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Economie

Transport de marchandises : chronique d’une paralysie annoncée

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Les transporteurs sont les artères de l’économie marocaine. Qu’il s’agisse d’approvisionner les marchés locaux, de fluidifier la chaîne logistique nationale ou d’acheminer les exportations du Royaume vers le continent européen, les professionnels du transport routier de marchandises occupent une place stratégique. Pourtant, ce maillon essentiel de l’économie nationale tire à nouveau la sonnette d’alarme. Entre asphyxie financière, baisse des aides publiques et barrières réglementaires internationales, le secteur menace aujourd’hui de paralyser le pays par une grève nationale.

Le catalyseur de la crise : la discorde sur le soutien au carburant

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Au cœur de la colère actuelle des transporteurs se trouve la gestion des subventions publiques exceptionnelles, introduites par le gouvernement pour amortir la flambée des prix à la pompe. D’ailleurs, la tension est montée d’un cran suite à l’annonce d’une réduction drastique de 40 % d’une tranche d’aide spécifique, correspondant à la deuxième moitié du mois de juillet.

Pour les opérateurs, cette décision unilatérale est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. À cette baisse brutale s’ajoutent des retards chroniques dans le versement de plusieurs tranches antérieures. Pour des structures dont la trésorerie est déjà exsangue, ces dysfonctionnements administratifs se traduisent par une impossibilité immédiate de faire face aux charges opérationnelles quotidiennes. Face à ce qu’elles qualifient de « désengagement », les organisations professionnelles agitent désormais le spectre d’un débrayage global.

L’indexation des tarifs : la réforme structurelle tant attendue

Outre la gestion court-termiste des subventions, la crise actuelle met en lumière une faille structurelle bien plus profonde : l’absence d’un cadre légal permettant d’adapter les prix des prestations à la réalité du marché. La principale revendication des professionnels, portée de longue date par la Fédération du transport et de la logistique de la CGEM, réside dans la mise en place d’un mécanisme obligatoire d’indexation des tarifs du transport sur l’évolution du prix du carburant.

En l’état actuel du marché, les transporteurs subissent de plein fouet les fluctuations des cours du gasoil sans pouvoir légalement ou contractuellement répercuter ces hausses sur leurs clients. Cette rigidité tarifaire comprime structurellement leurs marges, transformant chaque hausse des prix à la pompe en perte sèche. L’indexation est donc perçue non pas comme une faveur, mais comme une condition sine qua non de survie pour garantir la viabilité à long terme de leur modèle économique.

Toutefois, si le transport national souffre, les opérateurs du Transport International Routier (TIR) font face à un double front. En plus des défis domestiques, ces entreprises subissent des pressions externes étouffantes, exacerbées par leur positionnement sur le marché européen.

Amer Zghinou, président de l’Association marocaine des transports routiers intercontinentaux (AMTRI-Maroc), ne cesse de relayer les difficultés spécifiques à cette catégorie d’acteurs :

  • La crise des visas : L’obtention des visas pour les chauffeurs routiers auprès des consulats européens est devenue un véritable parcours du combattant, entraînant des blocages logistiques.
  • La guerre du gasoil en Espagne : L’application stricte par les autorités espagnoles de la limitation de la franchise de carburant à 200 litres dans les réservoirs des camions en provenance du Maroc pénalise lourdement les transporteurs marocains, obligés de s’approvisionner au prix fort en Europe.
  • Des contraintes normatives strictes : Le durcissement des réglementations environnementales et sociales européennes impose des investissements lourds dans le renouvellement des flottes, alors même que la rentabilité est au plus bas.

La question n’est plus seulement de savoir comment éteindre l’incendie de la hausse du carburant, mais bien de redéfinir le modèle économique du transport routier au Maroc. Pour devenir durablement compétitif, le secteur a besoin de réformes de fond : assainissement du marché informel, modernisation de la gouvernance des entreprises de transport, et mise en place de contrats-programmes ambitieux avec l’État.

Dans le même sillage, la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf) représente également un virage historique pour l’intégration économique du continent, et ouvre des perspectives majeures pour le transport routier marocain. 

Les opportunités spécifiques offertes par cet accord au secteur s’articulent autour de quatre dynamiques stratégiques :

La ZLECAf ne se limite pas aux marchandises ; elle inclut un protocole sur le commerce des services qui classe le transport parmi les 5 secteurs prioritaires à libéraliser. 

  • Égalité de traitement : L’accord impose le principe de non-discrimination, garantissant une égalité de traitement pour les prestataires de services marocains sur les marchés des autres pays membres. 
  • Reconnaissance mutuelle : Le texte prévoit l’harmonisation et la reconnaissance mutuelle des normes, des licences de transport et des certifications professionnelles. Cela facilitera grandement le déploiement opérationnel des flottes marocaines hors des frontières nationales. 

La réduction, puis l’élimination à terme de près de 90 % des droits de douane entre les pays membres de la zone va mécaniquement doper le commerce intra-africain. 

Comme le souligne l’analyse de l’AMTRI-Maroc, le potentiel combiné de la ZLECAf et des infrastructures marocaines (Tanger Med, ports de la façade atlantique) offre au secteur une opportunité unique de changement d’échelle. 

Les entreprises marocaines de transport ont une carte à jouer pour se structurer, se digitaliser et grandir afin de devenir les opérateurs de référence de la supply chain connectant l’Europe, le Maroc et l’Afrique de l’Ouest. 

Toutefois, pour transformer ces opportunités en réalité, les acteurs du secteur s’accordent à dire qu’il subsiste des défis majeurs à surmonter : le déficit d’infrastructures routières et le coût élevé du transport à l’échelle du continent restent pour l’instant le talon d’Achille de cette intégration économique.

Une chose est cependant sûre : alors que la menace d’une grève plane, le dialogue entre le ministère de tutelle et les professionnels s’annonce décisif. Le gouvernement devra apporter des réponses concrètes et structurelles, sous peine de voir l’ensemble de la machine économique nationale tourner au ralenti.

 

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