Une croissance économique à 4,7% à fin 2025 est suggérée par l’évolution de l’électricité nette appelée

La demande d’électricité n’est pas qu’une grandeur physique mesurable : au Maroc, sa forte corrélation à la croissance économique en fait un moyen d’estimer l’évolution du PIB. En rythme annuel, la demande récente d’électricité indique qu’à fin du 4ème trimestre 2025, le rythme annuel de croissance serait de 4,73%/an qui, aurait permis d’atteindre un PIB de 1.333 GDh constants de 2014.
Sauf quand spécifiquement mentionné, les sources de données sont strictement officielles : nationales pour les données énergétiques[1], [2], [3], [4], [5], [6], [7] et internationales pour les revenus[8].
Pour 12 mois glissants, la Figure 1 montre la composition de l’électricité nette appelée (courbe noire enveloppe haute) ainsi que l’évolution de l’électricité livrée par l’ONEE-BE (courbe noire la plus basse). Les moyens mis en œuvre (production et imports) pour satisfaire la demande en électricité nette appelée sont :
- en violet, la somme des productions nettes d’électricité à partir de sources fossiles, de chaleur industrielle et de turbinage de la STEP (déduction faite des absorptions STEP et auxiliaires),
- la production d’électricité renouvelable : hydroélectrique (bleu), éolienne (vert) et solaire (jaune),
- le complément de solde positif importé pour satisfaire la demande (rayures rouges verticales).

Figure 1 Evolution de la satisfaction de la demande d’électricité sur 12 mois glissants
La mauvaise nouvelle dans le graphique de droite de la Figure 1 : comme cela s’était déjà produit après la fin 2014, l’éolien perd des parts sur le reste du mix électrique depuis fin 2024.
Certes, les revenus dépendent des achats d’électricité par les abonnés et dans nos anciens articles, les livraisons d’électricité assurées par l’ONEE-BE ont pu être, à juste titre, considérées comme le meilleur proxy de ces achats. Toutefois, depuis 2024, toute la distribution d’électricité MT et BT est progressivement transférée aux 12 Sociétés Régionales Multiservices (SRM), ce qui a pour effet d’augmenter les livraisons de l’ONEE pour compenser les pertes techniques et non-techniques descendues vers ces SRM. Pour que cette augmentation ne perturbe pas nos calculs, nous avons été contraints à utiliser la corrélation entre électricité nette appelée et PIB montrée à gauche dans la Figure 2 et qui est acceptable depuis 65 ans.

Figure 2 PIB en Dh de 2014 calculé à l’aide de sa corrélation à l’électricité nette appelée
Dans la Figure 2, une simple cubique (courbe bleue) a suffi pour établir une forte corrélation à 99.83% entre d’une part, l’électricité nette appelée et d’autre part, le PIB en valeur constante (cercles bleus), , les erreurs conjoncturelles ne dépassant pas 4%. Même l’atypique année 2020 (COVID) ne s’écarte que très peu du comportement de la corrélation. On notera surtout l’excellent l’accord dans la période post-COVID.
Les carrés noirs de la Figure 3 montrent l’évolution du PIB (en GDh, milliards de Dh de 2014) des 12 mois précédents calculée avec la corrélation établie dans la Figure 2 à partir de l’électricité nette appelée. Pour chacun des 12 mois précédents, le rythme de la croissance annuelle glissante du PIB est représenté par les cercles rouges sur cette même Figure 3 et se rapporte à l’échelle de droite. Les carrés noirs pleins montrent l’évolution réelle du PIB annuel en Dirhams constants de 2014.

Figure 3 Evolution du PIB calculé par corrélation polynomiale de 12 mois glissants et sa croissance
A la fin du 4ème trimestre 2025, l’analyse de la demande d’électricité du Maroc indique qu’à fin 2025 le PIB aurait atteint 1’333 GDh de 2014 que sa croissance aurait été de 4.73% là où le HCP donne 4,5%[9].
Quels sont les éléments causant des erreurs sur cette évaluation indirecte de la croissance ?
Utiliser une corrélation extraite du structurel (même sur 65 ans) pour l’utiliser sur le conjoncturel (12 mois glissants) peut être source d’erreurs causées par les fluctuations interannuelles influençant la corrélation entre énergie et PIB, notamment celles liées à la météorologie et à la structure du PIB (surtout les fluctuations excessives du PIB agricole du Maroc). Mais tant que persistera cette corrélation, l’observation de l’économie par la demande de l’électricité ne sera pas aussi farfelue qu’on pourrait le penser.
Par Amin BENNOUNA (sindibad@uca.ac.ma)
Références
[1] Royaume du Maroc, Ministère de l’Energie, des Mines et de l’Environnement, Portail qui a été désactivé des statistiques de l’Observatoire Marocain de l’Energie (OME), https://www.observatoirenergie.ma/data/
[2] Royaume du Maroc, Ministère de l’Economie, des Finances, et de la Réforme de l’Administration, Direction des Etudes et des Prévisions Financières (DEPF), Notes de Conjoncture, http://depf.finances.gov.ma/etudes-et-publications/note-de-conjoncture/
[3] Royaume du Maroc, Ministère de l’Economie, des Finances, et de la Réforme de l’Administration, Direction du Trésor et des Finances Extérieures (DTFE), Notes de Conjoncture, https://www.finances.gov.ma/fr/Nos-metiers/Pages/notes-conjoncture.aspx
[4] Royaume du Maroc, Bank Almaghrib, Revue de la Conjoncture Economique, http://www.bkam.ma/Publications-statistiques-et-recherche/Documents-d-analyse-et-de-reference/Revue-de-la-conjoncture-economique
[5] Haut Commissariat au Plan, Annuaire Statistique du Maroc, Version électronique après 2013 https://www.hcp.ma/downloads/Annuaire-statistique-du-Maroc-version-PDF_t11888.html, Version papier ou scannées avant 2013 https://cnd.hcp.ma/
[6] Haut Commissariat au Plan, Bulletins statistiques, https://www.hcp.ma/downloads/?tag=Bulletins+statistiques
[7] Red Eléctrica de España, Intercambios, https://www.ree.es/es/datos/intercambios
[8] Banque Mondiale, https://donnees.banquemondiale.org/pays/maroc?view=chart
[9] HCP, Point de conjoncture, https://www.hcp.ma/Point-de-conjoncture-du-premier-trimestre-2025-et-perspectives-pour-les-deuxieme-et-troisieme-trimestres_a4148.html

