélérer et renforcer le rôle des acteurs privés dans ces chantiers colossaux.

Hormis l’eau, le département de Nizar Baraka est sur un autre front, celui du verdissement des ports. « Le Maroc veut être à la pointe et accompagner le grand deal européen et faire en sorte que nos ports soient aux meilleurs standards internationaux, avec une première opération menée à Tanger Med pour réduire l’évaporation de l’eau au niveau du barrage qui protège le complexe portuaire des inondations. Nous avons mis en place de plaques solaires flottantes produisant ainsi une énergie propre utilisée pour répondre aux besoins électriques de Tanger Med.

Sans oublier que les ports de Dakhla et de Nador seront dédiés à l’exportation de l’hydrogène vert, c’est un axe majeur », soutient Baraka. Un autre projet verra le jour également celui d’un terminal d’hydrogène vert dans le cadre de l’extension du port de Tan Tan.

Nizar Baraka a conclu son propos en assurant que « un financement soutenable et durable, nous parle avec des projets concrets. C’est l’occasion d’explorer des innovations et échanger pour bâtir une économie durable et résiliente », conclut-il.


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