Vieillissement de la population : le rapport de dépendance des Personnes âgées atteint 22,8% au Maroc

Plus cet indicateur est élevé, plus la pression socioéconomique exercée sur les actifs s’accroît. Au Maroc, le rapport de dépendance des personnes âgées connaît une progression continue, traduisant les mutations démographiques en cours. Il est passé de 13,1% en 2004 à 14,9% en 2014, pour atteindre 22,8% selon le RGPH 2024.
En 2024, le Maroc compte un peu plus de cinq millions de personnes âgées, soit près de 14% de l’ensemble de la population.
Le vieillissement démographique constitue aujourd’hui l’un des phénomènes les plus marquants de la transition démographique que connaît le Maroc. En effet, l’allongement de l’espérance de vie, la baisse continue de la fécondité ainsi que les transformations sociales et économiques ont profondément modifié la structure par âge de la population marocaine, contribuant à une augmentation du poids démographique des personnes âgées.
Cette transformation démographique pose de nouveaux défis pour les politiques publiques, notamment en matière de croissance économique, de santé, de protection sociale, d’insertion économique, de logement et d’accompagnement social. Le vieillissement de la population ne se limite pas à une simple évolution statistique, il met en lumière des inégalités persistantes selon le sexe, le milieu de résidence et les régions et invite à repenser la place des personnes âgées dans la société, leur participation à la vie sociale et économique, leur état de santé, leur niveau d’instruction, leur situation familiale, ainsi que leur accès aux services essentiels et à l’exercice de leurs droits fondamentaux.
En détails, le HCP a publié une analyse issue du RGPH dévoilant une progression continue du rapport de dépendance des personnes âgées qui est passé de 13,1% en 2004 à 14,9% en 2014, pour atteindre 22,8% selon le RGPH 2024.
Cette évolution illustre de manière claire l’ampleur du vieillissement de la population marocaine. Elle préfigure les défis majeurs auxquels le pays devra faire face, notamment en matière de protection sociale, de couverture sanitaire et de mise en place de politiques publiques adaptées aux besoins croissants de cette catégorie sociale.
En effet, la part des personnes âgées dans la population totale est passée de 7,2% en 1960 à 8% en 2004 puis à 9,4% en 2014 pour atteindre 13,8% en 2024.
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Le taux d’activité des personnes âgées recule à 16,1%
Selon les données du RGPH de 2024, le taux d’activité des personnes âgées au Maroc s’établit à 16,1%. Ce taux, relativement faible, reflète le retrait progressif des aînés du marché du travail puisqu’il était de 20% et 22,1% selon les RGPH de 2014 et 2004 respectivement. Mais ces résultats masquent de fortes disparités selon l’âge, le sexe et le milieu de résidence. L’analyse par sexe met en évidence une inégalité dans la participation économique des personnes âgées. Alors que 29,3% des hommes âgés de 60 ans et plus sont actifs, ce taux chute à seulement 3,6% chez les femmes âgées. Cette différence s’explique principalement par la faible insertion historique des femmes dans le marché du travail formel, notamment dans les générations nées avant les années 1960, mais aussi par le poids des rôles sociaux et familiaux qui confinent souvent les femmes âgées à la sphère domestique. Selon l’âge, la participation au marché du travail est beaucoup plus significative parmi les PA de 60 à 69 ans, dont le taux d’activité atteint 22,7%. Cette tranche d’âge reste relativement dynamique (40,2% des hommes et 5,5% des femmes y sont encore actifs). Ces individus, bien qu’ayant atteint l’âge légal de la retraite, poursuivent souvent leur activité soit par nécessité économique, soit pour maintenir un revenu complémentaire. À partir de 70 ans, le taux d’activité chute fortement à 6,8%, traduisant le désengagement progressif lié à l’avancée en âge, aux contraintes physiques et à la perte d’opportunités d’emploi.
Pour le HCP, il paraît essentiel de renforcer les systèmes de retraite et de protection sociale, notamment pour les personnes ayant exercé dans le secteur informel ou agricole. Par ailleurs, la mise en place de programmes d’appui à l’emploi des seniors ou de mécanismes valorisant leur expérience, en particulier dans les activités sociales, éducatives ou artisanales, pourrait contribuer à une meilleure inclusion des personnes âgées dans la vie économique et sociale. Enfin, la réduction des inégalités de genre dans l’accès au travail et à la protection sociale reste un enjeu majeur pour garantir un vieillissement digne et actif.
Par ailleurs, les données du RGPH 2024 confirment une réalité bien établie : la prévalence du handicap augmente significativement avec l’âge. Si les taux sont relativement faibles chez les enfants de moins de 15 ans (1,9%) et les adultes de 15 à 59 ans (2,8%), ce taux grimpe de façon marquante chez les PA, atteignant 18,5% à l’échelle nationale.
En 2024, près de sept personnes âgées sur dix (69,2%) bénéficient d’une assurance maladie au Maroc. Ce taux relativement élevé traduit les effets positifs des réformes récentes d’extension de la couverture médicale, notamment à travers l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO). Toutefois, une lecture détaillée selon le sexe, l’âge et le milieu de résidence révèle des inégalités persistantes
Un doublement de l’effectif des personnes âgées à l’horizon 2050
Au Maroc, la population âgée connaîtra une croissance significative au cours des prochaines décennies, devant presque doubler d’ici 2050, pour atteindre près de dix millions d’individus. Leur part dans la population totale passerait de 13,8% aujourd’hui à 22,9%, illustrant un vieillissement accéléré de la société marocaine. Ce phénomène se reflète à travers l’évolution du rapport de prise en charge des personnes âgées, qui connaîtrait une hausse notable au niveau national : il passera de 22,8% en 2024 à 25,2% en 2030, pour atteindre 39,4% en 2050.
Cette situation pose des défis majeurs pour le financement des retraites, l’accès aux soins de santé et la fourniture de services sociaux adaptés aux besoins des personnes âgées. Le vieillissement touchera différemment les zones urbaines et rurales. En milieu urbain, la croissance de la population âgée sera plus rapide, renforçant la demande sur les infrastructures de santé et les dispositifs d’accompagnement. En milieu rural, l’augmentation sera plus progressive, mais la dépendance envers les soins familiaux restera prépondérante, exposant les ménages à des contraintes économiques et sociales accrues.


