Transferts MRE : une manne sous exploitée

Ecrit par Imane Bouhrara I
Un beau gâchis de ces transferts est à déplorer lorsqu’on sait que les remises migratoires sont l’une des rares sources de financement extérieur privé qui devraient continuer de croître lors de la prochaine décennie.
Certes c’est une bonne nouvelle puisque ces transferts constituent un bon matelas en devises en plus de contribuer à l’amélioration du compte courant, sans oublier qu’ils boostent le pouvoir d’achat des ménages étant donné que plus de 80% de ces transferts vont directement aux familles.
C’est une source inestimable surtout lors des crises, notamment le Covid-19 où notre diaspora a augmenté les transferts malgré un contexte économique des plus difficiles. Ainsi les transferts continuent de progresser passant de près de 23 Mds de DH en 2000 à plus de 110 Mds de DH en 2022. Soit une proportion nettement plus importante que les IDE qui eux, s’inscrivent sur une tendance baissière en 2023, sans pour autant jouir des mêmes avantages.
En effet, cette manne est sous exploitée au service d’activités productives puisque 3,3% de ces transferts vont à l’épargne et à peine 1,3 % à l’investissement.
Les secteurs d’investissement des MRE sont d’abord l’immobilier (40,7%), ensuite l’agriculture (19%), la construction (16,6%), le commerce (5,5%), la restauration et cafés (4,5%) et les autres services (6,0%), selon une enquête du HCP publiée en décembre 2022.
Bien évidemment, plusieurs facteurs contribuent à cette défiance des MRE à investir au Maroc. Les plus courants sont liés à l’insuffisance de capital (38,9%), aux procédures administratives compliquées et la corruption (21,5%), au faible appui financier ou manque d’incitations fiscales (8,6%) et à leur faible expérience et formation (5,5%).
Il s’agit plus au moins des mêmes raisons pour les migrants de retour au Maroc, principalement le manque ou l’insuffisance de capital (36%) et les contraintes administratives et la corruption (25,1%) ; viennent ensuite l’absence d’incitations fiscales et d’aides financières (12%) et le manque d’expérience/de formation et d’orientation (10,1%).
Un beau gâchis lorsqu’on sait que les remises migratoires sont l’une des rares sources de financement extérieur privé qui devraient continuer de croître dans la prochaine décennie.
Au moment où le pays cherche à diversifier les sources de financement, il doit impérativement mobiliser ces capitaux privés à l’appui du financement du développement, tout en allégeant son recours à la dette.
Les moyens sont légion pourvu qu’on s’y emploie. En effet, un récent rapport de la banque mondiale décrit comment mobiliser la manne de la diaspora pour financer les besoins de développement d’un pays, mais aussi améliorer sa situation sur le front de la dette.
Il est notamment possible de structurer le lancement d’une obligation de manière à exploiter directement l’épargne de la diaspora détenue à l’étranger. De nombreux pays s’emploient aussi à attirer cette épargne dans des comptes de dépôt pour les non-résidents.
Toutefois, contrairement aux obligations, il s’agit d’une épargne de court terme et volatile.
Les remises migratoires pourraient aussi servir de garantie pour réduire le coût des emprunts internationaux des pays en développement. En raison de leur poids par rapport à d’autres sources de devises, de leur caractère contracyclique et de leur contribution indirecte aux finances publiques, les envois de fonds des migrants peuvent également contribuer à améliorer la notation souveraine d’un pays et sa capacité à rembourser sa dette.
Au Maroc, les pouvoirs publics et la Banque Centrale ont très tôt œuvré, de concert, et en coordination avec le secteur bancaire, à consolider la dynamique des Transferts MRE en favorisant, en particulier, la diversification des canaux de transmission et la réduction des coûts.
Là, il s’agira de passer à un niveau plus élaboré pour mobiliser ces fonds au profit de la croissance.
Le Maroc a également organisé le Forum de Rabat début 2023, co-présidé par Nasser Bourita, pour identifier l’apport des nouvelles technologies pour la réduction des coûts de transfert et identifier les leviers d’une meilleure mobilisation de ces fonds vers le développement la croissance économique des pays d’origine. Il s’agira aussi de défendre cette manne contre le raidissement des réglementations dans les pays d’accueil.
Mais des actions doivent se concrétiser sur le terrain en concertation avec différents département (Ministères, banques de projets, AMDIE, AMMC, banques…) puisque beaucoup de ces MRE ne sont en réalité qu’à la recherche d’opportunités d’investissement qui soient assorties des meilleures garanties possibles.


L’émission d’obligations de l’Etat à souscrire par nos RME (sans évincer leurs transferts traditionnels entrants ), et ce pour financer la transformation des activités informelles en activités dans le formel serait sûrement une bonne idée à creuser !