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Economie

Taux directeur à 2,25% : le maintien, est-ce la bonne décision ?

paiement par carte bam concurrence

Ecrit par Soubha Es-Siari I

Tant que la politique monétaire ne prend pas en considération les particularités de notre économie, la transmission à l’économie réelle restera difficile à concrétiser, les efforts déployés resteront vains et les problèmes vont persister comme si l’on verse de l’eau dans le sable. Avoir une Banque Centrale qui a les yeux rivés juste sur la stabilité des prix est une époque révolue, la persistance d’une croissance molle et d’un chômage inquiétant sont des arguments forts qui exhortent à une révision des statuts de la Banque Centrale.

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Au lendemain de la tenue du Conseil de BAM pour décider de la politique monétaire à adopter dans les prochains mois, les interrogations et les questionnements se posent sur la pertinence de la décision du maintien du taux directeur inchangé à 2,25%. Est-ce la bonne décision dans un contexte aussi contraignant ? Quelles sont les principales raisons pour opter pour le statu quo ? … autant de questions qui taraudent les esprits des économistes, des analystes, des faiseurs d’opinion…

Force est de mentionner que dans un contexte en ébullition  aussi bien sur le plan externe qu’interne, bon nombre d’analystes s’attendaient à une baisse du taux directeur pour relancer la machine économique, créer des emplois, absorber le chômage et être au rendez-vous des messes footballistiques.

Avant de prendre une décision relative au taux directeur, parmi les indicateurs scrutés en profondeur par le Conseil, le taux d’inflation figure en bonne position. Pour cette année, la Banque Centrale table sur un taux d’inflation de 1%. Autrement dit, la pression inflationniste qui la limite à baisser le taux directeur est quasi-inexistante. Donc le Conseil dispose d’une marge de manœuvre pour baisser ledit taux. Sauf si BAM garde les yeux rivés sur 2026 où l’inflation risquerait de repartir à la hausse ?

Autre facteur important est l’activité économique pour laquelle BAM prévoit un taux de 4,6% en 2025. Même avec un taux pareil, il ne faut pas perdre de vue que la problématique de l’emploi qui a atteint des niveaux gravissimes et du coup l’économie a besoin davantage de stimulation pour créer de nouveaux emplois. Bien que la croissance ne soit pas toujours synonyme de créations d’emplois pour des raisons inhérentes à notre système bancaire.

C’est la question qui revient en boucle à l’issue de chaque Conseil de BAM : comment faire pour assurer la transmission des ajustements de la politique monétaire à l’économie réelle (création d’emplois, consommation, investissements…) ?.

A ce titre, il est utile de rappeler que le système bancaire marocain est composé de banques qui malgré leur solidité, leur résilience, restent frileuses notamment en matière d’octroi de crédits, d’accompagnement des TPME. La concentration bancaire biaise bien entendu la concurrence dans le secteur et les banques se permettent des marges de manœuvre élevées. Ajoutons à cela que l’impact de la baisse du taux directeur sur les taux débiteurs reste souvent très limitée.

D’ailleurs de nombreux spécialistes critiquent notre politique monétaire qui ne prendrait pas en considération la spécificité du système bancaire marocain voire même celle de notre économie marquée par la prédominance de l’informel. Partant de là, notre économie ne profite pas pleinement de la politique monétaire, un outil important de la politique économique.

Que dire de la petite entreprise, composante essentielle de notre tissu économique soit 95% qui, malgré les réformes et les programmes en sa faveur, reste souvent marginalisée parce qu’elle ne coche pas toutes les cases d’une liste de critères dissuasifs.

Younes Ait Hmadouch, spécialiste de la politique monétaire au micro de Medi1TV plaide à ce titre pour un taux directeur préférentiel en faveur des banques qui répercutent rapidement la baisse sur les taux débiteurs. Pour les autres, il faut appliquer un taux directeur majoré de 1 point. Le leitmotiv est d’encourager les banques à déployer plus d’efforts en matière du coût de refinancement aussi bien pour les entreprises que pour les ménages. Le spécialiste rappelle dans son intervention que les crises qui surviennent ne sont pas souvent la résultante uniquement des choix économiques de l’Exécutif. Lors des dernières crises, les banques centrales un peu partout dans le monde ont joué un rôle crucial à travers la politique monétaire dans la relance de la machine économique.

Une chose est sûre : tant que la politique monétaire ne prend pas en considération les particularités de notre économie, la transmission à l’économie réelle restera difficile à concrétiser, les efforts déployés resteront vains et les problèmes vont persister comme si l’on verse de l’eau dans le sable. Avoir une Banque Centrale qui a les yeux rivés juste sur la stabilité des prix est une époque révolue, la persistance d’une croissance molle et d’un chômage inquiétant sont des arguments forts qui exhortent à une révision de ses statuts.

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